Joannes Gallicus nostri sa>culi PLcloruin priuceps
3. « Quoil ad figurativaiu vero pertinel non luultum instamus, quod nec miiltiun nunc inler libérales arles habealur. » (Maffeo Vegio, Bibliottieca veterum patruin, Lyon, 1077, XXVI, p. 660.)
t. « Non vi maravigliate, s'io desidero quesla parte, la quale oggidi forse pare nieccanica e poco conveniente a genliUioino. > (Gastiglionk, // cortegiaiio. = « Voi avetc uiessa la pittura infra l'arti nieccaniche », dit Léonard de Vinci.
îj. Ce nest qiia la lin du siècle, et alors que la condition des artistes s'auiéliore. que l'humanisme italien prend garde à leurs œuvres. Encore que ce qu'en disent Battista Mantovano, l'alinieri, Verino, Sannazar soit fort peu de chose. Le seul artiste, vraiment familier aux érudits, est Leone-Battista Alberti, qui est lui-même un érudit.
reçoit vingt-cinq florins le mois; Fra Angelico, qui travaille pour le pape Nicolas V, reçoit seize ducats le mois, Bernardo Rossellino quinze ducats, Bcnozzo Gozzoli sept ducats'. Quelquefois on les paie au mètre : Francesco Cossa est payé dix bolognini le pied pour les fresques qu'il peint, en 1470, au palais de Schifanoia, à Ferrare^.
Et que si Cossa se fâche, le plus ordinairement ils se laissent faire. Encore que se sentant au cœur « l'excellence de talents rares ^), prétendant que leur génie relève « des formes célestes et non des baudets de louage », ils élèvent certaines prétentions : par exemple, il ne faut pas qu'on les bouscule, qu'on les presse, qu'on leur mesure le manger et le boire. Filippo Lippi ne peut se sentir enfermé de la sorte dans une chambre, et il saute par la fenêtre. Andréa del Gastagno court jusqu'au Canto dei Pazzi après un gamin qui a heurté son échelle alors qu'il peignait au Dôme de Florence. Graffione, talonné par Laurent de Médicis, qui lui promet une grosse somme, répond : '< Hé! Laurent, ce n'est pas l'argent qui fait les maîtres, mais bien les maîtres qui font l'argent 3. » Nanni Grosso ne veut point d'autre pont pour son échafaudage que la porte de la cave, de manière que la cave reste ouverte. Davide Ghirlandajo se révolte contre l'abbé de Passignano qui lui sert à son frère Domenico et à lui des choses à manger répugnantes, si bien qu'il jette la soupe à la tôte du frère servant et qu'il le bàtonne avec la miche du pain. Et comme l'abbé de San-Miniato ne nourrissait Paolo Uccello que de fromage, Paolo Uccello se sauve et, chaque fois qu'il rencontre une soutane, prend les jambes à son cou. « Vous m'avez ruiné do lelle façon, avoue-t-il à ceux qui l'arn'^lent, que non
1. Eugène Miintz, l.es Avis à la cour des l'apes, liibliothëque îles écolen rranftaise» d'Athènes et de Home, Paris, iS78-1882.
2. A. Venluri, L'arte a Ferraro nel periodo di Uorso d'Esté, Kivisla storica italiana, Turin, 188.'*, p. (i.O.)
3. «( Kli I Lorcnzo, i dunari nun fanno i macstri ma i niaestri fanno i danari. » (Vasahi.)
