‹ Le quattrocentoChapitre 41 sur 151 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

I. Le peuple. — Sa langue, ses personnages, ses jeux. — Son caractère el son esprit.

II. Ses chansons. — Rôle des chansons dans la vie contemporaine. — Diversité de ces chansons quant à leur provenance, leur sentiment, leur musique, leur coupe métrique et leur degré de culture. — Chansons d'amour et de passion. — Chansons obscènes. — Conlrasli, lamenti, cacce, canti caniascialeschi et laudi

11. Ses histoires. — L'octave et le chante-histoires. — Matière des histoires : l'histoire universelle, l'antiquité profane et sacrée, les cycles chevaleresques, la légende et la gazette. — Répertoire d'un chantehistoires. — Histoires de la matière de France : leurs succès en Italie. — Orlando, Carlone, Rinaldo, ceux de Chiaramonte et ceux de Maganza. — Intérêt supérieur des histoires : l'édification, les aventures et les coups. — Sur la Piazza cli San-Marlino. — La fortune des histoires. — Le succès, la culture et la condition des chantehistoires.

Cependant, au-dessous des princes, au-dessous des érudits, des lettrés, des poètes, des philosophes, qui nous ont retenus jusqu'à présent, il y a le peuple, la racaille, la valetaille, la plèbe, la tourbe, la foule, l'infâme, l'ignoble, le fou; le bon peuple, le petit peuple, le menu peuple, le peuple modeste, humble, laborieux, joyeux, superstitieux, religieux, peinant, grouillant et vivant.

Il est composé de ceux qui ne savent ni lire, ni écrire,

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de ceux (jui savent à peine lire et écrire, de ceux qui signent d'une croix ou se signent devant les croix, de ceux qui plantent la vigne, sèment le blé, teignent l'étoile, cuisent la colle, équarrissent la pierre, scient les poutres, conduisent les chars, d'artisans, de paysans, de gueux, de moines, de commères, de meuniers, de muletiers, de crieurs d'orviétan, de tondeurs de draps, de cardeurs de laine, de passeurs de gué, de marchands de poules, et des i'ourniers et cordonniers pour qui, selon ce que Leonardo Bruni faisait dire à Niccoli, le poète Dante avait écrit.

Lui ne s'intéresse pas aiixquestions doctes. Il n'entend rien aux doctrines, dialectiques, humanités, grammaires, orthographes, leçons, textes et livres «bons h envelopper les épices et la morue ^ ». 11 n'entend rien à ceux qui mènent si grande dispute sur l'âme, par oii l'âme entre, d'oii l'àme sort, qui lui rompent la tête et lui paraissent avoir «étudié dessus un grand melon ''^». Il n'entend rien a ceux qui parlent en bits et en basse : « Rave! dit quelqu'un dans Santa-Orsola, ne faisons plus entre nous en bus et en basse'^ ! » Lui ne parle pas chaldaïque, hébraïque, grec, latin ; il parle, comme Dieu le lui accorda, en vulgaire; il parle une langue pittoresque, colorée, savoureuse, riche de proverbes, de sentences, d'images, de locutions, d'expression et d'invention. Quand il est heureux, il dit : w II tombe des caresses. » Quand il est hésitant, il dit : « Je suis posé sur des ailes. » II dit : « Selon les pays, selon les habits. ))Il dit: «Corps bien rempli, âmeconsolée.» Il dit: « Le cochon n'est pas bien parmi les roses. » Et pour courir, il dit : « Prendre la route à travers ses jambes. »

1. « Et libri voi, e testi, e la dottrina Sono da'nvolger spezie e la tonnina. »

2. « Golor che fan si gran disputazione Dell'anima, ond'ella entri ed ondella esca, 0 corne il nocciol si sta nella pesca, Hanno studiato in su un gran mellone. »

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