‹ Le quattrocentoChapitre 42 sur 151 · Deh I non facciam fra noi più in bus e in basse · texte numérisé non relu

Deh I non facciam fra noi più in bus e in basse

Il est resté fidèle à Dante, dont quelque maître instruit lui explique la Comédie à l'église, à Dante qui parle son idiome, à Dante qui imagine avec son imagination, à Dante qui le remplit d'extase, de lumière, d'horreur, de frisson et de plaisir. Il possède des chansons, des histoires, des proverbes, des légendes, des facéties, des nouvelles, des prières et des recettes. Il connaît qui est Orlando, qui est Isotta, qui est Orfeo, qui est Ginevra degli Amieri, quiestlePiovano Arlotto, qui est Brunelleschi, qui est Sant-Uliva et qui est Josaphat.

Toute la semaine, il besogne dur, courbé sur la terre, sur l'établi et le devoir; parfois, avant l'ouvrage, il va entendre le frère prêcheur sur la place; parfois, après l'ouvrage, il va entendre le cantambanco sur la place; le dimanche, la place est à lui. Il y va « jouer, s'escrimer, lancer des pierres, et des pieux, et des verges, et lever poids de terre, et à la paume, et au pied, et à la face, et au toit, et aux osselets, et aux billes, et aux triomphes, et aux dés, et aux fers, et aux plombs, et aux noisettes, et à la toupie, et aux noix, et à tous les passe-temps qu'il faut à un grand peuple ^ ». Il garde la santé robuste, l'humeur exubérante, le surplus de vie de celui qui travailleavecles bras. Quand il joue à la pugna, sur la place de Sienne, il crie : « Tournez là-bas ! Avancez ! Par là-bas ! Par là-bas ! Venez ici ! A qui le tour ! A moi ! A moi ! Tape! Réussi! Gomme ça! Sur la mâchoire! Aux côtés! Plus en bas! Par la pointe! Ah! Ah! bien joué! bien joué'-^. » « Pour ôter un clou, enseigne-t-il, ou quelque fer que ce soit entré dans le

1. « E biRordare, e saltare, e schermire, e lanciare piètre, e pâli, e verghe, e levare pesi di terra, e alla palla, al piè, e alla faccia, e al tetto, e alli aliossi, e aile pallotole, e ai trionli, ea znre, e a tavole, e a saltare, e a soriKlio, e a ferri, e aile chiose, e a fiinliiii, e a noccioli, e alla trottola, e aile nori, e a ogrii altra cosa che biso<,'na a un grandissirno popolo passare lo tempo. » Fragment de la chronique inédite de Bkneoktto Dei donné par Mancini, Ki/« «/i A. -0. .l/fter/t, Florence, 1882, p. 2TJ.

2, « Voltatc qui : ecco costoro, fateveli innanzi. VielA, vielà, date coHli. nhi la fa? io, ed io. D/igli ; ah, ah, buona fu! Orcosi: alla mascella, al tianco. UJigli basso. DI ponta. Ah, ah, ah, buon gioco.. » (Seumim, Sovelle, p. iO'.'i.)

LE PEll'Li;. — SA POESIE 143

pied ou ailleurs de cheval, bète ou homme, fais-lui trois l'ois le signe de la croix; et puis dis trois A/Zf^v nosler et trois Ave maria; et puis dis ces paroles : Doux clou et doux bois, doux poids qui soutiens; et dis-les trois fois; et quand tu le tireras, il viendra; et puis mets sous terre un tel clou ou quelque fer quecesoit'.» Lorsqu'un monstre est né quelque part, il lésait : « Le 12 avril 1489, on sut comment à Venise était né un monstre de cette sorte : la bouche fendue le long du nez, et un œil par le nez, et un autre derrière l'oreille, et le visage tout fendu, comme si on l'avait coupé au couteau ; et devant il avait à la tôte une corne qui était la nature; il vécut de trois à quatre jours; ils lui coupèrent cette corne et soudain il mourut. On dit que les parties basses était d'une étrange manière : il avaitune queue d'animal^. » Il s'intéresse atout ce qui arrive, à tout ce qui se passe, aux ambassades, aux entrées triomphales, auxnocesprincières, aux bals, aux enterrements, aux maisons qu'on bàtil, aux églises qu'on dore, aux fresques qu'on peint, aux batailles, aux alliances, aux paix, aux disettes, aux miracles, aux supplices, aux exécutions, aux ouragans, aux incendies, aux pestes, aux tremblements de terre, au prix du pain, à la neige, aux bolides, à la vie. Et lorsqu'il sait écrire, de ses gros doigts appliqués, il consigne ces choses dans un livre péniblement et pieusement compulsé <( au nom de tous les saints et saintes de la cour céleste du Paradis '. Il habite de petites maisons. Il surnomme le garçon de TOsleria Dormi (Tu dors) et le patron de

1. « A traro uno chiovo o alfro ferro, ch'entrasse in piede, o allrove, a chavallo o bestie o huoino. fagli el sengno délia Croce Ire volte. E poi di Ire palernostri e tre aveuiaria, e poi di' qiieste parole : Dolcie chiovo e dolcie lengao, dolcie peso che sostenne. E dille tre volte, et uscirà fiiora, coine il tirerai: e sotlerra melti taie chiovo, o ferro che sia. » (Matteo Panzaxo, Archiv. slor. il., Florence 1889, p. 171.)

