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V. La Renaissance

Les bourgeois, très nombreux dans ce qui subsiste en Italie de républiques marchandes, et plus spécialemcîfit k Plorence, forment une classe intermédiaire, flottante et mal définie, dont les couches élevées atteignent jusqu'au bel esprit des humanistes, dont les étages inférieurs confinent à la simplesse de la rue.

L'épicier Matteo Palmieri, mêlé à tout le mouvement érudit de son époque, l'ami et le commensal d'hommes savants, l'auteur d'œuvres écrites en latin, est quasiment un humaniste, sauf qu'il tient boutique, au Canto délie Rondini, de drogues et d'épices. Au contraire le petit artisan Tribaldo de' Rossi a beau connaître l'alphabet et rédiger ses mémoires, par ses attaches et son esprit, il est peuple.

Sachant lire, compter, raisonner; s'entendant aux questions et aux affaires; ayant souvent reçu l'ancienne culture scolastique du Trivhan et du Quadriviimi; connaissant parfois un peu de beau latin, les bourgeois se distinguent du peuple qui est ignare; ne faisant point profession de cette culture et n'écrivant guère en latin, ils se distinguent des érudits.

Prudents, sentencieux, économes; facilement moralistes, volontiers facétieux, grands louangeurs du temps passé, plus développés par la pratique des choses que par le commerce des livres, ce sont précisément ces hommes qu'a définis l'un d'eux, «sans science acquise, mais selon l'usage de la nature, experts et sages, à qui il appartient de composer chants de bataille, chansons, musiques propres à délecter les hommes simples et matériels, et parfois de noter quelques-unes des choses qui apparaissent dans les pays, autant qu'ils le peuvent comprendre^ ».

Il faut rechercher leurs origines spirituelles chez les petits trecentistes de l'Age précédent; chez Antonio Pucci qui est sonneur de cloches; chez Ser Cambi qui est marchand d'épices ; chez Ser Giovanni qui s'intitule le premier des barbagimmi; chez Franco Sacchetti qui se dit uomo discolo e grosso, oui, Sacchetti qui prétend que la justice est morte, Sacchetti qui attaque les moines,

1. « Uoniini senza scienzia acquisitata, ma secondo l'uso délia natura expert! e savi, sta di coniponere canti di bactaglie, canzoni, suoni e altre cose, a dare dilecto alli homini simplici e materiali, e alcuna volta di notare alcune cose che appaiono in ne' paesi, segondo quelle che puù comprendere. » (Sercambi, Croniche.)

Sacchetli qui flétrit les tyrans, Sacclu !ti qui se plaint des impôts, Sacchetti qui pleure la foi perdue, Sacchetti qui polémise, conte, chante, rit, plc-ire, et qui est d'ailleurs marchand, citoyen et magishat, donne assez exactement leur mesure, s'il est permis d'assigner un format à cette classe.

Ils sont marchands de drap, marchands de soie, changeurs, hanquiers, épiciers, appartenant au peuple gras, si ce n'est toujours par la position, au moins par la disposition ; ils sont jhges, notaires, greffiers, juristes, scrihes, magistrats; ils sont capitaines du peuple, ambassadeurs, podestats, gonfalonniers de justice ; et ils sont parfois chanoines, prieurs et vicaires.

Ils ne chantent pas comme le peuple : ils écrivent. Ils n'écoutent pas : ils lisent'. Ils n'improvisent pas : ils réfléchissent. Ils narrent, ils disputent, ils dissertent, ils raisonnent, ils conseillent, ils regrettent, et ils prêchent surtout beaucoup. Ils ont de l'escient, du jugement, du bon sens, de l'assiette et de la raison. Ils sont assis sur leur office comme sur un banc. Us sont graves et pondérés. Ce n'est pas à eux (juil faudrait faire prendre des vessies pour des lanternes, ni tâcher de conter que midi est à quatorze heures. Ils savent parfaitement frauder le fisc, cacher leurs revenus, exagérer devant les officiers de l'impôt leurs charges domestiques. On se tromperait encore d'exiger de leur vertu des atlitudes aussi héroïques que téméraires, et qu'ils aillent s'Uttirer quelque ennui en se m«'ltant entre les jambes des gouvernants. « Dans les faits d'itllat, dit Neri Gapponi, je conclus que vous le teniez pour qui le tient, et chargez-vous en peu, et

