Gregorovius, Lucrezia horgia, Stultgnrd. 1876, p
2. « Chè ho purlato in alla (igliuola del Diica di Milnno : ho la gentile fanciiilla... E stava in orazione cinque o sei orc sempre ginocchioni, e faceva la disciplina per ispazio di (|uindici pater nostcr. Lei avcva la sua disciplina falta a stelluzze di Icrro e (piando j'aiioprava lutta l'insanguinava... Et un giorno parlando io con essa lei, gli dissi : Deh ! figliuola, non fare a cotesto modo. E Ici nii ripose : Non nii dite cotcsto, l'iidr»'. p«;r l'amoro di Dio. » {Cinque /irediche di fra kichete (la Milano, piiU. par M. da Civezza. l'rato, 1881, p. 47.)
.'{. « Dn littcras. A. h. c. d. e. f. g h. i. k. I. ni. n. o. p. q. r. s. t. u. X. y. z. I)a Halutalioneni il(;atii* virginis. Ave Maria gratia plena... » (Niccoto Pkhotti, liudiineiita grammatices, Venise, U'JÎI, p. 1.)
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de la vérité. Toute une partie de rhumanisme, et non la moins intéressante, est chrétienne^.
Sans doute que l'époque aijonde en criminels de haute marque, en assassins et en brigands supérieurs ; on peut leur opposer autant de braves gens demeurés entiers, intacts, indemnes : figures à la Plutarque, statues de saints, consciences rigides, âmes candides et doucement épanouies. L'esprit se repose et se console à pénétrer l'enceinte blanche qu'ils habitent, où la ferveur des anciens âges, préservée comme une rose grandie dans un cloître, continue à répandre son parfum. C'est le marchand de Florence Feo Belcari, qui n'écrit que de choses pieuses, dans une langue si pure et si tranquille qu'elle semble colorée à la lumière du grand siècle. C'est le dominicain Corradino de Bologne, qui meurt en soignant les pestiférés ; c'est le patricien Lorenzo Giustinian de Venise, qui vit chez les pauvres besoigneux; c'est le grand-amiral Carlo Zeno de Venise, qui a sauvé la patrie, reçu quarante blessures et qu'on met en prison. Et ce sont tous ces saints, saintes, bienheureux, — religieux, humanistes, poètes, patriciens, princesses, — naissant à toutes les heures, appartenant à tons les mondes, qui fleurissent ce moment sec et brillant de ravissements adorables, de célestes élévations, de rêves attendris, d'actes de dévouement, de sacrifice, d'affection fidèle'-. Et plus suave et plus ému qu'eux
1. Sans vouloir parler do Filelfo et de son poème en vulgaire de La vila del santissiino Joliunni Ihtptisla, on peut citer MaHeo Vegio, qui, dans son Z>e rébus rnemorabilihus BasilicaeS. /'e/»/, accomplit un premier monument d'archéologie chrétienne, fait l'éloge de la vie claustrale dans son De perseverantia religionis dédié en li48 à ses sœurs religieuses et chante la vie du saint abbé Antonio dans le poème de VAntoidade dédié au pape Eugène IV. Bonino Mombri/.io met en hexamètres le récit de la Passion, et Ugolino Verino, le Vieux et le Nouveau Testament. Politien compose des llijmni in Divam Virginem. Pontano consacre quatorze « laudes divin;B » h Jésus, à Marie, à saint Jean-Baptiste, <à saint Dominique, à saint Augustin, ù saint Benoît. Et bien avant que Sannazar eût conçu son radieux poème. De par lu virt/inis, Domenico di Giovanni avait dédié, en t iOQ. à Pierre le Goutleu.x son Theotocon, seu île vitaet obilu sacral.issiiiue V. Mavioe.
2. Ludwig Paslor donne la liste des saints et bienheureux du Quattrocentro. Op. c. p. 58. — Voir les Acta Sanctorum des Boïlandistes.
