‹ Le quattrocentoChapitre 50 sur 151 · II. U · texte numérisé non relu

II. U

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siblos OÙ les g:('ns niarclient sur la tête et ont un seul œil sur la poitrine. Il y a des naufrages, des tenipôtes^ des palais enchantés, des armesensorcelées, des musiques, descarrousels,desjeuxd'écliecs, des jardins de printemps^ des grottes, des voleurs, des pavillons brodés et des blondes filles de roi. Tout ça est vrai, véritable, arrivé. 11 n'y a pas moyen d'en douter. Oq vous produit les sources. On vous cite les témoignages. On vous donne les preuves. On vous indique les noms. On vous fournit les mesures. Et quand les auteurs sont en désaccord, on vous ledit. Il faudrait être fou à lier pour mettre en suspicion de pareilles choses si bien établies et reconnues, qui sont écrites, qui sont selon la vérité, et selon la carie. Le peuple y croit. Il ne branle pas. Il ne bronche pas. Muet, sérieux et recueilli, les yeux agrandis, il écoute, et par sa bouche ouverte, la salive coule.

C'est sur la place publique, — à Florence sur la place de San-Martino, — un jour de fête ou bien un simple jour, après l'ouvrage. Il y a là des corroyeurs, des tanneurs,, des àniers, des marchands de poules, des valets et des garçons ; il y a des teinturiers aux mains violettes, des forgerons frottés de suie, des fripiers, des revendeurs, des paysans et des maçons; il y a des bouchers, des épiciers, des faiseurs de clous, des faiseurs de clefs, des faiseurs d'armures; tout le peuple menu, toute la bona fjciih!^ point de femme* ; et à l'ombre, contre le mur, l'estrade est dressée. Des odeurs de cuir montent, de graisse, d'huile, d'oignon, de sueur et de fumier, des dialogues s'engagent, des lazzis partent. Soudain le silence s'établit. Le chante-histoires vient de gravir son estrade.

Il a craché par terre pour s'assurer la voix. Il s'est essuyé la bouche du revers de sa manche. Il commence. Comme il est chrétien, et non Sarrasin, Turc,

1. l'io Majnft, / liinaldi o canlastorie di Nupoli, Niiova Antologia, Kumc, 1K18.

chien d'iulidèle ou renégat, qu'il a des principes et du catéchisme, il invoque d'abord, selon l'honnôteté, Dieu le Père, la Vierge Marie, le Seigneur Jésus pour qu'ils «guident sa langue'»; des fois, quand il est érudit, il invoque Apollon'. Et ensuite, comme il a des nuini^»res, qu'il possède des usages, qu'il sait ce qu'on doit au monde, il complimente le bel auditoire de charretiers, muletiers et tanneurs accourus pour l'entendre ; il s'incline « devant cette auguste assemblée )» ; il l'honore et la révère; il se sent superbe de parler à de tels seigneurs, à « des auditeurs si singuliers et si dignes )^ « J'ai dans cette rue. j'ai à cet endroit une assemblée si haute et si heureuse, chante l'Altissimo, que, plus que moi, elle rendrait supei-be un caillou''. » Voilà qui s'appelle se conduire! Voilà comment on se comporte dans la société, quand on a de la politesse et de l'instruclion! Et ayant rempli ces deux devoirs imprescriptibles de civilité à Dieu et de civilité au public, le chante-histoires entre dans son argument. 11 chante sur une lente mélopée qui traîne, s'allonge et se balance. Il s'accompagne ou on l'accompagne du violon ou du luth, fhtula seu ceraniella^ viola sei( chitarra. Il presse ou ralentit la cadence selon que l'action se d 'i)èche ou se c ilme. 11 est triste quand il convient d'être triste, alerte, diMuré, rapide quand il convient d'ôtre gai. Tour ;i tour, il murmure, susurre, gémit, rit, larmoie, module, gronde, crie, chante, meugle et tonne. Ses yeux sortent de leur orbite. Sa voix remplit l'espace. Ses gestes embrassent la place.

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