1 . Les Hlorie que goûtent les bourgeois ne sont point celles chantijes et riim'-cs par le canlamlmnco devant le peuple, il en a d'autres, à lui plus pfirticiiliérement dcslinùes, écrites en prose, qui se lisent et i|iii sont plus «('•rieuses. C'est ainsi (|uc lltalie possède, à côté do sa lilliniture romanes(|uc en vers, une très vaste littérature en prose parallèle. Andréa di Harheriuo, qui (lorissait autour de l'an 1400. et à qui l'on doit, entre autre», les doux histoires de Cuerrino il Meschino et dos Heiili <li Franciu, y fut excellent.

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donnez votro faveur à qui gouverne'...» «Tiens toujours, ajoule Morolli, pour celui ([ui lient et possède le Palais et la Signorie, et suis leurs volontés, et obéis à leurs commandements, et garde-loi de rien blâmer, ni de dire mal de leurs entreprises et alïaires, mt^me quand elles sont mauvaises-. » Ils s'intéressent aux choses de leur pays. Ils savent, ce qu'ignorent les humanistes, quel est le gouvernement le meilleur, de celui d'un ou de plusieurs, ou de celui de peu ou de beaucoup. Ils ont des théories d'Etat et des principes de politique. Et s'ils ne défendent plus la commune les armes à la main, oflice désormais réservé aux soldats mercenaires, ils la conseillent toujours de leur avis.

Le bien de la cité, l'honneur de la cité les intéresse au môme chef que leur honneur personnel. Ils appartiennent à une ligue ou à unefaclion. Ils sont travaillés de soucis et de griefs publics. En 1420, à Florence, Niccolo Uzzano s'en va subrepticement afficher sur le palais de la Signorie certaines terzines si virulentes contre les hommes au pouvoir, qu'on promet cent florins d'or à qui en découvrira l'auteur. Ils composent des libelles, des factums, des pamphlets, des déclarations patriotiques. Dans les désastres publics englobant toute une communauté, ils élaborent de longues complaintes qui sont dites Lainenti, où par leur bouche éplorée se lamente à la première personne la cité déconfite ou le prince vaincu •^ Nous axons doi /(tmenti de Constantiiiople aux mains des Turcs, de Pise aux mains de Florence, de Volterre aux mains du Magniiique, de Gônes qui appelle au secours, de Rome qui

1. « Ne' fatti dello Stato. conchiudo che voi tegnate con chi lo tiene; e pigliatene poco, e date fuvnre a chi repge, perché e' si conviene avère maggiore. » (Muratori, Herun,, XVIII, UoO.)

1. « Tieni seinpre con clii tieue e posslede il palagio e la signoria, e loro volontà e coiumandainenti obbedisci, e segiiita, e guardati di non biasiiJiare. né dire maie di loro iniprese e faccende, eziandio che siano cillive. » (MonELLi, Cronaclie, p. 276.)

3. Lamenli slorici ilei si-culi XI V, AT e A'1'7, raccoiti e ordinati a cura di A. Medin e L. Frati, Bologne, 1887-88-90, 3 vol.

pleure la déchéance de son église; nous avons des lamenti sur les disgrâces des comtes de Poppi, de Galeazzo Sforza, de Julien de Médicis, du roi de Naples. Ces choses, qui affectent la forme de sirventesi^ de ha/iate, de canzoni ou de simples octaves, s'écrivent, s'envoient, s'affichent, se chantent sur la place; si ça ne console pas toujours, ça soulage du moins un peu. « Au temps, dit Gaugello, citoyen de la ville de Pergola, où l'on découvrit ce traité, que certains méchants devaient donner une porte à S. Ghismondo pour ruiner cette terre, et ils furent châtiés avec justice, et caetera, et moi étant à Urbin, et passant un jour à Pian di Ghercato, j'entendis une voix de ces boutiquiers qui disait : Ces traîtres de la Pergola ! Cette parole me blessa d'une telle injure qu'en moins de trois heures je composai cette petite fantaisie, laquelle fut lue en ces boutiques de Pian di Chercato, et après chacun se tint coi*. »

