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l'académie platonicienne. — LA PENSÉE 121

le Père, et par qui tout est fait, et de qui tout devient,, et en qui tout sabbatise. La Kabbale, qui prouve l'inutilité de la circoncision, renferme le secret des cinquante portes de l'intelligence, de la millième génération et du règne de tous les siècles. Elle fournit des raisons, de croire aux incrédules : « Non seulement ceux qui nient la Sainte Trinité, mais ceux qui la conçoivent d'une manière diverse de l'Eglise, peuvent être manifestement rédargués par les principes de la Kabbale '. » Elle convainc les Juifs contre eux-mêmes : « Les eiïets qui ont accompagné la mort du Christ devraient persuader à chaque kabbaliste que Jésus de Nazareth est le vrai Messie-. » Les balbutiements obscurs des origines fabuleuses, les traditions orales que les âges se sont transmises à l'oreille, les longues méditations poursuivies au désert sous les lentes de poil de chameau, les initiations supérieures, les révélations des Tabor et des Sinaï, les sagesses qui, le long de l'humanité en marche, se sont succédées, des porteurs de turbans aux porteurs de bonnets carrés, s'appellent, se répondent,, s'accouplent, se marient, et par voies ouvertes ou cachéos, à leur insu ou sciemment, aboutissent au même but et concluent à la môme vérité. Et cette vérité est Jésus. Jésus s'est révélé de tout temps, comme la Pallas d'Orphée, l'Esprit paternel de Zoroastre, le Fils de Dieu de Mercure, la Sagesse de Pythagore, la Sphère intelligible de Parménide, le Verbe de Platon. Emporté dans un élan de ferveur mystique, Pic de la Mirandole plane au sommet de l'Univers de l'intelligence qu'il saisit d'un seul regard et, pour ainsi parler, à vol d'oiseau. Il assiste de haut et de loin à l'histoire des idées, aux liaisons étroites d'où elles naissent, aux emprunts constants dont elles vivent. Il s'est élevé à cette hauteur,

1. « Non solutn qui negant Trinitateiu, sed qui alio modo earn ponunt quam ponat catholica ecclesia redargui possunt manifeste si admittantur principia Cabala;. »

2. « Effectus qui sunt sequuti post mortem Christi debent convincere quemlibet Cabalistam, quou Jésus Nazarenus fuit verus Messias. »

OÙ tous les contrastes s'atténuent, où tous les disparates se fondent, où toutes les divergences disparaissent et où l'on ne voit plus que les harmonies, les analogies, les identités. Et, ému de tant de voix qui s'unissent, de tant de couleurs qui se marient, de cette symphonie éternelle et universelle qui monte du chœur de l'humanité, dans l'extase de la cime et l'épouvante du buisson ardent, lui-même tombe à genoux.

La pensée de l'Académie platonicienne est donc une pensée de synthèse. Sa méthode consiste dans l'emploi érigé en système d'une herméneutique sabtile.

Il n'y a là rien d'inédit. La pratique du symbolisme était d'un usage courant dans l'école d'Alexandrie, où nous voyons entre autres Origène donner une explication toute symbolique de l'Ecriture. Des œuvres des Pères grecs, elle avait passé dans les écrits dos docteurs latins et dans l'enseignement de la théologie italienne, dont elle constitue une véritable méthode ^ La quadruple interprélation littérale, allégorique, tropologique et anagogique, si nettement exposée par saint Augustin, était admise par chacun.

Littera gesla docet, quid credas Allegoria, Moralis quid agas, que tendas Anagogia,

enseignaient les vers de l'école. Dante était demeuré fidèle à ces principes; Savonarole les appliquait toujours^; et, comme nous l'avons vu, les humanistes les

1. Léon Dorez, Giornale storico délia letteratura italiana, Turin, 1899, p. :n9.

2. Savonarole Houniet à une quintuple interprétation chaque passage de l'Ecriture. Voir les notes marginales de sa Bible de 1492. Il disait encore : « Diclis qua; aperta crediiuus, cuni interjecta aliqua inveniuius, qua-ri quibusdain slitiiuiis pungiuiur ut ad aliqua altioraintclligendum vigilcniUH : et tune obscurius pcriala sentiainus ea etiam quai aperta pulaviniuH. » l'anquale Villari, La sloria di Girolumo Savonarola^ Florence, 1887, 2 vol., I, p. 131.