seulement je me sauve de vous, mais encore je ne peux passer devant les menuisiers. Et la cause de tout a été le peu de discrétion de votre abbé, qui, entre tourtes et soupes faites toujours avec du fromage m'a mis dans le corps tant de fromage que j'ai peur, étant tout fromage, d'être employé comme colle'. » Ce sont là des mœurs de badigeonneurs et de plâtriers. Sont-ils autre chose? Il y a cette différence que d'aussi humbles ouvriers de beauté sont travaillés par ce qu'ils appellent leur «fantaisie»; ce qui les rend d'humeur sophistique et étrange. On les sent d'autre pays que le commun des mortels; bizarres, lunatiques, distraits, absents et incohérents. Fra Angelico, prié une fois à diner chez le pape, refuse d'y manger du lard, n'ayant pas l'autorisation de son prieur. Brunelleschi, ayant appris qu'on a trouvé une belle chose antique à Gortone, part incontinent pour Gortone, en sabots comme il est. Botticelli, ayant rôvé qu'il a pris femme, se rhabille en sursaut et se promène un jour et une nuit sans arriver à se ravoir de ce cauchemar'-. Nanni Grosso, sur son lit de mort, refuse le grossier crucifix qu'on lui offre à baiser et prétend n'en baiser qu'un beau : un de Donatello. Luca Signorelli se montre si préoccupé des formes du corps humain que, lorsqu'on lui apporte le cadavre de son fils, au lieu de le pleurer, il s'empresse de le dévêtir et se met à le peindre. Masaccio, perclus de dettes, laisse courir ses débiteurs. Ghiberti ne sait pas l'âge qu'il a au juste. Paolo Uccello se plonge dans les
1. « Voi mi avete rovinato in modo, che non solo fiiggo da voi, ma non posso anco praticare ne passare dove siano legniaiuoli ; e di tutto è stato causa la poca discrezione dell' abate vostro, il quaie, fra torte e minestre faite sempre col cacio, rai ha messo in corpo tanto formaggio, che io ho paura, essendo già tutto cacio, di non essere messo m opéra per mastice. » (Vasahi, JI, p. 207.)
2. « Et essendo esso una volta da Ms. Tomaso Soderini stretto a pigliar moglie gli rispose : Vi voglio dire quello che non è troppo notte cassate che m'intervenne, che sognavo havere tolto moglie, e tanto dolore ne presi, che io mi destai, e per non mi radormentare, per non Io risognare più mi levai et andai tutta notte per Firenze a spasso come un pazzo. » (Gornelio de Fabriczy, // codice dell'anonimo Gaddiano, Arch. stor. it. Florence, 1893, p. 83.)
éludes de perspective au point qu'il y passe les nuits et n'entend plus sa femme qui l'appelle'. Et le Pérugin, jaloux de la belle tournure de sa femme, l'arrange et la pare de ses mains. Dans ces traits, que nous prodigue Vasari, on reconnaît la divine présence du génie.
A cela près, si l'on veut se faire d'eux une juste image, il faut les évoquer non dans un atelier splendide, mais dans une boutique crasseuse, où ils vivent au milieu de leurs outils et de leurs garçons, entre les baquets et les fioles.
Ils sont vôtus « au hasard », c'est-à-dire à la diable; en bourgeron, en tablier, en sabots; et à Dello, que l'Espagne a sacré chevalier et qui ne travaille qu'en tablier d'or, ils font le fiche. Donatello, qui oublie de porter un beau manteau rouge que lui a donné Cosme de Médicis-, garde son argent dans une corbeille pendue à la solive, « et chaque ouvrier et ami y prend ce dont il a besoin ». Botticelli, ennuyé du voisinage d'un tisserand, dont le métier ébranle sa boutique, va chercher une pierre, la pose en équilibre instable sur le mur mitoyen, et le tisserand, menacé devoir ses châssis s'écrouler, entre en composition. 11 arrive au Pérugin découcher dans une caisse de sa boutique. Luca délia Robbia, pour se tenir la nuit les pieds au chaud, les enfonce dans un pannier de copeaux. Après le travail, Andréa del Castagno et Domenico Veneziano vont faire des sérénades aux filles. Au milieu de la journée, la femnie envoie un peu de vin et de pain qu'ils expédient sur le pouce, et la femme mange à la maison "\
Ils se fn-quenlent, se critiquent, appartiennent à de3|j
1. « La sua moglie soleva dire, che lutta la nolte Paolo stava nello] «criltoio per Irovare i lerniini délia prospettiva e che quando clla 1<J chinmavaa donnire, cgli le diceva : Oh che doice cosa è questa proSr petliva ! » (Vasahi, II, p. 217.) *
2. « Portolli una voila o dua, di poi li ripuose, e non gli voile ppf^ tare pin, perché dico che gli pareva cssere delicato. » (Vespapiano, Vil9a p. llVâ.) i
'■i. <i La donna mandava un piccolo vasetto di vino con qualclio con^ diincnlo di pane ; desinavono e niaschi in bottoga, la donna in casa; t scifdvere non noscevano le rcinniine il vino. » (Ai.iikiiti, Oy>t"re volgarQ I I, p. :j4.)