Et, comme ils ont du patriotisme, ils ont de la religion; ce sont eux qui, le plus souvent, fabriquent les laudes dévotes et les rappresentazione sacre, à défaut des humanistes qui ne sauraient s'abaisser à cette besogne et du peuple qui ne saurait s'y élever. Ils commentent la Comédie de Dante dans les églises; à Florence, Giovanni Gherardo da Prato succède dans cet office à Fil ippo Villani. et Antonio d'Arezzo succèdeà Giovanni Gherardo : « Le 16 janvier 1428, noteCorazza, maître Antonio d'Arezzo commença à exposer Dante à l'église de San-Slefano a Ponte. Et parce qu'il y avait peu de place, il la dit ensuite à l'église Sainte-Mariede-la-F'leur. »

Quehjuefois ils sont pauvres, perclus de dettes, mis

1. « AI leinpo che fo discoperlo qucllo Iractato che cerli ealtivi dovevano dare una porta al S. Gismondo per guastare qiiesta terra e qiielll furono casti^ali ciun juslitia, etc., et io essendo in L'rbino e passando un di per Pian di Chercato, sentii una voce di quelle boctighe rlie dixc : quelii traditori de la Pergola. Qiiella pnroia mi punsc con tunianta injuria che suhito in niauro di tre hore io conipusc nuesta pichula fantasia, la quclla fo lecta in qnelli; boctighe di Pian (le Chercato et ciaHCuno stectc puoi quetu. » {Lamenti^ oj). c, IV, p. 14i.)

pour leurs dettes en prison; et alors ils profitent de ce r^pit pour composer des vers ou des histoires, à l'exemple de Jacopo da Montepulciano, de Giovanni Cavalcanti ou du barbier Burchiello. D'autres fois ils sont riches, puissamment cossus, possédant des champs au soleil, des graines au grenier, du linge dans les coffres. Ils ont de l'ordre. Ils gardent un livre, le livre, oii par besoin de clarté et de commodité mentales, ils inscrivent les affaires, de leur vie spirituelle, comme dans un tiroir ils enferment les objets de leur vie commerciale. Qu'on ouvre le livre ou le tiroir, on trouvera en place ce dont on a besoin. Ils y inscrivent d'abord les événements qui les louchent de près, leurs dépenses occasionnelles, la naissance de leurs enfants, la dot et la mort de leurs femmes, les rendements de leurs terres, le nombre de leurs arbres fruitiers, leurs contrats, leurs voyages ; et comment ils étaient habillés dans tel déplacement; et qu'ils se sont commandé un bonnet de fourrure de tel prix; et que leur femme a perdu un petit couteau au bal donné sur la place publique de Sienne. Ils y copient les écritures bonnes h garder, telles que : recettes de pommades et d'eaux, formules incantatoires, fragments d'anciennes chroniques, strambotti^ sonnets, ballades, chansons de poètes fameux, un petit traité de géographie, le Symbole de saint Athanase, la Prière des sept allégresses en vers, la Prière des sept allégresses en prose. Ils y consignent les événements de la rue, de la cité ou du monde, et non seulement les fêtes, noces, entrées triomphales, bals, tournois, naissances d'enfants monstres, comètes, pestilences, exécutions capitales, processions, ouragans, tremblements de terre, mais les batailles, les édits de paix, les promulgations de guerre, les détails d'ambassades, les élections de prieurs, les ordonnances de princes, les mouvements de la place. Ce sont leurs livres de raison, leurs Diarii, lihri di ricordi, libri secreti, memorie, zibaldoni, « salades de plusieurs

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horbes » comme dit du sien le marchand Giovanni Rucellui.

Très actifs, détestant la paresse qui est une honte, pour fuir le sommeil et s'occuper dans les heures vides, ils s'amusent à écrire. Ils traduisent quelque chose du latin, composent des traités utiles, racontent des vies ou des histoires.