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avaient introduits ou plutôt conservés dans l'interprétation de l'antiquité profane. Nourris des Pères d'Alexandrie, des docteurs du moyen âg^e, de l'humanisme contemporain, les néo-platoniciens de Florence ne font donc qu'employer un système universellement adopté autour d'eux. A tant d'exemples qui les y poussent. Pic de la Mirandole joint l'autorité suprême de la Kabbale qui reconnaît trois modes d'interprétation : la themurah^ la notaricon et la g&matria.

C'est ainsi que, selon eux, les temples de la sagesse sont gardés par des Sphinx ^ Tout procède, tout a constamment procédé par voie de symboles, d'allégories, de figures, d'images, de signes. Aucune révélation qui ne soit ésotérique. Aucune doctrine qui ne soit hermétique. Aucune poésie qui no soit mystérieuse. Il n'y a point de sens vulgaire et littéral. Rien n'est dit proprement et directement. Les vérités splendides demeurent occultes et secrètes, enfouies qu'elles sont derrière des écorces rugueuses et des masques grossiers. « Celui qui voit seulement les choses dans leur superficie, prétend Marsile, ne voit que des ombres et des rêves ^ » ; et pour consoler Verino de la mort de son fils, il lui écrit : « Tout n'est que fiction dans ce bas monde. Les morts et les naissances sont feintes ». Selon Pic de la Mirandole, les conducteurs de peuples, comme les fondateurs de systèmes et les révélateurs de beauté, se sont plies au précepte de Pythagore qui a dit : « Tu éviteras les voies populaires, tu iras par des routes peu connues. » Moïse apparaît si rude et si gauche, parce qu'il obéit à ce principe, qui veut qu'on parle des choses divines à mots couverts : la tourbe d'Israël, faite de tailleurs, de cuisiniers, de bouchers, de pâtres, d'esclaves et de servantes, n'aurait pu supporter le fardeau d'une

1. « Aeofyptiorum templis insculptae sphynges hoc admonebant ut mystica dogiiiata per enigmatum nodos a profana multitudine inviolata custodirentur. » Pic. oe la Mikandole, Opet'a, Apologia, p. 14.

2. « Qui superficiem aspicit umbras tantum videt et somnia. » FiciN, Epist. 1, p. 660.

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sagesse aussi grandiose *. Platon recouvre sa pensée tliéologique d'une telle enveloppe d'énigmes, de fables, d'images mathématiques, de significations obscures et lointaines qu'il avoue dans ses lettres que personne ne l'entendra'. Aristote dissimule sous l'apparence de la spéculation la divine philosophie que les anciens poètes avaient cachée sous des fables, et il l'obscurcit comme à plaisir par la brièveté de son style. Jésus n'a point écrit, il n'a fait que prêcher, et en prêchant aux foules il a usé de paraboles, d'images, d'allégories; ce n'est qu'à ses disciples, comme nous l'apprend Origène, qu'il révéla ses mystères, et ces mêmes disciples, comme nous l'apprend Denys l'Aréopagite, durent s'engager formellement à n'en rien confier à l'Ecriture, mais à les transmettre oralement, de la bouche à la bouche. Mathieu n'a dévoilé que ce qui regarde l'humanité de Christ. Jean a commencé par garder le silence. Paul a refusé aux Corinthiens la nourriture spirituelle. Denys l'Aréopagite l'a engagé à poursuivre dans ce dessein. Soulever ces voiles! percer ces enveloppes! lever ces masques! forcer les secrets, les énigmes et les sphinx! Et lorsque Pythagore enseigne : « Tu n'urineras pas contre le soleil et tu ne tailleras point tes ongles au milieu des sacrifices », comprendre que cotte sentence signifie : « Après avoir rejeté le flot surabondant de nos appétences et de nos voluptés et avoir taillé, comme des rognures d'ongles, les proéminences aiguës de notre colère et les aiguillons de notre àme, commençons à assister aux mystères sacrés de Dacchus dont le soleil est h bon droit appelé le père et le chef, et tournons-y notre contemplation-'! » C'est dans ce sens que Marsile

1. « Turba omnis israelitica, sartores, coci, maceliarii, opiliuneSr •ervi, ancillu;. » Pic, lleptaplus, Proemiiim.