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tous, c'est le naïf imagier de Sainl-Marc, c'est le bienheureux Fra Angelico de Fiesole. Pauvre et cher petit moine! Là-bas, dans son couvent, oii il peint comme d'autres prient, dans l'ombre et la modestie agréables au Seigneur, il écouk^ toute une existence de tendresse. « Quand on lui demandait quelque ouvrage, il répondait avec une bonté d'àme singulière qu'on allât demander au prieur, et que, si le prieur voulait bien, lui ne manquerait pas. » Par honnêteté , il ne consent jamais à représenter des figures nues; il ne veut représenter que des saints; avant de prendre ses i)inceaux, il toQibe à genoux et dit sa prière; lorsqu'il met le Cbrist en croix ses yeux s'inondent de larmes, el « il avait pour habitude de ne jamais retoucher ou refondre ses peintures, mais de les laisser comme elles étaient venues pour la première fois, croyant qu'elles étaient telles par la volonté de Dieu * ».
Naïvement, purement, le libraire Vespasiano, de Florence, recueille tous les exemples de charité, de chasteté, de piété, des prélats, princes, érudits dont il raconte les vies, de telle sorte que son livre ingénu semble un traité d'édification. Il y est contéd'Antonino-, l'archevêque de Florence devenu cardinal et canonisé dans la suite, grande figure de théologien, de savant, d'ascète, dont les jtorlraits contemporains nous ont transmis l'expres- . sioa de spiritualité aiguë : ce prince de l'Eglise vit en pauvre frère, s'habille d'une simple robe de bure qu'il s'enlève des épaules dans la rue pour en revêtir un plu> pauvre que lui ; il ne dépense pas le tiers de son revenu et distribue le reste en aumônes; il habite, à côté de Fra Angelico, une humble cellule du couvent de Saint-Marc, n'ayant pour tout mobilier qu'un lit monacal recouvert de dra|) de l*erpignan et un fauteuil de vieux bois; il ne possède en propn? qu'un petit mulet, encore ce mulet ne lui apj)arlient-il pas, puisque c'est le
i, Vabaiii, Vie-t/e Fra Angelico de Fiesoli'. 2. Vi'.si'AMA.'^o, Vite, p. ilO.
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cliapilre de Sainte-Marie-Nouvelle qui le lui a prêté; et, à sa moii, il se souvient qu'on le lui rende; à la nouvelle que le pape lui expédie de Home le chapeau, il se sauve dans les bois de Gorneto, s'y cache derrière les arbres, et lorsque le courrier pontilicai l'a rejoint, au lieu de lui donner le j)Ourhoire qu'il demande, il lui répond : « Pour une nouvelle si mauvaise qu'on n'en saurait imaginer une pire, je n'ai point d'argent, je n'ai que ce que je porte sur le dos ^ » Et cependant, fait de la sorte, arrachant les dés et les échiquiers aux joueurs, forçant d'un regard à l'église les élégantes à se taire, lorsque rigide et grave, il passe par les rues de Florence, le monde tombe à genoux, « et sans chevaux, et sans habits, et sans valets, et sans ornements dans sa maison, il fut plus estimé et respecté que s'il fût allé avec la pompe de la plupart des prélats-. » Il y est conté de l'ambassadeur, gonfalonnier et platonicien, Donato Acciajuoli, qui se marie vierge, qui aime et craint Dieu, « par-dessus toute chose », qu'on ne vit jamais toucher, embrasser et prendre dans ses bras ses enfants, « seulement pour conserver l'autorité et la continence avec ses (ils-^ ». Il y est conté d'Agnolo Pandollini, le riche marchand, qui va chercher les passants sur la route pour les asseoir à la lable de sa somptueuse villa de Signa. Le pédagogue Villorino da Feltre dit le Benedicite avant de prendre ses aliments. L'astronome Paolo Toscanelli dort sur une planche à côté de sa table de travail, ne mange que des légumes, se trouble pour une parole déshonnôte^. L'hébraïste Gianozzo Manetti a coutume de dire que notre
1. « L'arcivescovo gli disse : per una cattiva novella, che non la poteva avère peggio di qiiesta, danari questo niio compagno e io non abbiamo; salve le cappe che lu vedi non abbianio altro. » (/6., p. 172.)
