‹ Le quattrocentoChapitre 51 sur 151 · Glorioso signore, Mdio superno · texte numérisé non relu

Glorioso signore, Mdio superno

Ghe cielo, teir.i, luar guida et conduce... Et per ciù, padre mio, guida e conduce La îingua niia accio cli'io dica il corne Di Troya fu abassato il suo grau nouie. »

2. « Suona per nie, ApoUo, una fiata l'ii'i dolcemento che sonassi mai... »

;> « ... Ho in quesla strada, in questo pa.sso

Udienza si magna e .si felioe Ghe faria non che me superbo un sasso. »

164 LE Ql ATTROCENTO

îl frappe l'air de son archet comme le chevalier frappait le félon de son épée, vibrant, frissonnant, envolé; et soudain, au moment le plus pathétique, quand il n'y a plus qu'une attente dans la foule qui l'entoure, à l'endroit exact où la bataille se livre, où le duel s'engage, où le héros va mourir, brusquement il casse son récit qu'il renvoie à la fois prochaine, au lieu dit, au jour dit', et le chapeau à la main il fait le tour de l'assemblée.

Pendant deux heures, pendant trois heures, l'assemblée n'a pas bronché. Elle n'est plus dans une place étroite, entre des murailles sombres, auprès d'échoppes ignobles. Elle est par les pays et par les îles. Elle est avec les bannières déployées et les charmantes donzelles qui s'en vont alla vcrziira. Elle est dans la tourmente, dans la mêlée ou dans l'azur. Elle est soulevée de sentiments magnifiques et surhumains. Elle retrousse ses manches et se tâle les bras. Elle se signe. Elle rabaisse son chapeau, elle le relève. Elle frémit, tremble, se lève, semble prête. Elle halète. Elle tire la langue. Elle pleure. Elle sanglotte. Elle ne peut se consoler de la mort d'Orlando, qui était seul à défendre les chrétiens. Elle donne tout son argent au chante-histoires pour qu'il ne fasse pas mourir Hector la fois prochaiue -. Elle a oublié ses tracas, ses soucis, ses maux. Elle a quitté ses bardes, ses sabots, le train grossier de sa vie. Elle a« chassé sa mélancolie ». Elle a aimé, rêvé, souffert avec son âme neuve, son imagination vierge, son sentiment frais. Elle a vécu.

Aussi bien de telles émotions sont très rechercln'cs,

1. « A rilornar iiicrcodi vi esoHo Ch'npnnlo snrà il {giorno d' Ojfni santi. »

2. « Hriitio simplox nddicbfil c|iif'iiipiam ex ejiiamodi cnntoribiis. qui iii flnc Hcrtrioni» nd nlliricnddin aiidioiitiaiti predixit se postridio iiiortem llectorif» roritatnnim lli<- nostcr, aritcrpiniii canlor aliircl, prelio rerlemit ne tatii cilo Ueclorciii. virum hello iili|ein iiilerliccrcl. Ille fiiortciii nostcro die disliilit. Aller vcro sa-piiis prcliiiiii dédit serpicnlihii<* diemis |)ro vi|a' dilatione. Kt ciiiii periinia- defiiissent. tandem niortein cju« intilto fletu ac dolore narravit. » (l'odoio, FaccUif.)

et non seulement par le pelil peuple, mais par tout ce qui, dans une sociéti^ plus haut placée, a gardé une oreille et une habitude populaires. Pérouse entretient des canterini, dont l'ofiice est de réjouir au moyen de cantilènes et d'acco^-ds, cantileriis et pidsationibus , resj)rit des prieurs contristés par le soin de la chose publique'. Florence accueille, nourrit et enferme dans son palais public des araldi'-^ dont la mission est de raconter aux maj^istrats à table les beaux exemples contagieux d'héroïsme antique : l'un d'eux s'étant avisé « de tenir deux jours une femme dans sa chambre, oublieux de la majesté et religion de l'endroit », est cassé aux gages-^ Les cours italiennes, et plus particulièrement celles du nord, où les traditions féodales subsistent, ramassent les chante-histoires dans la rue, les introduisent dans leurs palais et leur commettent d'égayer leurs festins, de récréer leurs veillées, de célébrer leurs hôtes; en 1433, Niccolù Gieco, canlerino de Pérouse, entonne à Pérouse la louange de l'empereur Sigismond de passage'*; en 1459, Antonio diGuido, araldo de Florence, entonne la louange de Francesco Sforza en séjour à Gareggi '^'^ lorsque les Ludovic le More, les ducs de Bari, les Ascanio Protonotario mangent à Schifanoia, ils sont divertis par les chantehistoires en demeure à Ferrare.

Les chante-histoires ne sont plus \esgiullan d'autrefois. Si la plupart du temps ils sont pauvres, souvent aveugles, réduits par l'inlirmité à la carrière, et qu'ils mènent toujours une existence nomade, courant de foire en foire, de cité en cité, la saison tinie, chiusa la stagione^ ils rentrent dans leurs maisons. Ils ont une

1. A D"Ancona, / canterini deWantico coinune di Perugia. Varietà storiche e letterarie, Milan, 1S8.J, p. 39.

2. G. Zippel, / suonaluri délia ^ignoria di Firenze, Trente, 1892.

3. Flamnii. La lirica toscana del Rinascimenlo anleriore ai tempi di Lorenzo 11 Magnifico, Turin, 1891, p. 200.

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