Neino religiosus et poeta est
2. « Novi cnim quantum absunt a chriptiancsiiiio qui in bonis litteri» velut aputl scopulos sireneos consenescunt, prœsertim apud
Italos. T> ..ut
3. « Taceo ludos, joco», aniorcs, aliaquc laxanienta animi, quibus et difûcilc eut abHtioere, quando in bis sis.educalus... »
tranquille de ÏAve Marie, les confréries d'artisans se massent dans l'église paroissiale ou devant l'église paroissiale, et recueillies sous l'image de la Madone, elles chantent des laudes. En Ombrie, le jour du jeudi saint, le jour du vendredi saint, d'autres jours, la voix de la foule s'élève à l'église et elle interrompt la liturgie de l'officiant de laudes dialoguées qui illustrent cette liturgie^ On entonne des laudes dans les processions fleuries qui se déroulent sous le ciel, dans les fêtes religieuses, dans les heures de bonté, de piété ou d'effort. Au siècle précédent, le bienheureux Golombini, de Sienne, chantait pour le plaisir, sur la place, la laude Diletto Jesù C?'isto chi ben t'ama; au siècle qui nous occupe, lorsque Antonio Bembo meurt à Pistoie, les frères qui l'assistent chantent la laude Amor di caritade, Perché m hai si ferito? Et lorsque sœur Ursula meurt à compiles, au couvent de Santa Brigida, « elle appela ses chères compagnes et les pria de lui chanter une laude, et elles firent ainsi; et parce qu'elle était déjà beaucoup atténuée, elles voulurent voir si elle prenait encore garde aux paroles, et elles omirent une stance, mais sœur Ursula les corrigea et leurrappela la stance ^ ».
Aussi bien le peuple sait par cœur une quantité de laudes^, dont il n'a souvent retenu quelle premier cou-
1. Sur ces laudes dramatiques, qui s'accompagnaient d'une certaine mise en scène, de telle sorte qu'on a voulu y chercher l'origine du théâtre italien, voir E. Monaci, Appunli ver la sloria ciel teatro italiano. Uffizj drinninaiici dei Disciplinati delVUmbria. (Rivista di filol. romanza, 1, 1874, p. 23:j ; il, 1875, p. 29.)
2. « Chiamù le sue care compagne, e pregoUe le cantassino una Iode €t cosi fecero ; et perché era già molto attenuata, volsono provare, se intendeva aile parole, e lasciorno una stanza, ed essa le corresse, e rammentù loro la stanza, che avevano lasciata. » [Leltere di Feo Belcari, p. 13.)
3. Parmi les principaux recueils de laudes, on peut citer : Laude spirituali di Feo Belcari, di Lorenzo de' Medici, di Francesco d'Albizzo, di Caslellario Castellani e d'altri compresse nelle quattro piU, anticht raccoUe, Florence, 18G3. — Laudi spiriluali del Bianco da Siena, Lucques, 1851. — Laudi di una campagnia fiorentiiia del secola XIV, Florence, 1870. — Laudi cortonesi del secolo À7//, pub. par G. Mazzoni, Bologne, 1891. — Et pour les autres recueils, voir Giornale storico délia lelleruiura italiana^ VII, 153 sq. etpassim. — M. Feist adonné les capoversi des recueils les plus intéressants.
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plol et qu'il traduit toujours dans sou dialecte. Provision fraîche, provision candide, trésor de pureté et de blancheur qui le console, rémeut et le rachète.
