‹ Le quattrocentoChapitre 69 sur 151 · Conie ha nome queslo bambolino · texte numérisé non relu

Conie ha nome queslo bambolino

— Ha nome Abrom. — E'i mio Samuellino.

— O Monusmelia, el vostro é si rofjnosol Non l'accoslalc a qucsti banibolini.

— Etfli è un po' rli lattime. — Anzi 6 lebbroso. E debbe essor fornilo a' peilcf^rini.

Giiarda se'l mio 6 candlcJo e biaiicosol E biancoe i)i<indo, e val tcnlo fiorini.

— Heiichè d^li è bcllo, é pare un Ifipaccino Ed ha un viso conie un bcrtuccino. »

prédicateur ne vous trouve pas par ici ^ » Ailleurs, deux voisines se prennent de dispute pour une poule : « C'est pourtant un peu fort que je ne puisse jamais goûter un œuf de ma poule et que cette voisine me les vole toujours ! Elle est tellement habituée à voler qu'elle mérite d'être appelée la reine des voleurs ! — Vous dites des mensonges, MonnaMinoccia, parce qu'elle ne fait point d'œufs, votre poule. Ne voyez-vous pas qu'elle couve toujours et qu'elle est devenue poule couveuse? Si vous n'avez rien à faire, occupez-vous à décrasser votre figure! — Oui, oui, on sait de quels vieux péchés tu es remplie. Ne te rappelles-tu pas, quand je peignais le lin, que tu m'en as volé quatre ou cinq quenouillées! — Tu dois avoir trop hu-. » Au coin de la rue, se dresse l'osteria, avec son enseigne, son bruit de vaisselles, le fumet odorant de ses sauces; l'hôtesse y trône ; le garçon répond au sobriquet de Dormi, tu dors ; et l'hôte, le bonnet à la main, s'empresse devant l'Enfant prodigue et ses compagnons : « J'ai à vous donner bouilli, chapons engraissés, fastueux et parfaits ; puis du saucisson avec du veau ; tourtes con-

1. « — Mona Francesca, cotesto è il mio lato ; Voi pur me lo togliete spesso spesso.

— Guarda, bugianla; tanto avestù fiato 1 Sta' cheta, tu sai ben che non è desso. Par proprio che tu l'abbi comperato ; Ogni niattina c'è che far con esso, Tirate via pel vostro migliore,

Che non vi truovi qui il predicatore. »

2. « — L'è pur gran cosa délia mia gallina Non possi mai im uovo sol gustare,

Chè me la ruba questa mia vicina !

Ella si è tanto avezzata a rubare Che mérita de' iadri esser regina!...

— Voi dite la bugia, monna Minoccia, Perché la non fa uova ; non vedete Checova sempre e diventata è chioccia !...

— So che sei piena de' tuoi vizi vecchi, Sai ben che quando pettinavo il lino Me ne rubasti cinque o sei peniiecchi.

— Tu debb'aver beuto troppo vino. »

(S. R., II, p. 340.)

ditionnëes ; et bons ragoûts ; poulets rôtis pour tout vous dire; plats qui, au goût, sont nets et fins; pigeons et grives; et tourterelles; et faisans; vin âpre; vin tondo; plusieurs trebhiani^. » Au moment de régler les comptes, le ton change : « — Allons, les mains aux poches, allons, vite, baillez là. J'ai pas de temps à perdre. Regardez s'ils paraissent fatigués du chemin ! Ils ne peuvent plus trouver leurs bourses. — Tiens, voici trois carlins! — Il y en a trop qui manquent. — Hé bien, si tu ne les veux pas, laisse-les, — Il n'y a pas besoin de se lever de chaise!... » L'hôtesse intervient en faveur des chalands : « — Voyons, laisse-les aller, fais-leur plaisir. — Je crois bien t'avoir dit mille fois de te tenir tranquille, malheureuse folache! — Et moi, je veux parler et parler à ton bonnet, eussè-je la langue coupée. — Prends garde que je ne te prenne par le toupet et ne te fasse parler plus doucement. — Oui, essaie un peu. — Voilà qui est essayé! — Va-t-en, làche-moi, b... de misérable^. » A la campagne, autour d'un pot de vin, deux /a^/on, deux métayers raisonnent

1. « Per dirvi el vero, io ho per darvi : lesso, Capponi ispanti, istiati e perfetti;

E salsicciuol con la vitella appresso, Con torte vantaggiate e buon gua/zetti; Pollastri arrosto, a dichiararvi espresso, Cibi che al guslo sian puliti e netti : Pippioni e tordi e tortole e fagiani, Via tondi e bruschi. e divers! trebbiani. >

iS. R., 1, p. 369.)

