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198 LE QUAITROCEXTO
est pourrie. Il nettoie un peu les plats, et le chien les lèche et les lave. Et les pots sont tout gras : Va, regarde, comme sont les pots ! Sais-tu comment il vit? Comme une bête. Je dis qu'on ne sera jamais bien à être seul de cette façon *. »
Fra Bernardino est pour qu'on occupe les filles à la maison. « Y a-t-il à balayer à la maison? — Oui. — Oui. Fais lui balayer. Y a-t-il h relaver des écuelles? Fais-les-lui relaver. Y a-t-il à éplucher? Fais-lui éplucher. Y a-t-il à faire la lessive? Fais-la-lui couler dans la maison. — Mais il y a la servante! — Qu'il y ait la servante. Laisse faire à elle, non par besoin que ce soit elle qui le fasse, mais pour lui donner de l'exercice. Fais-lui garder les enfants, laver les langes, et tout. Si tu ne l'habitues pas à tout faire, elle deviendra un bon petit morceau de chair. Ne lui laisse pas ses aises, je te dis. Tant que tu la maintiendras en haleine, elle ne restera pas à la fenêtre, et elle n'aura pas l'esprit tantôt aune chose, tantôt à une autre. Qu'elle fasse ce qu'il faut pour la maison : trois choses en résultent : primo, il en résulte le plaisant ; seconde, il en résulte l'honnête; et tertio, il en résulte l'utile'. »
1. « Sai corne sta la casa? Oh! io le'I vo dire perché io il so. Se egli è ricco e ha del grano, le pàssare sel mangiano, e' topi... Se egli ha l'olio, perché non vi procura, egli si versa; quando si rompono i coppi e se n'è versato, egli vi pone su una poca di terra, ed è fatto. ET vino? ûnaltnente giogne alla botte, attegne il vino e non pensa più là: talvolta la botte inostrarà dal lato dietro, e il vino se ne va. Sinule, romparassi uno cerchio o due, e egli il lassa andare... A letto, sai corne sta a dormire ? Egli dorme in una fossa, e corne egli ha messo il lenzuolo nel letto, mai non nel cava se non si rompe. Smiilmentc ne la sala dove egli m.angia, quine in terra so'bucciche di poponi, ossia, nettatura d'insalata ; ogni cosa lassa ine in terra senza mai appcna spazzarvi. La tavola sai corne sta? Che in tal ponto vi pone su la tovaglia, che mai non se ne leva, se non fracida. E'taglieri li forbe un poco poco ; e'I can li lecca e li leva. E'pignatti tutti onti : va, mira corne stanno ! Sai come egli vive? Corne una bcstia. » (II, p. 118.)
2. « Evi a spazare in casa? — Si. — Si? fa spazare a ici. hvi a lavare le scudelle ? falle lavare a lei. Evi a cèrnarc? fa' cérnarc, fa' cérnare a lei. Evi a fare la bucata? fa' Tare a lei dentro in casa. — Oh! egli ci é la fanlo! — Ella si sia : fa' fare a lei, non per bisogno che vi ma che clla facci, ma per darle cscrcizio, falle governare i fanciuUlini, , lavare le pezzc o ogni cosa: se tu non l'avezzi a fare ogni cosa, clla «livcntar/i un buon pezzetto di carne. Non la tencre in agio, ti dico. Se tu la terrai in cscrcizio, non starà a le fincslre, non le vagillarà il
Il s'élève contre les marchands, qui sont âpres, au gain, durs au pauvre monde, menteurs, parjures, faussaires, syllogistes et intrigants. Il ne veut pas qu'on pratique le commerce le dimanche et les jours fériés, qu'on vende h terme, qu'on blasphème en vendant, qu'on trafique à l'église, qu'on délaisse sa jeune femme, pour aller chercher fortune en pays étrange. Il déjoue la ruse de celui qui rend vilement sa monnaie à une vieille pour en escamoter une part: « Tiens, tiens, tiens, une, deux, trois, cinq, sept, huit, dix, treize, quatorze, dix-sept, dix-neuf et vingtM » Il enjoint au drapier de ne point trop tirer sur l'aune, à un chacun de ne point profiter de l'ignorance de l'acheteur. « Tu vas vendre ta marchandise sur la place, et vient un étranger qui demande : qu'est-ce que tu veux deçà? — J'en veux trente sous. — Et au citoyen, tu ne la vends que pour vingt sous^. »
Emu de pitié, soulevéde compassion, il recommande la charité : <( Tu n'entends pas les cris du pauvre monde ; sais-tu pourquoi? Parce que, pour toi, il ne fait pas trop froid; tu te remplis le corps de bien boire, de bien manger, et beaucoup d'habits sur ton dos, et souvent au feu : tu ne penses pas plus loin; corps bien rempli, ame consolée*. » 11 enseigne comme l'on doit pratiquer l'aumône, porter aux pauvres quelque petite chose cuite, quelque petit vêtement quand on les voit nus, avoir j)itié, prendre miséricorde : « Et combien de choses avez-vous mandées là-bas à ces pauvres prisonniers, hein, ô femmes? J'ai appris qu'à peu près deux cami-
capo ora 0. una cosa e ora a un'altra... Tre cose ne segiiitano... prima n'esce il dilottevole ; sicondo, n'esce l'onesto, e terzo, n'esce l'utile. » (II, p. 43JJ.),
1. « Tù tù tô tô, uno, due, tre, cinque, sette, otto. dieci, tredici, quattordici, dicessette, dicennove e vinti. » (III, p. 238.)