Giovanni Gherardi da Prato élabore son Trallato d\ina angelica cosa mostrata per itna divofissima visione et son petit roman du Paradiso degli Alherti ; le marchand Feo Delcari de Florence translate du latin les pieuses légendes d u Prato sjjîrihiale, la l 'ita diFra Egidio, l'ami de saint François, la Vita del Beato Colonibini, fondateur de l'ordre des Gesuati, qu'il enrichit de chiiïres, de dates, d'informations puisées « dans les papiers de notaires publics » ; sur la fin de sa longue cairicre, et dans sa solitude champêtre de l'Antella, le libraire Vespasiano di Histicci se divertit à coucher par écrit un Trattato contro ail' ingratitudine, un Tratlato délia vila e conversazione dei Cristiani. un Libro délie lodi et commendazione délie donne illttstri, et, bien qu'une pareille occupation soit « étrangère à sa profession », dans ses fameuses Vite, il « fait mémoire de tous les hommes doctes qu'il a connus dans celte époque par le moyen d'un bref commentaire* ». Encore que leur esprit, nourri de chiiïres et de faits, garde les deux pieds sur terre et ne soit point pour se perdre dans les nues, C(ît esprit n'est point l'ennemi de la poésie. Ils sont hommes à priser l'iugéniositédélicate d'une invention, liclion ou vision amoureuse; et ils ne se montrent pas si rustiques qu'ils ne soient capables tout comme un autre d'y aller de leur sonetto candato. Mais (jue s'ils s'essoufllent (juclquefois après les allégories d'un autre monde, ils préfèrent rester dans celui-ci, et y

1. v Ucne clic siii alieno <l(.-lla iiiia profcssiono, tio falto iiieinoriH di tutti k'i iioiiiini che ho cononciuli in questu ctà, pcr via d'un brève romenlario. » (Vkhcahuro, p. 5.)

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nicltre joliment en vers, soit une nouvelle de Boccace, soit une chronique de pays, oi^i il nV a rien à inventer. Antonio da San-Miniato rime le siège de Piombino. Niccolù Ciminello rime la guerre d'Aquila. <joro Dati rime l'œuvre géographique de La Sfera, où il est parlé des ciels, des terres, des continents ; et Pietro de Moiitalcino, en un livre d'autant plus beau qu'il porte un titre latin, Dcuisdttttio/irvirtitttnn etdc irgbnine sanllafis, rime des principes de morale et d'hygiène.

L'histoire, dont on peut tirer mieux que de la poésie <( un bon fruit » les intéresse au premier chef. Ils ont la mémoire remplie d'événements, de souvenirs, d'exemples et de faits historiques, qu'ils citent volontiers dans leur prudence, et que, pourne point oublier, ils couchent facilement par écrit. C'est ainsi que Pietro Minerbetli, trois fois prieur de Florence, gonfalonnier de justice, cavalier de l'Eperon d'or, était jadis homme à dire précisément, « en quel an, en quel mois, en quel jour avaient été faites ces o[)érations et ces choses, desquelles on parlait et raisonnait »; mais avec l'âge sa mémoire s'est si ad'aiblie que « moi, avoue-t-il, des choses que j'entends qu'elles se fontetse pratiquenten quelque lieu, c'est à peine si je les garde un an dans mon esprit... et cela très souvent m'excite à colère... et c'est pour cela que j'ai pris à cœur de faire quelque mémoire pour moi seul des choses que j'entendrai qu'elles se font en beaucoup de pays* ». Pour des raisons semblables, les uns et les autres élèvent souvent leur modestes diarii jusqu'à la hauteur ou jusqu'à la prétention d'annales et de chroniques.

Giovanni Sercambi, épicier et magistrat de Lucques, raconte, '< pour ne point rester oisif », les trois histoires

1. « Ma oggi è tanto indebilitata la memoria che io délie cose ch'io odo si fanno, o adoperano in alcun luogo, appena un anno le tango a mente... e queslo ispesse volte mi move a ira... e per questo mi sono posto in cuore di fare aUimo ricordo per me solo di quelle cose che udirù si facciano in molli luoghi. /> (Pietho Mineubetti, Cronica, Tartini, Reruin, Florence, 1748-1770, 2 vol.. Il, p. 80.)