2. « Chi di vol paga? orsù. le mani ai fianchi ; Presto, su, date qiia: ho altro a fare.

Vedi se pajon del cnmmino stanchi, Che non posson le borse ritrovare 1

— Eccoti trc carlin. — Troppo mi manchi.

— E se tu non gli vuoi, lasciali stare.

— Non bisogna levarsi da sedere.

— Orsù lasciagli andar, fa' lor piacere.

— Credo di averti mille volte detto Che tu sia cheta, pazza sciagurata.

— Io vo' dire, e vo' dire a tiio dispetto Se benc avcssi la lingua tagiiata.

— Guarda ch'io non li pigli pel ciufelto E ti Tacci parlar piii moderata.

— Ombè, provali un p<»' 1 — Decco provato.

— Orsù lasciatni star, brutto sciaurato. »

de leurs patrons, des exigences de leurs patrons, des tours à jouer à leurs patrons;

— Randello, j'ai un patron maudit Qui mieux que vin la futaille mesure !

— Au diable, as-tu vraiment si peu d'esprit Que de trouver une excuse te dure !

Dis-lui : Cet an, le grain est tout petit : Voyez plutôt comme Técorce est dure !

D'une chanson, il te faut le payer.

Dis-lui : j'ai faim, je voudrais bien dîner'.

Sur le champ fauché, le blé coupé a pris feu. Il brûle. Les massaie, les ménagères, accourues, s'arrachent les cheveux:

Mallieur à moi! Adieu le tablier,

La jupe neuve et les petits souliers!

Tout brûle, épis, outils, grange, aire et ferme.

— Oui, va, laboure, au sarcloir, au râteau !

Rt de deux ans, il faut payer le terme ?

Et pour Nanni, comment payer l'impôt 2?

Tous ceux qu'on voit, qu'on pratique, qu'on connaît, qui remplissent la rue ou la campagne, qui habitent le palais ou l'échoppe, qui fréquentent le cabaret ou l'église, se dressent les uns après les autres. Ils gardent leurs jurons, leurs chansons et leurs façons; ils font

1. « Randello, io ho un oste maledetto Che non clie il vin, le bi;^onc« misura...

— 0 diavolo, hai tu si poco intelietto Che a trovar una scusa al)bi paura ?

Digli : in quest' anno il granello è ristretto: Vedete corn' egli ha la buccia dura; E perché un conto in paganiento prenda Digli : io ho famé, io vo'ire a merenda. />

(S. Il, II, p. 398.)

2, « — 0 tapinata a me ! Ecco il grembiale E le scarpette e la gonnella nuova!

Egli arde i'aja e le biche et le pale!...

— Or va e zappa e logora el sarchiello! E di dua anni il fitto s'ha pagare !

Et corne pagherà Nanni el balzello? »

comme on a l'habitude de faire; ils portent les robes, les chausses, les casques, les couronnes, les costumes mi-partie que porte le monde; ils tirent de l'arc, de l'arquebuse et des bombardes; ils sont gourmands de vernaccia ou de malvoisie; ils usent la monnaie courante de ducats, de florins, de holognini et de carlini ; ils savent ce qu'est le Bargello, comment on joue au tarot, 011 sont les fameuses auberges du Buco et du Panico. Pharaon cite Mercure, Mars, Jupiter; les astrologues de Santa-Barbara connaissent les tables du roi Alphonse ; Nabuchodonosor fait venir à lui Donatello qui est après la chaire de Prato et lui commande sa statue en or. Dans Panl^ on voit le Podestat et un chevalier de l'Eperon d'or. Dans Sant- Antonio, il est parlé du monastère des Murate, du barbier Ricci, du frère du libraire Vespasiano. Dans Santa-Cecilia. les garçons empêchent l'épouse de passer en lui faisant un serraglio.