2. « E sanza cavalli e sanza vestiraenti e sanza famigli e sanza ornamento ignuno in casa, era più istimato e più riverito, che s'egli fusse andalo con le pompe, conçue vanno i più de' prelati. » (/6., p. 174.)
3. « Solo per conservare la continenza e Tautorità con li hgliuoli, acciocchè l'avessino in riverenza e riputazione. » {Ib., p. H.'iO.)
4. « E quando udiva uno che dicesse una parola non onesla. tutto si cambiava nol viso. » (/6 , p. 507.)
foi ne doit pas s'appeler foi, mais certitude, « parce que toutes les choses écrites et approuvées par l'Eglise sont ausssi vraies qu'il est vrai qu'un triangle est un triangle' ». Maffeo Yegio abandonne tous ses biens aux pauvres. Agnolo Acciajuoli se relève chaque nuit deux heures pour prier. Alessandra de' Bardi, la veuve sombre, roide et austère d'un des plus grands banquiers de Florence, ne lit que la Bible, des homélies, les docteurs et commentateurs de l'Eglise ; « et tout le temps qui lui restait, elle l'employait à de louables exercices, et elle était très compatissante envers les pauvres besoigneux, et en tous endroits elle secourait les religieuses, les religieux et beaucoup de pauvres honteux- ». On dira que Vespasiano prête à chacun ses sentiments et accorde à tous la piété de son.àme débordante; le significatif est qu'au milieu du monde des lettres latines, une telle pureté ait pu s'épanouir.
Si la foi s'est mitigée et éclaircie, elle plonge encore de puissantes racines dans le passé. Devant les guerres, les fléaux, les disettes, qui sèment l'horreur et l'épouvante, les croûtes d'indifférence ont vite fait de tomber. De grands frissons s'emparent des foules, et les jettent éperdues par les chemins. En 1400, au moment môme où le siècle s'ouvre, l'Italie est sillonnée de bandes de péni— , tenls'\ qui, les pieds nus, vôtus de blanc, une croix 1 rougeau capuce, vontdevilleen ville, couchant parterre, jeûnant, se frappant de la discipline, chantant des lita-î nies, criant miséricorde ; ils sont quatre mille à Pistoie, quarante mille à Florence; à Venise, a Rome, on ne les'
1. « Perché tulte !c cose délia detta religione, che sono iscritte e apnrovatc dalla Chicsa, sono cosi vere, coine egli è vero chc un triangolo sia triangolo. » (M., p. 445.)
2. « K lullo il leinpo che le avanzava, consiimava in quesli l.uidabili esercizi, e era pietusissima in verso i poveri bisognosi ; e in tutti i luoghi, religiosi e religiose, e molti poveri vergognosi soccorreva nelloj loro necessitii. » (Ib., p. .'i5<i.) f
'.i. Sur le rnouveincnt dit des IHanohi, voir Skrcamhi, Crotiache,' Rome, 18!)2, .'I vol. II. n i>'.)(l ; Lai'o Ma7./,ki, Lellere di un nolaro a un mercanle Uel secolo Xiy, Florence, 1881. p. 3;j8; Fiui'Po Uinuccini, liicordi Slorici, Florence, 1840, p. XLIV.