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de Liicqucs libre, de Liicques gibeline, de Lucques libérée, travail qu'il commence en Tannée 1368, qu'il pousse jusqu'à sa mort en 1424, et qui, depuis l'année 1400,. n'est plus qu'un monceau de choses jetées pêle-mêle. Goro Dati, de Florence, consul de l'Art de la soie et prieur, « pour fuir l'oisiveté et le sommeil à l'heure du midi, » raconte à un de ses familiers « par ordre, chaque jour un morceau », « l'histoire de la longue et grande guerre d'Italie qui fut en ces jours entre le tyran de Lombardie duc de Milan et la magnifique commune de Florence * ». Neri Capponi de Florence compose le Co)nmentario deiracqtmto di Pisa, et Giovanni Cavalcanti de Florence, enfermé injustementpour dettes « dans les honteuses et fétides prisons qui, par leur vocable, sont appelées lesStinche », réduit à discourir contre son gré «avec des personnes de condition abominable et perverse», « pour oublier les perverses et si méchantes gens et leurs conversations » et « pour réfrigérer ses passions et leur donner de l'espace » décide « d'écrire les divisions de nos citoyens, et d'où procéda l'exil de Cosme de Médicis, et puis son retour, et ce qui s'ensuivit de cet exil mal fait- ». Pietro Minerbetti suit l'histoire de Florence de 1385 à 1409, et Domenico Buoninsegni, la conduit de 1410 à 1460. Bernardino Corio étudie l'histoire de Milan depuis ses origines jusqu'à la fuite du Sforza à Innsbruck, et MarinoSanudo détaille la vie des doges de Venise jusqu'à Antonio Barbarigo. Et que si ces chroniques visent plu» ou moins au beau style, d'autres sont plus domestiques et familières.

Stefauo Infessura, notaire, préteur à Orbe, maître de

1. « Dilibero di racconture oyni di un pezzo per ordinc, la sloria délia lun^a e grande guerrn d'Italia, che fu a questi nostri di tra il liranno di Loriilmrdia diica di Milano e il magnifico couiunc di Fircn/e. » ((joHo l)ATi, Sloria di Firenzf, Florence, n^ii, p. 1.)

2. « ... l'er rifrigerare e dare liiogo aile mie passioni, e da quelle farini lontnno (juunlo era j os.sibile, per ohbliare le perverse e si nialvngc gcnti, e le loro conversiizioni, elcssi di scriverc dclla divisione di nostri citladini ; c dunde procedelle il cacciauiento di Cosiuio; e poi de! 8UO rilornarc ; e quello che sei(ui di questo mal Tatto cacciauiento. » (fjiovA.ii.Hi Cavau;aati, Isturiv florentine, Floreme, 1828, 2 vol., I, p. 2.)

LES BOURGEOIS ET LE RETOUK A l' ITALIEN 255

droit à Rome, secrétaire du Conseil de sa commune, écrit la chronique romaine de l'an 1244 aux dernières années du Quattrocento. Giovanni Pietro Gagnola, châtelain de la Rocca di Sartirana raconte en milanais à Ludovic le More « pour fuir la paresse et prendre (|uelque récréation dedans les murs », « les désolations qui ont été faites à cette Ilalie par gents barhares et extérieures depuis l'incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ' » ; et il faut citer les chroniques d'Orvieto de Niccolù délia Tuccia, les chroniques de Forli de Leone Gobelli, les chroniques de Pistoie de Luca Dominici, les chroniques de Gubbio de Guernieri Berni, les chroniques de Brescia de Gristoforo da Soldo, les chroniques de Venise de Piero Malipiero, les chroniques de Rome de Paolo di Petroni, les chroniques de Naples des Ramo, les chroniques de Florence des Rinuccini. Ces œuvres, indilï'éremment écrites en vulgaire ou dans le latin des procédures, remontant parfois au déluge et s'aidant alors de chroniques plus anciennes, constituent une sorte de trésor domestique. Elles sont élaborées par le père et transmises au (ils, à qui il arrive de les tenir au courant. Elles représentent des façons de mémento^ de répertoires, d'une consultation utile aux familles qui les possèdent. « Quoique, dit à ses lils Giovanni Morelli des siennes, elles soient écrites grossement et matériellement, je pense que vous y trouverez dedans bon fruit, et cela ne se fait point pour lire à plaisir, ni pour montrer à aucune personne, car appartenant à autre qu'à vous, on s'en moquerait-. »