11 sait les vieilles laudes héroïques que les (( flagellanti, » ou « hattuti, » ou « verberati, » ou « scoputori », chantaient en 1260, alors que lesang d'Italie coulait « comme l'eau », et que ceux de Pérouse s'étaient levés, et qu'ils étaient partis pour l'Allemagne et le pays des Scythes, et qu'ils se frappaient, et qu'ils pleuraient, et qu'ils criaient, et qu'ils composaient, en dehors des hymnes savantes d église, en dehors du latin, de belles laudes selon leur misère et leur cœur. 11 sait les laudes que chantaient en 1399, les Bianchi d'Italie, quand ils s'en allaient dans leurs robes blanches, au gré de la Providence, à travers les sanglots et les miracles; à Gênes, les images de la Vierge jetaient des rayons; à Sarzana, un vieil orme se mettait à reverdir; à Vezzano, un malheureux, qui avait levé le bras pour maudire, restait le bras levé. Il sait les laudes de Jacopone daTodi, du Bianco da Siena^ dlJgo Punziera de Prato; les laudes du Duecento et du Trecento, les laudes qui ne sont de personne, nées I comme ça, d'une foule en marche, d'un moment commun de prière; les laudes que lui fabriquent ajournée faite quelque médecin, quelque notaire, quelque />oy)olano ou quelque canterino instruit; et les jolies laudes savantes, polies, bien faites, qui vont comme des hallalc^ que signent Leonardo Gustinian à Venise, CastellanoCastellani à Pise, Giovanni Pellegrini à Ferrare, Giovanni Domiuici, Feo Belcari, Francesco d'Albizzo, Bcrnardo Giambullari, la mère du Maguilique et le Magnitique lui-même, à Florence.
Ou lie [)eul pas toujours rire, écouter des histoires, niiiiigcr des chajjons, faire l'amour; il y a Jésus; « au milieu de l'hiver, écrivait Antonino à Monua Dada, à la unit noin;, dans un lieu très froid, na<|nit .lésiis au niomb', nu, vêtu ensuite par S4i mère de (|U('lques pauvres petits habits, mis dans l'étable, aliii (|u"au
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souille do l'àne et du bœuf, il fût quoique peu réchauflé; il n'y avait là ni lumière, ni nulle femme, iichauller l'eau, à allumer le feu, comme on le peint par fable... le petit enfant naquit en pleurant, parce qu'il commençait à sentir la peine du froid plus Aprenicnt qu'aucun autre petit enfant; et pourtant il était vi'uu liabiler près de nous pour montrer que les plaisirs sensuels, les délices du corps, les aises, les pompes du monde ne sont pas la route du ciel, mais plutôt la porte de l'enfer' ». Il est bien de chanter Jésus; et doucement, pieusement, avec une tendresse adorable, on chante Jésus et Marie.
« Quand parfois il dormait un peu le jour, et que loi, tu voulais réveiller le paradis, Marie, tu allais tout doucement, si doucement qu'il ne t'entendait pas, et lu posais ta bouche sur son visage, et puis, avec un rire maternel, tu disais : Ne dors plus, cela te ferait du mal'... »
L'heure est triste ; le crépuscule tombe ; chaque jour, « on fait une journée vers la mort » ; il sied de penser un peu à l'autre monde et de gagner là-haut sa place dans le paradis de lumière; par politesse, par contrition, par honnêteté, on chante quelque complainte gracieuse en l'honneur d'un saint, d'une sainte, de
1. « Nel mezzo del verno, nella mezzanotte, in luogo freddissimo nasce Gesù in terra, fj-nudo, coperto poi dalla madré con poclii e poverclli pannicelli : pusto nel |)resepio, accioclio dal fiato deU'asino e bue fusse laiito u (|uanto riscaklato. Nun ci fu quivi nù lomeria, ne altra femniina a scaldare acqua, o accendere fuoco, corne per favola si dipigne, ma non secondo la verità evangelica. Nacque piangendo il fanciullino... perché comiuinciava a sentire la pena del l'reddo e più acerbumente clie ncssiino altro fanciullino : e pero era venuto ad abitare con noi, per dichiarare. che i diletli sensuali. le delizie del corpo, gii agi, le pompe del mondo, le ricchezze non sono la via del cielo, ma più tosto dello inferno. » (Sast-Antonino, Leilere, p. 73.)