Aussi bien le peuple adore les sacre rappresentazioni. Il ne sait pas qui lésa écrites, comme il ne sait pas qui a écrit les laudes qu'il chante. Ceux-là mêmes qui les ont élaborées, — bourgeois pieux, femmes dévotes, poètes d'occasion, amateurs, canterini ou inconnus, — Feo Belcari et Castellano Castellani, Bernardo Pulci et Antonia Pulci, le héraut Antonio et le patricien Tommaso Benci, Laurent de Pier Francesco, qui est unMédicis, et Laurent de Médicis lui-même, n'y attribuent pas d'autre importance, allant jusqu'à s'emprunter des scènes entières, demeurant fidèles à l'anonymat du genre et ne cherchant point à le marquer d'aucune personnalité artisti(jue. H ne s'agit |)oint, pour eux, de faire œuvre d'art, il s'agit de faire œuvre pie; et pour le peuple, il ne s'agit point de venir applaudir un (aient, il s'agit de venir recueillir c un bon fruit». Et le peuple y recueille un bon fruit.

Dès qu'une sami rappresentazione est annoncef' quelque part, il s'y rend avec exactitude et en foule, de

longues heures d'avance, et, en attendant le début du spectacle, avant que l'Ange soit venu expliquer en quelques paroles faciles et compréhensibles l'argument et la morale de l'argument, il passe le temps comme il peul, à rire, à causer, à se jeter des pommes, à se ^ monter sur les épaules par plaisanterie. Mais, dès que l'Ange apparaît, religieusement il se tait.

Il s'intéresse à l'ingéniosité des machineries. Il frémit d'hoireur à l'épouvante terrible des supplices. Il se récrée aux jolis intermèdes, où il y a des Nymphes, des sirènes, des danseurs, des chanteurs et Cupidon. Il se réjouit aux belles images vivantes, aussi pures, aussi délicatement colorées, que les Nativités, les Annonciations, les Adorations qu'on voit peintes dans les églises. Il se remplit les yeux, les oreilles, la mémoire, l'esprit, le cœur, de nobles leçons, de pures formes, de tendres exemples, de souvenirs de piété, de bonté, de ferveur consolante. Tout à la fois au théâtre et à l'église, il s'édifie et se divertit du même coup; il prend un plaisir en accomplissant un exercice pieux ; il se délecte en travaillant à son salut.

De telle sorte qu'à Florence, qui inventa le genre de ce spectacle dévot et de ce divertissement sacré et qui lui donna son développement le plus magnifique ^ il n'y avait presque pas de fête solennelle sans l'apport obligé d'une rappresentazione sacra.

C'est ainsi que la foi du peuple, qui s'exhale en laudes de pureté, qui, à l'église, se complaît aux beaux spectacles, qui, sur la place, éclate en sanglots devant la prédication du frère, inspire, en dehors du grec et du latin, toute une littérature de tendresse.

1. Sur les rappresenlazionisacreGTxàéhov?, de Florence, voir D'Ancona, Origini, 1, 277; de Bartholommiins, Studi di fil. romanza, VI, 1893, p. 293; Torraca, Studi di storia letteraria napoletana, Livourne, 1884, p. 24.

Sans doute qu'à examiner ses humbles produits, on s'aperçoit que cette foi s'est adoucie et éclaircie. Elle s'est départie de la flamme sombre et du zèle farouche d'autrefois. Elle n'est plus l'arbre noueux et rugueux qui incrustait dans les entrailles du sol ses racines puissantes et profondes. Elle est devenue une floraison lumineuse et souple, chargée de rosée et de corolles, éclose au soleil indulgent du bon Dieu.

Mais cette floraison est aussi vivace que charmante. Elle répand sa grâce et son parfum sur toute la vie du pauvre peuple. Et elle va s'épanouir pleinement dans la langue des images et des formes, qui est la manifestation suprême, la manifestation la plus spontanée et la plus pure, de l'esprit populaire italien.

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