2. « l'Iuto noster ita in volucris cnigmatiim fabularuin velamine, matliciiifiti<-i.s iiiwiKinibus et subuscuris recedenliuin scnsuiiin indiciis Hua dof<iiiata occiiltavit, ul el ipso dixerit ia epislolis nciniiieiii ex liis (jufe «cripserit Hiiaiii sententiaiii de divinis aperte intellectiiruiu. » Ib,

'A. « Scd poBlqiiaiii pcr tiioralein et siipcrniieiitiiiin voluplalutn thixas cminxcrimus, appetentiua et uiiguiuiu pi-uesegtuiua quasi aculus iroî

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Ficin compose son Livra cf Amour ou commentaire au banquet de Platon ; que Gristoforo Landino compose ses Disputalions des Camaldule^ ; et que Pic de la Mirandole compose son Heptaplus. Il rêvait plus : une Théologie poétique où il aurait montré que les poètes profanes ne sont rien d'autre que de savants théologiens ^ Le Livre d'Amour de Marsile soumet le Sijmposion de Platon à la torture d'une telle exégèse que la pensée lumineuse du maître de l'Académie y devient méconnaissable. Socrate meurt sous les coups qu'on lui porte pour découvrir l'image du Dieu que, comme un Pan, il cachait dans son cœur^. Selon les neuf platoniciens réunis à diner dans la villa de Garoggi, les interlocuteurs du dialogue de Platon, — Phèdre, Pausanias, Eryximaque, Aristophane, Agathon, Socrate et Alcibiade, — se concilient, se complètent et apportent chacun des témoignages égaux de valeur, Ouand Phèdre dit que l'Amour est né du Chaos, cela signifie, d'après Giovanni Gavalcanti, qu'au temps où les âmes des anges n'avaient pas été conçues par la raison divine, le Chaos, ou monde sans forme, était animé d'un grand désir pour la forme. Los deux Vénus ouranienne et terrestre, que distingue Pausanias, représentent à Giovanni Gavalcanti Tune la fille de Dieu, née sans mère parce que, par mère, les physiciens entendent la matière, l'autre la fille de la matière et la vertu de lYime; la Vénus ouranienne inspire lacontemplation de la beauté de l'âme; la Vénus terrestre inspire le désir d'engendrer une telle beauté. Dans l'apologue d'Aristophane, Gristoforo Landino découvre le péché originel. Selon Gristoforo Landino, l'homme primitif d'Aristophane indique Tàme, qui

proininentias et aniinorum aciileo resecueriraus, tum demum sacris, id est, de quibiis uientioneiu fecimus Bachi mysteriis interesse et ciijus paler ac dux sol merito sol dicitur, nostru3 contemplationi vocare incipiainus. »

1. « Ilomerus quem ut omnes alias sapientias ita hanc quoque sub suis Ulixis erroribus dissimulasse, in poetica nostra theologia aliquando probabimus. » Apologia, p. 15.

2. In conviviuui Platonis de amore commentarium. Ficin, Opéra, II, p. 1321.

avait reçu à l'origine deux lumières, l'une à elle propre^ l'autre venant de Dieu; pour avoir cru se suffire à ellemême, l'àme fut privée de la lumière de Dieu, et mourut dans le corps; mais, en vertu du reste de lumière qu'elle contient encore, elle désire retournera son premier état, se réintégrer et s'accomplir. La beauté et la bonté, qu'Agathon attribue à l'Amour, le plus heureux des dieux, sont pour Carlo Marsuppini une seule et même chose, la splendeur du visage divin qu'illumine le monde en se réfléchissant dans trois miroirs, l'ange, l'àme et le monde. Enfin, pour Tommaso Benci, le démon de Diotime devientl'ange de Denys l'Aréopagite. Le démon Amour est né dans le jardin de Jupiter, qui est la fécondité de l'esprit évangélique, de Poros,qui est la raison de Dieu, et de Penia, qui est le principe de la privation; de par sa mère. Amour est sans maison (la maison de la pensée humaine est l'àme), il dort à la porte (les yeux et les oreilles sont la porte de l'âme), il gît sur la route (la beauté du corps est la route de la beauté de l'âme); de par son père Amour, est astucieux, sagace, industrieux, prudent, philosophe, civil, audacieux, véhément, éloquent, sophiste et mage. La dialectique de la femme de Mantinée se transforme en ascension du corps à l'âme, de l'âme à l'ange, de l'ange à Dieu. Dieu est la lin suprême. En l'aimant, nous aimons les corps ombres de Dieu, les âmes ressemblances de Dieu, les anges images de Dieu,