2. « Vai a vendere la tua mercanzia in su la strada, e vienti uno forestiero a domandare : — Ghe vuoi tu di questo ? — Vuône trenta soldi ; — E al cittadino non la vendi se non vinti soldi. » (III, p. 245.)
3. « ïu non le senti già tu le grida ! Sai perché? Perché a te non fa freddo ; tu t'empi il corpo del mangiar bene, ber bene, e di panni assai in dosso, e spesso al fuoco. Tu non pensi più là : corpo satoUo, anima consolata. » (III, p. 196.)
soles, et deux paires de caleçons, et une paire de vieux bas troués ont été envoyées pourtant. Je crois que vous mourrez dans vos affaires'! » Et il prêche contre le luxe, la parure, les hauts talons, les manches larges « à vôtir plusieurs pauvres », contre la pompe et la toilette, qui constituent neuf offenses à Dieu, à savoir de vanité, de variété, de suavité, de préciosité, d'iniquité, de superffuité, de curiosité, de malignité et de damnosité. 11 dit : « Qui prendrait une de ces jupes et la tordrait, il en verrait sortir du sang des créatures*^! » Il dit : « A celle-ci la bouche empoisonne grâce aux onguents : qui se soufre ; qui se salit avec une chose, qui, avec une autre : combien en est-il qui aient les dents gâtées pour tellement se lisser! )>Mais les femmes perverses trouvent des subterfuges : « Ces femmes disent que je leur ai permis les talons hauts de deux doigts; et c'est vrai ; mais certaines prétendent qu'elles ont compris deux doigts en longueur. Je n'ai pas dit ainsi, j'ai dit et je dis deux doigts en largeur ^ » Et il proche contre « le péché abominable ». Et il prêche la paix, l'oubli des injures, la concorde entre les partis, les ligues, les factions, les divisions et les consorteries.
11 tonne, il fulmine, il fait peur. 11 menace avec frère Bâton, avec la guerre, avec la pesîe, avec la disette, avec les lléaux. Il dit les châtiments épouvantables qui se préparent, l'enfer atroce, tout ce qui arrivera, tout ce qui ne peut manquer d'arriver, si on ne se réduit pas incontinent à une vie plus seyante, |)lus propre, plus jolie. El l'on pleure. Encore que le Dieu de Uernarilino ne se réviMe pas sous une face trop terrible, mais, que humain,
1. « K ((liante camicie avete mandate qua giù a quelli povaretti prigioni, eh, o donne ?... lo pur sento che presso a due caniiciuola e due paia di iiiutandce un paio di calsaccie rotto l'ô stato luandato. Ma credoini che infine voi morrete ne la vostra robba. »(III, p. 19G.)
2. « ('An pigliuHse una di quelle rionpe e premossela e torcessela, ne vedresti uscire sangue di créature. » (lil, 19t.)
3. « Dicono qucste donne rh'io le conocdotti che ellono portassoro lo pinncllc due riita aile, e fu vero; ma aicune dicono che tianno intoso due dita per lungo. .Non dissi cusi io : io dissi e dico duc dita \)cr largo. » (1, p. 336.)
doucement paternel, il pardonne; c'est « le bon Dieu ». « Il ne veut pas frapper avec la verge, comme fait le maître d'école. Sais-tu comment il fait? Il fait proprement comme fait la mère au petit enfant qui ne se comporte pas comme il doit; elle lui dit : « Si je me lève... ah ! si je me lève ! » Et elle menace l'enfant et elle fait semblant. Ainsi fait Dieu'. » « Certaines fois, confesse le bon frère, considérant que, pour le monde, on laisse Dieu, je ris en moi-môme-*. » Heureux, malicieux, bien portant, toujours d'une humeur excellente, Fra Bernardino, qui vit en gaieti', proscrit l'exagération, l'outrance, les méchants et tristes excès des grosses rigueurs. Ne pactisant pas plus pour la divine ignorance que pour la divine pauvreté-^, appelant les visions des bêtises, il sait que la croix suscite aussi des folies. Sa foi est claire, mesurée, tempérée. « Tempère le luth » ! répète-t-il souvent. Elle ne présente rien de rogue, de hargneux, de sévère. Elle ne prétend pas à l'impossible et qu'on fasse ce qu'on pense ne pouvoir faire''. Si on a de la peine à jeûner, hé! qu'on rompe le jrniie. Si on ne saurait aller pieds nus, hé! qu'on s'habille plus chaudement. Scciindiim tempiis et loca : il faut distinguer entre les temps et les lieux. Luî-môme ne se risquerait pas à marcher sur les eaux en dépit du miracle qu'on lui attribue. « Ignores-tu pourtant que saint Pierre allait sur l'eau comme on va sur la terre? Ah! ouichte, moi je ne m'y risquerais point ^. » Et sous
1. « Non viiol far col bastone, corne fa il maestro alla scuola. Sai come fa ? Elli fa propio corne fa la madré al fanciullo, quando elli non fa asiio modo, clie elia gli dice: s'io mi ci levo... Oii ! s'io mi ci levo!... E minaccia il (igliiiolo... » (1, p. 357.)
