‹ Le quattrocentoChapitre 32 sur 151 · Voir E. Ilcnan, Averroèa et l'averruisine, Paris. ISGO · texte numérisé non relu

Voir E. Ilcnan, Averroèa et l'averruisine, Paris. ISGO

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reçu une première cullure fortement scolastique. Il a passé six ans de sa jeunesse, u et tant de veilles qu'il aurait peut-ôtre pu employer h se faire unnom dansles bonnes lettres*,» avec saint Thomas, avec Jean Scott, avec Albert le Grand, avec Averroès. Au début, au moins, il est plus que péripatéticien, il est averroïste*. Et lorsqu'arrivé à vingt ans à Florence, Marsile lui a communiqué sa ferveur contagieuse pour celui qu'il appelait « notre Platon », Marsile n'est point arrivé à faire trahir à l'adolescent le maître de sa jeunesse. « Si je me suis éloigné d'Aristote pour me rapprocher de l'Académie, écrit-il àErmolao Barbaro, je l'ai fait non comme un transfuge, mais comme un explorateur-^ » Néanmoins Platon lui a été révélé, et il ne pourra plus désormais ('chapper au prestige de celte sagesse radieuse.

Alors à cet esprit hardi, impatient de grandes entreprises, inquiet de nobles conquêtes, une œuvre sublime se dévoile, impérieuse comme un devoir : réconcilier Aristote, cet Aristole dont il a été nourri, chez lequel il a grandi, qui a initié son âme adolescente à la vie supérieure de la pensée, avec le Platon de Marsile; étayer l'édifice de Marsile d'une nouvelle colonne, et laquelle ! ramener l'édifice de Marsile au dessein préétabli d'une architecture souveraine ; et audacieusement, joyeusement, avec la belle confiance de la jeunesse, il écrit au sommet de ses thèses personnelles : « U n'y a pas de question naturelle et divine où Aristote et Platon ne tombent d'accord sur le sens et la chose, quoiqu'ils semblent différer par les paroles^ »

1. « Tantas vigilias, quibus potuerim in bonis lilteris fortasse non nihil esse. » Pic de la Mihandole, Epist. 4.

2. Dans une lettre qu'on peut fixer à l'année 1482, Marsile lui écrit : « Magna quidem voluptate me alïecerunt élégantes litterœ tuœ, quod te plane jaui eloquenteni nostro judicio prœstat, uiajori vero quod Penpateticuni quoque evasisse significant, maxima denique quod procul dubio Platonicum pollicentur. » P. 858.

3. « Diverti nuper ab Aristotele in Academiam, sed non transfuga, ut inquit ille, veruin explorator. » Pic de la Mikandole, Opéra, epist. 22.

4. « NuUuui est qutiîsitum naturale aut divinuni in quo Aristoteles et Plato sensu et re non conveniant, quanivis verbis dissenlire videantur. » Pic DE la MinANDOLE, Opei'd, Conclusiones, p. 134.

Telle la première idée de Pic, et telle l'idée de toute sa vie, car cet accord qu'il s'est proposé, « qui avait été admis par beaucoup, qui n'avait été suffisamment démontré par personne, ni par Boèce. chez les Latins, ni par Simplicius chez les Grecs, ni par saint Augustin, ni par Jean le Grammairien, » il en fait la tâche principale de son œuvre'. 11 lui destine un gros livre, la Concordia Platonis et Aristotelis, que lamort l'empêche d'accomplir. Et il la parachève dans son esprit par un accord encore plus vaste. Car, lancé dans cette voie, cédantaux impulsions de son génie mystique et aux transports d'un cœur illuminé, ilnepeut pluss'arrôter, et il faudra qu'autour de Platon, d'Aristote et de Jésus unis en un faisceau central, il groupe, il ramène toutes les philosophies, toutes les religions et tous les «'Ailtes, de manière qu'il n'y ait plus des sagesses humaines, mais une sagesse divine et que l'histoire de l'intelligence se réduise à l'histoire de la révélation. Son titre féodal de comte de la Concordia semblait le prédestiner à cette œuvre : « Il n'est pas seulement comte de la Concorde, s'écrie Marsile en un de ces jeux de mots qu'il aimait, il en est duc [dux], puisqu'il réconcilie les Juifs avec les chrétiens, les péripatéticiens avec les platoniciens, les Grecs avec les Latins. »

Marsile, soit qu'il l'ait pressentie lui-môme, soit qu'il l'ait consentie à son jeune ami, admettait l'idée. « Une philosophie pieuse, écrit-il, naquit chez les Perses sous Zoroastre et chez les Egyptiens sous Mercure; ensuite elle fut nourrie chez les Thraces sous Orphée et sous Aglaophème; peu après elle se développa chez les Grecsetchez les Italiens sous Pythagore ; enfin eliefut formulée chez les Athéniens par le divin Platon, dont les voiles furent soulevés par Plotin qui, le premier et le seul, comprit divinement les secrets des anciens'. »

i. « PropoBilimus primo Platonis Aris((itclisr|ue concordiam a multis anle hm-, crcditam, a tuMiiin»; salis probaluiii. » Ih. ApoioKÏ», P- ^iîi. « Fuctuin cit ut pia quu;dam Philosophiu quondain et apud Persai

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Mais Marsile n'était pas de taille à démontrer une vérité aussi transcendentale, lui qui ne connaissait l'Orient qu'à travers Platon et les néo-platoniciens.