Dans les Disjmlafiones caynaldiilenses de Gristoforo Landino, Leone-Batlista Alberti commente, selon une méthode semblable, les six premiers livres de VEnéide de Virgile ^ Les voyages qui amèneront Enée jusque dans l'Italie, qui représente la vraie sagesse, symbolisent l'ascension graduelle du terrestre à la contemplation de la pure divinité, (^'est la Vénus ouranienne qui conduit Enée aspirant à la beauté divine, tandis que c'est la Vénus lernîstre (|ui conduit Paris obéissant encore aux

1. I.AMiiMO, Cumaldulensium dispululumein opus, l'uris, loll.

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impulsions basses. Pârismeurt àTroie, soitdans la jeunesse dominée parles sens. La lutte d'Anchise et d'Enée représente le combat engagé entre la sensualité et l'âme. La Thrace, où s'arrête Enée, est la cupidité. Junon est l'ambition ennemie ; Didon, la vie active ; le voyage à Garthage, la diversion de la vie contemplative à la vie active; et la descente aux enfers veut enseigner que l'esprit doit connaître les vices et s'en purifier avant d'atteindre à Dieu •.

Dans VHeplap/us, de sepliformi sex dierum geneseos enarratione, Pic de la Mirandole interprète sept fois, dans un sens toujours diiïérent, le récit de la Genèse^. Les ténèbres veulent dire la privation; la lumière, la forme ; les eaux et la terre, la substance première ; l'esprit de Dieu, la force et la cause efficiente. A cette herméneutique courante, il joint l'herméneutique supérieure que les kabbalistes appelaient notaricon; ainsi, avec le premier mot de la Bible , In jmnci/no , Pic découvre la raison de la création du monde et des choses, car si, prenant une à une chacune des lettres de ces deux mots, Inprincipio, on les met à la tôle d'autres mots hébreux, on aura la phrase : Pater in filio et per filium principium et finem siue qiiietem creavit^ caputy ignem^ et fiindamentum magni hominis, fœdere bono. De cette façon Pic trouve dans la Genèse toute l'histoire de l'humanité, les différentes puissances de l'homme, la venue du Messie, la fondation de l'Eglise. La Genèse contient les secrets de la nature entière ; chaque ouvrage de la nature est un ouvrage de l'intelligence, de sorte que l'histoire de la nature est une histoire de l'esprit divin. Les trois parties du tabernacle de Moïse correspondent aux trois mondes : le Portique au monde des

1. Cf. BoccACE, Genealogia deorum, XI V, 10. — Filelfo, Epistolae,

2. «Vide quanti laboris... ut non uno dumtaxat, sed septemplici sensu a capite semper novum opus exorsi perpetuœ et impromiscuaj exposilionis ordine totam hanc mundi creationem. » Pic de la Mirandole, lleplaplus, Proemium.

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éléments, le saint lieu au monde céleste, le très saint lieu au monde angélique : les sept branches du chandelier signifient les sept planètes. L'homme est le quatrième monde, lien du terrestre et du céleste : il est corps, c'est-à-dire terre; il est âme, c'est-à-dire ciel, il est à la fois corps et àme, soit esprit, c'est-à-dire lumière.

La pensée de l'Académie platonicienne, élaborant des œuvres de ce caractère, était condamni^e h n'avoir pas de lendemain.