confn'Tios ou à des compagnios communes. A Florence, nous les trouvons, le dimanche, chez Tommaso Pecori, en train de raisonner des choses de leur art. Ils ont l'humeur gaie et solide. Ils se font des tours et des farces. Brunelleschi, ayant invité Donatelloà déjeuner, passe au marché avec lui, luiremplit son tablierd'œufs, de noix, de fromages et l'envoie à sa boutique, où il a exposé au bon jour un crucilix de bois de tilleul qu'il a fait en cachette, le beau crucifix que Donatello Fa défié défaire, « et Donatello s'étant arrêté pour le considérer le trouva si parfaitement achevé que, vaincu et tout rempli de stupeur, comme hors de lui, ilouvril les mains qui tenaient le tablier, et les œufs, le fromage et toutes les autres choses étant tombées, tout se renversa et se cassa ». Ils se divertissent à persuader au menuisier Manetto, « personne très plaisante comme le sont généralement les gras, et qui avaitplutôtunpeude simplicité, mais qui n'était pourtant pas tellement simple que sa simplicité fût comprise d'autres que d'hommes subtils », qu'il n'est plus, lui, Manetto, le grasso legnaiuolo^ mais un autre, Matteo'. Ils lui disent tous Matteo. Ils le le saluent, comme s'il était Matteo. Ils le font arrélerpar les créanciers de Matteo. Giovanni Rucellai, qui ignore Matteo, ne reconnaît pas Manetto dans sa prison. Tellelement que le pauvre Manetto Unit par croire (juil a perdu sa personnalité. « Mainlenant je puis être certain que je ne suis plus le Grasso. Oh! si Giovanni Rucellai, qui ne m'a point perdu de vue, ne m'a pas reconnu, lui (jui vient h. chaque heure dans ma boutique et n'est pourtant pas sans cervelle! Je ne suis plus certainement le Grasso et je suisdevenu Matteo. Que maudites soient ma forUine et ma disgrâce; car, si l'on découvre cette alVaire, je serai tenu pour fou, elles gamins me courront par derrière- ! »
l. Novella del Grasso legnaiuolo, dans Opérette istoriche di Antonio Manelli, [)iibliéi's par Gaetano Milanesi, Florence, 1887. i. « O^'i^imai possio essere certo ch'io non sono più el Grasso; oh! ovanni Rucellai non mi levoniaiocchiod'addosso; e'non mi conosce, G
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Et enfin, en dépit de leurs chefs-d'œuvre et de leur gloire, ils sont pauvres. Selon Vasari, Filippo Lippi, qui n'a pas de quoi se payer une paire de bas ', naît « pauvre petit enfant » ; Niccolô di Piero est « pauvre compagnon » ; Paolo Ucceilo « est plus pauvre que fameux». Masaccio nous apprend qu'il paie six sous d'impôt'. Niccolô dell'Arca manque du strict nécessaire^. Et leurs « dénonciations de biens » au fisc ne sont que de longues jérémiades de miséreux. « Je me trouve vieux et sans affaires, écrit Paolo Ucceilo, et je ne peux pas travailler, et la femme malade*. » « Moi susdit, déclare Andréa Cavalcanti, je n'ai jamais eu et je n'ai encore aucun bien dans ce monde^. » « Pour les impôts levés à l'occasion des guerres, ajoute Domenico del Goro, je suis resté non seulement pauvre, mais mendiant, et 1res vieux d'années, — huitante-quatre ou environ, — et avec la femme malade, et encore moi peu sain, et encore réduit à tel point que je peux faire peu de chose. Et je ne vois la faconde pouvoirentretenirmadite femme malade et moi''. » « En réponse d'une que je vous ai envoyée^ écrit Fra Filippo Lippi au Médicis, j'en ai reçu une de vous, et j'ai peiné treize jours à l'avoir et j'en ai beaucoup de dommage. Vous me dites en conclusion que vous ne pouvez prendre ni le tableau, ni aucun parti,.
che è a ogni ora in bottega ; e non è perù smeniorato ! io non sono più el Grasso di certo e sono diventato Matteo ! che maladetta sia la mia fortuna e la inia disgrazia ! Giiè se si scopre questo fatto, io sono vituperato e saro tenuto pazzo e correrannomi dietro e fanciulli. » {Ofj. cil., p. 17.)
1. « Vego clie non mi potrei fare uno paio di chalze.» (Gaye, Carleggio inedilo d'artisli dei secoli XIV, XV e XVl, Florence, 1839, 3 voLI, p. 141.)