2. « Cotali volte, io rido da me a me, considerando che psr lo mondo si lassa Iddio. » (III, p. 474.)
3. Ce qui le centriste dans le luxe de la parure, c'est aussi qu'elle constitue un capital improductif. — Sur la culture de Fra Bernardino, voir les renseignements que donne Mehus, Vita Amôrog. Ca7nald., p. 38 'k
4. « Adunque non voler fare quello che tu puoi pensare che non potresti fare. » (II, ji. 353.)
3. « Non sai tu cne elli andô su per l'acqua come si va in su per la terra? Non mi ci mettarei gii'i io. » (H, p. 353.)
les amorces trompeuses de la vocation qui l'attirèrent un jour, il a su démêler l'œuvre du diable : « Un jour, raconte-t-il, il me vint la volonté de vouloir vivre comme un ange, non comme un homme. — Ah ! que Dieu vous bénisse, écoutez un peu pourvoir! — Il me vint une idée de vouloir vivre d'eau et d'herbes. Et je pensai m'en aller dans un bois. Et je commençai à me dire en moi-même : « Qu'est-ce que tu feras dans un bois? Qu'est-ce que tu mangeras? » Je répondais ainsi en mon pour dedans, et je disais : « Très bien, et qu'est-ce que faisaient les saints Pères? Je mangerai de l'herbe quand j'aurai faim, et quand j'aurai soif je boirai de l'eau. » Et c'est ainsi que je délibérai de faire; et pour vivre selon Dieu, je délibérai encore d'acheter une Bible pour lire et une peau pour me la mettre dessus. Et j'achetai la Bible etj'allai pour acheter un cuir de chamelle, pour que l'eau ne passât pas au travers, pour que la Bible ne se mouillât point. Et avec ma pensée, j'allais cherchant oii je pourrais bien me nicher, et je délibérai d'aller voir jusqu'à Massa. Et comme j'étais par la vallée de Boccheggiano, j'allais regardant tantôt cette colline, tantôt cette autre, tantôt cette autre. Et je disais en moi-même : «Oh! là, on sera bien... Oh! là, on sera encore mieux! » En conclusion, n'allant pas jusqu'au fond de la chose, je retournai à Sienne et je délibérai de commencer à essayer la vie que je voulais mener. Et j'allai là-bas, hors la porte Fallonica, et je commençai à cueillir une salade de laiterons et d'autres hcrbeltes, et je n'avais ni pain, ni sel, ni huile. Pour celte première fois, je commençai à la laver et à la racler, et puis une autre fois nous ne ferons (jue la racler sans la laver autrement, et quand nous serons mieux habitués, nous ne la raclerons plus, et à la fin (h's fins, nous la mangerons sans la cueillir. Et au nom de Jésus, je commençai avec un morceau de laiteron, et, me l'étant mis on bouche, je commençai à le mâcher. Mâche, mâche que te mâche, il
ne [pouvait descendre. Alors, ne pouvant l'avaler, je dis : « Allons, commençons à boire une gorgée d'eau. » Rave! L'eau ne descendait pas, et le laiteron me restait dans la bouche. Bref, je bus plusieurs gorgées d'eau avec un morceau de laiteron, et je ne pus jamais l'avaler. Sais-tu ce que je veux dire? Je veux dire qu'avec un morceau de laiteron, j'ai repoussé toute tentation ^ »
Ainsi Fra Bernardino, l'an 1427, sur la place de Sienne.
Lorsqu'il mourut, il semblait encore rire, ridenti sîmi/is dit un contemporain, et six ans après sa mort, en 1450, au Jubilé de Rome, le pape Nicolas V canonisa en grande pompe ce petit frère prêcheur, qu'on aimait si fort, qui «chantait si clair», qui riait si bien, qui exprima la foi gracieuse de son âge et ne voulut pas se faire ermite pour des laiterons trop amers.
Si la laude est une complainte ou un cri, et si le prêche est une émotion ou une leçon, la sacra rappresentazione est une fête '. On l'appelle sacra rappresentazione, ou vangeh, oupassione, ou storia, ou /esta. Et on y va comme au théâtre.
C'est à Florence, qui l'a inventée, un dimanche, quelque jour de fête patronale, quelque jour de gala singulier, après vêpres •^.