Son herméneutique échoue dans la puérilité, comme l'ontologie métaphysique qu'elle dessine se résout dans un syncrétisme incohérent ^ . Les quelques œuvres qu'elle a laissées — les traités et les lettres de Marsile, les thèses et les fragments de Pic, les Disputes des Canialdulesâù Landino, la Canzone d'atnore de Benivieni, le Libro dellWmore de Marsile, \ Altercazione de Laurent sontoubliées : d'aucunes mômessont demeurées inédiles, comme le Livre sur tâme de Landino et le poème en terzines de Nesi. Elles n'ont enrichi d'aucun apport l'humanité. Elles n'ont avancé d'aucun pas la science. Elles n'ont rien initié, ni dans une philosophie que les Alexandrins avaient fondée, ni dans une méthode qui appartenait au domaine courant. La Theologia platonica, qui de meure le monument et le br('viaire, représente moins qu'un système ordonné, un amas et, s'il faut tout dire, un ramassis.

Néanmoins, en dépit du résultat, il faut reconnaître l'effort, et cet effort est d'une ferveur admirable. S'il est

l. Voir, par exemple, chez Marsile. la conipriniison du procès de Socrutc (!l ne la [)assion de .lésus : « Mitto in prii'scntiarn trif,niita iiiimiriorutn |)retiiiiii de Socrate factum, et ipsius Socratis vaticinia, vindictam rpioqiie divinitus p(»»l ejiis neccm subito consecutinn lotioueni, vespcri paulo antc ohituiu iustitiilaui a Surrale exliorlalioncni(|ue cjus ad pietaleiii lnira cn'iia-. Quid (|n<t(l in eadoni iiora do calice al(|uc \>i:\ifi\\{V\i>i\v et in ohilij ipso de ijallo (il nicntio? » Kkin, Epist., p. 808.

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vrai que toute contradiction ne se résout que dans un principe supérieur, Tâme s'élève d'autant. Pour la première fois depuis Pétrarque, nous voyons des érudits qui s'appliquent à penser et qui sacrifient à cette nouvellediscipîine leurpaix intérieure. Chez eux l'équilibre des forces mentales commence à se rompre; la santé de l'esprit reçoit ses premières atteintes. Marsile est un inquiet qui se palpe, se cherche et se regarde au miroir pour se trouver, voudrait savoir ce qu'il ignore et ne veut plus connaître ce qu'il sait, irrésistiblement dégoûté des paroles qu'il a dites, des livres qu'il a composés'. Pic a pareillement besoin de s'éviter lui-môme ; des remords le travaillent; des incertitudes le poignent; son écriture s'est gâtée et sa paix s'est perdue. Kt La\irent peut, dans SOS S'y /w.sr/'awow;*, peindrel'àged'or « où aucun doute ne fatiguait la pensée et où, sans confusion, l'on entendait la vérité'^ ». « Le talent, chante-t-il, était alors égal au désir, et l'envie à la force de l'intelligence ; l'homme se contentait de connaître la part de Dieu qu'il peut comprendre; et la vaine présomption de notre esprit pervers ne doit pas monter plus haut, ni rechercher d'un soin superflu les causes que la nature nous cache. Aujourd'hui notre esprit mortel présume qu'il y a un bien caché auquel il aspire; une subtilité vulgaire aiguillonne notre désir humain et ne sait plus comment le retenir ; c'est pourquoi notre désir s'irrite, c'est pourquoi notre désir se plaint que l'esprit a trop de lumière en supposant ce bien; et, s'il ne le voit pas, il se plaint du peu qu'il voit, et il voit qu'il ne voit pas, et il demande d'être aveugle ou de voir tout à fait-^. »

1. « Forte et qiiod scio nolim, et quod nescio volo. » Ep., p. 751 « Quantum ab initio studioruui nieorum mea mihi verba scriptaque placebant omnia, tantum... mea mihi omnia displicent. » P. 766.

2. « Non dubbio alcun, non fatica ha il pensiero ; Senza confusïone intende il vero. »

(Lai RENT DE Médicis, Opère, Silva IL)

3. « Lo inçegno era agguagliato col desio, La voglia colla forza dello intendere : Stavan contenti a conoscer di Uio

La parte che ne puote l'uom comprendere :

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