‹ Le quattrocentoChapitre 43 sur 151 · Landucci, Diario, p · texte numérisé non relu

Landucci, Diario, p

2. « E ballavano a una canzone che dice : Non voglio esser più Moiiica... » (Alleghetti, Diario, p. 172.)

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danser, pour rire ; on chante pour chauler. « Toujours danses et rigaudons pour la joie, pour le plaisir de chacun! Qu'ils soient vieux, qu'ils soient jeunes, il n'y en a point de diiïérent. Nous sommes cent et nous sommes un, d'une seule àme, d'un même vouloir. Pour s'éjouir que chacun crie, et meure qui ne veut chanter ' ! »

D'où, dans la mémoire et sur les lèvres du peuple du Quattrocento, une provision considérable de chansons.

Ces chansons sont de tout ordre, de tout sentiment, de toute provenance, de tout degré de culture. Elles ont tous les mètres et toutes les formes, toutes les façons, tous les accents et toutes les voix. Longues ou courtes, belles ou laides, sentimentales ou facétieuses, religieuses ou obscènes, amoureuses ou bachiques. Elles sont encore anonymes ou signées, populaires ou savantes, étrangères ou indigènes, rustiques ou citadines; elles sont vieilles ou nouvelles; et elles sont lyriques, erotiques, satiriques, politiques, descriptives, narratives. Elles viennent de très loin, de par-delà la montagne, de par-delà la mer, de Sicile, de Naples, de Venise, comme elles viennent d'on ne sait d'où. Elles datent du temps du roi Manfred, comme elles datent d'un petit fait contemporain. Elles ont Dante ou Sacchetti pour auteurs, comme elles ont pour auteurs le premier venu, un rustre, un ignoré; peut-être un gamin de la rue; peut-être un berger de Pistoie; peutêtre un vannier ambulant. Les unes sont à peine équarries, toutes rudimoiitaires, jetées sur deux rimes d'un mouvement primitif; et d'autres décèlent, dans leur organisme délicat, dans leur structure précieuse, le

i, « Seinpre dnnzc c rigolelli

(Ion dileUo e gioi' ciascuno !

Vecchi coinc giovenclli Non 6 (liiïerente alcunu.

Siaino conto e «iaino uno In un' anima e volore.

Ciascun grida pcr godere, Ë muoia uhi non viiul canlarc ! «

(Fha.nco Bacche;ti.)

travail subtil d'un maîlre ouvrier. Les unes affichent des sonliments d'une tendresse et d'une culture exquises et d'autres partent comme un cri ou comme un blasphème. D'aucunes sentent le fumier, d'autres sentent le jasmin. Celles-ci se traînent sur une mélopée lente; d'autres s'élancent sur un refrain allègre. Si l'on prend garde à la forme niétri(iue, il y a les strambotti, les rispetti, les scrventt'si, les sonctti, les hallute, les canzoni; si l'on prend garde au genre, il y a les canzoni a ballo^ les canzoni a canto, les harzellette, {as frottole, les laiidi^ les lamenfi, les caccn, les conlrasti, les canti carnascialeschi; si l'on prend garde à l'origine, il y a les ciciliane, les napoletane, les (jiustiniane. S'envolant sur l'aile légère de la musique et s'ancrant dans les mémoires neuves et vierges par la solide cheville de la rime, elles ont été de pays en pays; elles se sont partout répandues au hasard des voyages, des séjours et des événements ; elles se sont transmises de génération h génération et de contrée à contrée, exprimant le sentiment éternel etuniverscl du peuple. Et quelles qu'elles soient, d'où qu'elles vieiment, où qu'elles aillent, elles appartiennent au peuple qui les répète, les estropie ou les invente, car les chansons sont comme la monnaie, qui est moins à celui qui la frappe qu'à celui qui l'emploie et la répand.

Le peuple aime une belle fille, haute en couleur, forte en santé u plus blanche que lait de mammelle, plus rouge que sang de dragon », portant un joli cotillon « couleur de l'air », sentant « doux comme le muscat », marchant « suave à la façon d'un paon ». Et il lui chante son amour. Il lui chante : « Gomme il te sied bien ce cotillon, ainsi qu'au camp le beau pavillon ! Tu es plus blanchC' que lait de mammelle, tu es plus rouge que sang de dragon ! Quand tu te mets à la fenêtre, chacun dit : le soleil est levé ! Et le soleil se lève et la lune se pose (dis le bonsoir à ce garçon!) Et le soleil se lève et la lune se pose (dis le bonsoir à cette

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rose'.) » Il la compare à ce qu'il y a de plus beau, de plus fin, à une rose, — « 0 rose cueillie sur la verte branche, tu fus plantée en un jardin d'amour- !» — à un lys, à un œillet, à une étoile, à Jésus. Il ne sait quoi inventer pour la magnifier et l'attendrir. Il se presse la tète des deux mains pour en faire jaillir les idées, les images, les similitudes, les antithèses, les révérences, les locutions. Il répète indéfiniment les mêmes choses. Il jette pêle-mêle et en tas, sans lien, sans suite, ses imaginations, ses sensations ou ses cris. Il se pose à genoux sur la route, baise la terre où elle est passée, « baise la terre et embrasse le terrain ». Il voudrait faire d'or la toile qu'elle tisse, d'argent la navette qu'elle y lance, de cristal l'escabeau où elle s'assied^. Lorsqu'on la porta baptiser à Rome, le pape demanda en grâce d'être le parrain ; à qui peut lui parler, le pape donne quarante ans d'indulgence; à qui touche sa robe, le pape en donne cent soixante ; qui la baise sur la face s'en va tout droit au paradis.

Bien appris et distingué, le peuple aime aussi quelque « polie et belle demoiselle », d'essence plus fine, d'éducation plus relevée, vraiment insengniata, jolie comme un joli faucon, jolie comme « Isotta la blonde », comme « Morgane la fée », comme « la belle Hélène », comme « Gassandra demoiselle délicate », et il lui chante son sentiment galant. 11 lui chante :

1. « Quanto ti sta ben auello giiamello, Quanto nel chanipo lo bel padifîlione.

Tu se' più biancha che laite di niamello, Tu sei più rossa che sangue di dragone Quando ti Tai a quel finestrello Ognuno dice : egli è levato il sole :

El sol si licva e la luna si pone; Da' la buona sera a quel garzime.

El sol si lieva e la luna ai posa E dalle buona sera quolla roxa. »

(Ferrari, p. 83.)

2. « 0 rosa colta nel verde ramello Pianlatta fusti in un giardin d'amore. »

(Ferrari, p. 81).

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