2. « E a di 12 d'Aprile 1489, ci fu corne a Vinegia era nato uno mostruo di questa qualilà: la bocca fessa per lungo del naso, e un. occhio dal naso e uno dirieto ail' orecchio, e l'esso tutto il viso.. Dicono che le parti da basso essere di strana maniera. » iLandicci, p. 57.)

rOsteria Veleno (Poison). Il aime un bon coup de Trebbiano. Il aime aux vêpres une belle rappresentazione sacra oii il y a des ingegni. Son âme est fraîche. Son cœur est vivant. Son œil est aigu. Ses bras sont robustes. 11 fait encore sa prière. Il garde la tradition. Il représente le passé. Qu'importe que les seigneurs elles orateurs l'aient abandonné dans sa crasse et son fumier : ils ne l'ont point empêché d'exister, d'aimer, de pleurer, de souffrir, de travailler, de chanter, d'être la masse et le nombre qui remplit la campagne et la rue, la boutique et l'église. Et c'est du peuple que nous avons à nous occuper maintenant.

Tout d'abord le peuple a des chansons.

Qu'il aime, qu'il pleure, qu'il joue, qu'il moque, qu'il rie, qu'il prie, il traduit son amour, son chagrin, son jeu, sa raillerie, sa gaieté, sa piété par des chansons^

Sa poésie est une poésie de chansons comme la poésie de la vieille Italie est une poésie de chansons, ainsi que l'indique le nom de ses pièces, qui s'appellent sonetti, ballate, canzoni et qui, à l'origine, étaient toutes chantées. La chanson est faite pour s'accorder aux conditions de la vie contemporaine, lente et pareille, sans nerfs et sans hâtes, riche de silences et de vides, que no distrait point, n'envahit point, ne cahote point l'imprimé, le journal, la vapeur. La chanson accompagne, scande, berce, console, réjouit la longue vie, et la vie résonne d'une perpétuelle chanson.

On chante par les chemins des campagnes et par les rues des cités, sur les places des villes etsur les pelouses

1. Sur la poésie populaire, voir Hubicri, Sloria délia poesia popolare italinna, Florence, 1877. — A. D'Ancona, l.a poesia popolare italiana, Livouriie, 1888. — Severino Ferrari, llUilioleca di lelleralura popolare ilalianu, FlorRiice. 1882-1883,2 vol. — T. Casini ; Nolizie e documenti per la nloria délia poesia italiana nei secoli XtU e XIV. — Vue anlicni repertorii poelici, Propugnalore, Hologne 1889, p. 197.

lf: peuple. — SA poésie 147

des villas, dans les champs, dans les échoppes, à l'église ; on chante en dansant sous les loggias, en tournant la ronde sur les prés, en taillant la vigne, en cueillant l'es olives, en coupant les épis, en menant les mules, en coloriant, en murant, en tissant, en cardant, en remuant les bras ; on chante durant les longues stations derrière la vitre, durant les interminables voyages sur les routes, pour égayer l'ouvrage, pour raccourcir le chemin, lorsqu'on est seul, lorsqu'on est deux, lorsqu'on est foule. On chante dans les fêtes, dans les noces, dans les bals, dans les banquets, dans les cortèges, dans les réunions etdatisles processions. Lorsque les gamins de Florence emboîtent le pas derrière le pape Martin V^, ils chantent. Lorsque les gamins de Florence déterrent le cadavre pourri de Jacopo de Pazzi et le traînent par les rues, ils chantent'. Lorsque Sienne a brûlé une porte à Florence, elle chante. Lorque Sienne danse en riionneur de la fille de Francesco Sforza, ellechante^. Dans le carnaval florentin qui roule ses mascarades, ses triomphes et ses chars, la foule qui peuple ces chars, les ramoneurs et les quincailliers, les moines, les mendiants, les nourrices, les gardes du feu, les soldats d'aventure, et les écrivains publics, et les muletiers, et les marchands de vieux fers, d'onguônts, de parfums, d'herbes, de balais, d'aiguilles, et les vieux maris, les nonnes, les médecins, les étudiants, tous chantent. Et, si un souffle de pénitence se lève quelque paît et pousse devant soi, n'importe où, une foule hagarde, éplorée, criant merci, la religion chante. Et lorsqu'au calendiniaggio les petites paysannes arrivent de la campagne en portant leur rameau fleuri du printemps, elles chantent. On chante pour s'oublier, pour s'exprimer, pour se répandre, pour tuer le temps, pour chasser l'ennui, pour rythmer le plaisir, pour marcher, pour

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