Au contraire, Pic de la Mirandole est un véritable orientaliste. Continuant la tradition que le vieux Gianozzo Manetti avait initiée à Florence et mettant h profit l'industrie des Juifs chassés de Sicile, qui, en 1482, lui ont apporté des leçons et des écritures mystérieuses. Pic de la Mirandole a appris avec les Mithridate, les Elia delMedigo, les Alemanno, non seulement l'hébreu, mais les éléments de l'arabe et du chaldaïque^ Il a lu tout ce qu'on pouvait lire, dévorant les volumes à la journée et les convertissant, selon le mot de Marsile, « non en cendres, mais en lumière^ ». Les questions dialectiques, morales, physiques, métaphysiques, théologiques, magiques, kabbalistiques lui sont familières. Albert le Grand, saint Thomas, saint Maron, Henri de Gand, Egidio Romano, Averroôs, Avicenne, Alfarabius, Isaac de Narbonne, Aburamon, Moïse, Mahomet, Avempaten, Théophraste, Ammonius, Simplicius, Alexandre d'Aphrodisias, Thémiste, Plotin, Porphyre, Jamblique, Mercure, pour citer son ordre, ont peuplé sa jeunesse. Tous les âges et toutes les cultures, tous les docteurs, tous les prophètes et tous les mages sollicitèrent sa curiosité. Il s'est plongé dans la science des nombres. Il s'est plongé dans la Kabbale,

sub Zoroastre et apud ^gj'ptios sub Mercurio nasceretur, utrobique sibiseniet consona. >futriretur deinde apud Thraces sub Orpheo atque Aglaophemo. Adolesceret quoque mox Pythagora apud Graecos et Italos. Tandem vero a divo Platone comsummaretur Athenis... Plotinus taadem his Theologiam velaminibus enudavit primusque et solus. » FiciN, Epist., p. 871.

1. Sur les maîtres hébreux de Pic de la Mirandole, voir J. Perles, Revue des études juives, XII, 244. — M. Schwab, Annales de philosophie chrétienne, XVI, 336. — Ragnisco, AUi e Memorie delVAc. di Padova, VII, 293.

2. « Non contentus ego, prœter communes doctrinas, multa de Mercurii Trimegisti prisca theologia, multa de Chaldœorum, de PythagoraB disciplinis, multa de secretioribus HebruBorum addidisse mysteriis ; plurima quoque per nos inventa et meditata de naturalibus et diviais rébus disputanda proposuimus. » Pic de la Mirandole, Opéra, Apologia, p. 14.

qui lai fut révélée avant qu'il eût atteint l'âge fatal de quarante ans, qui permettait de l'aborder. Il s'est plongé dans la magie, non dans la fausse magie des démons, mais dans la magie véritable de Pythagore, d'Empédocle, de Démocrite, de Platon, de Plotin, d'Alchindus, de Roger Bacon, de Guillaume de Paris, qui est la consommation de la philosophie naturelle, que Zoroastre appelle la science du divin, que les rois Perses enseignent à leurs enfants, qu'Homère dissimule sous les fables de l'ingénieux Ulysse^ Il lui appartient donc, ainsi préparé par son érudition et son génie, de mettre à exécution la synthèse qu'a peut-ôlre entrevue Marsile. Et il s'y essaie dans ses neuf cents conclusions ou thèses, qu'à l'âge de vingt-quatre ans il veut proclamer devant le monde et qu'il n'aurait fait qu'illustrer et compléter sa vie durant, si la mort ne l'avait arraché, sept ans plus tard, à sa table de travail-.

Tout s'accorde, se concilie, se joint et se soutient. L'arithmétique, la magie, la Kabbale affirment Christ aussi bien que les mystères de Platon et les récits des Evangiles^. Et comme, par l'arithmétique, Pic de la Mirandole avait établi l'existence de Dieu, la cause des causes, le siège du bonheur et l'opinion la plus véridique entre celle d'Arryen, de Sabellius, d'Eucliph et de Rome, sur le dogme de la Trinité, dans la Kabbale^ il trouve, avec ce même dogme, l'incarnation du Verbe, la divinité du Messie, le péché originel, le rachat, la chute des démons, l'ordre des anges, la Jérusalem céleste, le Purgatoire et l'Enfer*. Jésus y apparaît comme celui qui unit toutes les choses dans

1. « Altéra magia nihil est nliud, cum bene exploratur, quani naturalis philosophiui absoliita (-(msuniatio. » Apologia, p. 15.

2. Loncluatones iiongenlue in omni f/enere scienliarum. Quatre cents de cea thèses «ont selon la doctrine (i'auttui ; cinq cents relèvent do sa doctrine perRonnelle.

3. Quti-<*li(ineR ad qiia» pollicctiir se per numéros responsuruin. — Conclusionfs magirm numéro XXXVI sccundum opinioncm propriam. — Conchmiones cabalit>tica! necundum opinionem propriam.

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