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compte plus ; hommes, femmes, enfants, une armée dressée par une poussée de foi, qui marche; à leur passage, de merveilleuses réconciliations s'opèrent : on dépose les iiiimitiés et les armes; on s'emhrasse et on pleure. Va\ 1457, Bologne, sous le coup de tremblements de terre, se donne la discipline et crie miséricorde : « pendant huit jours presque tous s'ahstinrentde viande, les bouchers ne faisaient plus d'affaires, les jeûnes étaient continus, les courtisanes n'admettaient personne dans leur lit^ ». En 1496, Sienne, ayant vu une pluie de sang, se lève comme un seul homme : « Tous allaient à l'autel de Notre-Dame-du-Dôme, et ils y offraient un cierge, et qui rachetait un prisonnier, et qui mariait une tille pauvre, et ils faisaient chanter une messe solennelle au dit autel, et tous faisaient de même, qui de jour, qui de nuit, se frappant, les pieds nus, et toujours chantant litanies et autres bonnes oraisons, afin que Dieunous libère de nos tribulations'. » A Ferrare, c'est le duc Hercule qui prend la tôte de mouvements semblables : « Le duc Hercule, pour raisons à lui connues, et paicc qu'il est toujours bon d'être bien avec Dieu, a ordonné et édicté en ce jour de faire des processions par Ferrare,chaque trois jours, avec tout leclergé de Ferrare, et environ quatre mille enfants d'au plus douze ans, tous vêtus de robes blanches, avec chacun une petite banderole à la main, sur laquelle un Jésus était peint -^ »
1. « Per octo dies a carnibus fere omnes abstinebant ; beccarii carnes non vendebant; jejunia continiiabantur; merelrices ad concubita niiUiini adniittebant. » [Annules Bunonienses, Muratori, Rerum XXI 11, p. S!JO.)
2. « E tutti andavano aU'altare di Nostra Donoa di Duomo; e olferivano un cero; e chiriscuoteva prigioni ; echi maritava una fanciulla; e facevano cantare una messa solenne al detto altare. E siraile fecero lutte le Compagnie di Siena, chi di di e chi di notte, battendosi, e scalzi, e seinpre cantando letanie, e altre buone orazioni, acciochè Dio ci liberassi dalle tribulazioni » (Ali.k(iuetti, Diario, p. Soti.)
3. « Il duca llercole de Este di Ferrara .. per buono rispetto a lui noto,e perché senipre è buono astarebene con Iddio, ordinù e dette in decto présente giorno principio a fare processione per Ferrara ogni terzo giorno con tutto il clero di Ferrara, e con circa quattro milia o più putti (la dodici anni in zozo, vestiti tutti di camise blanche con una bandirola in mano per cadauno, suso laquale era dipinto uno Jesù. » [Diario Ferraresse, p. 386.)
Au jubilé de Rome, en 1450, les routes d'Italie sont si noires de foule qu'on compare les bandes de pèlerins à des essaims de fourmis ^ Le 7 août 1487, le conseil de Sienne décide que la ville soit « donnée et dédiée à Notre- Dame* ». Quelques années plus tard, la Florence de Savonarole élira pour prince le Seigneur Jésus.
Le moyen âge n'est pas fini. Le sombre ascétisme de la Commune aux vertus rugueuses et frustes n'est pas mort. Des paroles d'un enseignement farouche s'élèvent encore, exaltant « la sainte tristesse », protestant contre « la chair fétide », s'indignant du courant de volupté et de joie qui emporte les esprits. « Que le père, écrit Giovanni Dominici dans sa Rego/a claustrale, ne montre jamais un visage joyeux à ses filles, afin qu'elles ne s'éprennent point de la face virile '^ ! » « Si tu ouvres les oreilles au mal qu'on dit d'autrui, écrit Antonino, si tu écoutes, et Canzoni, et Strambotti, et Ballate, et chansons, et musiques pour le plaisir de la sensualité ; si tu cherches une vaine délectation dans le manger et le boire; et si, par murmure, détractation, susurrement, malédiction, moquerie, excuse, tu parles mal du prochain, malheur^ ! » « Homme, écrit Feo Belcari, rappelle-toi que tu n'es qu'excrément, puanteur et ordure; réveille-toi de ce sommeil de mort, arrache aux yeux de ton esprit celte chassie empestée d'une réputation vaine et maudite, abaisse ton col dur, incline ton esprit h la vérité de l'Ecriture Sainte, et tu trouveras que tous les saints, plus ils ont été sages, savants, honorés, plus ils ont
1. Sur ce jubilé, voir le Memuriule di Paolo dello Maslro, pub. par M. Péloez, p. o8.