-■ « Quando talora un poco el di dormia,
E tu destar volendo il Paradiso, Pian piano andavi, che non ti sentia, E poi ponevi il viso al santo viso :
Poi gli dicevi con materno riso :
Non dormir più, che ti sarebbe rio. ... Quando tu ti sentivi chiamar Mamma, Corne non ti morivi di dolcezza ?... »
saint François, de sainte Catherine, du Beato Golombini, de santa Verdiana, de la Beata Villana, qui jette ses habits au milieu de l'hiver, tant son cœur est enllammé, de Niccolô da Bari, qui refuse de téter sa nourrice le vendredi, tant son âme d'enfant est bénie ; on chante l'Oraison dominicale, le Credo, le Sermon sur la montagne, la Nativité, la Passion ; et, pendant une heure, et pendant deux heures, sans se lasser jamais, on chante la même parole : « Aime Jésus... x\ime Jésus... Aime Jésus. »
Un orage a éclaté, la foudre est tombée, la lune s'est obscurcie; un miracle s'est produit; un tremblement de terre a renversé la corniche de l'église ; la disette règne, la peste sévit, la guerre s'approche: « Tu verras, s'écrie le prédicateur, tes petits enfants tomber morts de faim sur la terre ; tu verras tes filles qu'on t'a arrachées souillées devant tes yeux, et tu ne pourras dire une parole ; pareillement tu te verras arracher ta propre femme, et on la violera, et on la déshonorera, et tu devras rester tranquille ; et tu verras tes petits enfants qu'on prendra par les pieds et qu'on jettera la tête contre le mur; tu verras ta mère prise et elle sera éventrée devant toi ; et ainsi tes frères ; parfois il naîtra des discordes entre eux, et l'un tuera l'autre ; quant à ceux qui resteront, ils verront ces choses, et la mort fuira d'eux, et enfm ils seront pris et menés au loin prisonniers ^ » Frémissant d'horreur, dans la consternation et l'épouvante, on se prosterne, on s'agenouille, on lève les yeux, on tend les bras, on crie incessamment à Dieu, à Jésus, à Marie, qui seuls peuvent guérir, qui seuls peuvent sauver. Il ne s'agit plus, pour se prés(Tver de la contagion, de se tenir le « bec au frais », selon la recette si tristement bouffonne; il s'agit de se repentir, de se confesser, de déplorer sa fragilité, inconstance et malice, de pleurer la tête basse et le
\. Le prediche voh/ari di San lieniardino da Siena, publiées par Luciano itanchi, Sienne, 1880, 3 vol. III, p. 104.
regard en terre, de pleurer et de souffrir. Ah ! folle inconstance, perfide aveuglement ! Où est la joie, où est la vie, oii est le clair soleil qui caressait avec sa mélodie? La mort est la vie. La vraie lumière sont les ténèbres. Dieu, tu es le commencement et le milieu, tu es la lin véritable, tu es éternellement sans principe, tu es seul sans milieu, tu es seul sans fin... Bénies soient les épaules de Marie, bénis soient ses seins, bénis soient ses baisers, b('nié soit sa langue... Louange, louange au divin feu, louange, louange à sa splendeur! louange, louange, fête et jeu, louange, louange à l'amour!
Quelqu'un entonne : <( Tu vois l'Italie en guerre — et la grande disette. — Dieu envoie la peste — et répand son jugement. — Voici les nourritures — de ta vie aveugle et perdue — et du peu de foi que tu as. » Et tous reprennent en chœur : « Hélas! hélas! hélas! » Quelqu'un entonne : « Astrologues et prophètes, — hommes sages et savants, — prédicateurs de tête, — t'ont prédit tes tourments. — Tu requiers airs et musique — parce que, folle âme, tu es dans le vice, — en toi vertu n'est pas. » Et tous reprennent en chœur : « Hélas! hélas! hélas * ! » Et les laudes montent qui disent la contrition, la repentance, la mansuétude et de s'abîmer dans le ciel et dans l'amour. Elles coulent comme des larmes. Elles hoquettent comme des sanglots. Elles partent comme des cris. Elles bégaient