Non que le goût de l'histoire, le soin de l'Etat, le <ull<^ de la religion, le souci du commerce et de leur profession les absoi'be tout entiers. Ils ont l'esprit bien

1. « Le desolazioni a questanostra Italia state faite du giente barbara f externe da poy la incarnazione del N.-S. J.-C. »

2. « E comechè grossamente e material mente iscritte, nondimeno penso che vi Iroverete entro buon frutto, e questo non si fa per leggere a dilctto, ne per mostrare ad alcuna persona, che non appertenendosi ad altri che a voi, se ne sarebbe fatto betfe. » (Mohelli, Cronache,. p. 2415.)

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fait. Ils lénioig^iient, surtout au temps de la jeunesse, d'une liumeur jolie. Ils ont des armes, des armoiries et des devises d'amour. Us sont hommes à paraître dans un bal, à figurer dans un tournoi, à tenir leur place dans une réunion. Ils connaissent de gracieuses mvlhologies. Ils touchent facilement du luth. Ils improvisent quelquefois des chansons. Ils sont empressés envers les dames. Ils s'etTorcent de disserter de courtoisie et de gentillesse. S'appliquant à être de requête auprès des compagnies aimables, ils possèdent plus d'un tour dans leur gibecière et plus d'une ressource dans leur esj)rit. Pour chasser l'ennui des longs voyages, égayer les veillées monotones, tenir en temps de peste son esprit dispos comme il sied, ils racontent des histoires. Ils mettent par écrit les farces qui se sont accomplies dans leur époque, quelquefois sous leurs yeux : celle de Brunelleschi et des artisans de Florence au Grasso legnaiuolo ; celle de Messer Giovanni, grand farceur de Florence, à Buonaccorso di Lapo Giovanni ; celle du notaire Tinucci, du cavalier du palais Antonio et du fils de Messer Guccio di Nobili au pauvre Âlfano dit le Bianco : en li28, ne s'étaient-ils pas avisé de lui faire accroire qu'il avait été nommé podestat à Norcia, si bien que le simple homme démissionna de son emploi, vendit ses allaires et partit aussitôt'? Ils ont voyagé, couru le monde, assisté à des aventures, recueilli des notices et des nouvelles, dont ils font |)rovision, qu'ils envoient poliment comme hommages, présents, remèdes aux maladies et consolations aux chagrins. Leur uK'moire est meublée de bon*^ tours, de bons mots, de n'-ponses comiques, de fourberies boull'onnes, constituant un véritable trésor de société. Et, lorsqu'ils se rappellent de compagnie quelque piraterie du Piovano

\. Voir la nouvelle du (îrasso legnaiuolo, àann Manetti, Opérette istoric/ie, Florence, I8HT — La nouvelle de Buonaccorso di Lapo. dans licirghini, Af/t/iitn(e ni Sovelllrio, II, p. 115. — La nouvelle de Hianco Alfani, ib., p. 211. — La science n'est point d'accord sur l'attriliuUon ■ilc ccH nouvelles.

Arlotto OU qu'avec des gestes appropriés, Piero Veneziaiio, « homme gai, plaisant, universel et de talent merveilleux » leur narre sa fameuse histoire de Madonna Lisetta Levaldini, ils rient à se décrocher la mâchoire et se tapent sur les cuisses.

L'œuvre écrite de gens pareils n'appartient pas à riiistoire de la litt('ralure, elle appartient à l'histoire des mœurs.

Ecrivant en italien, — puisqu'on déiinitive, c'est en italien qu'on achète, qu'on vend, qu'on vote, qu'on fait l'amour, qu'on rôve la nuit, — ils n'écrivent point pour le public et la gloire, ils écrivent pour leur pi'opre commodité.

Une bourgeoise qui, de ses doigts piqués par l'aiguille, prend une plume, afin d'envoyer des nouvelles à ses fils exilés; un ambassadeur qui adresse à sa commune ou a son prince une relation secrète ; un marchand qui, pour l'utilité de sa famille, consigne dans un livre les faits de sa maison ou de sa cité ; un citoyen qui dégonlle sa bile dans un factum politique ; un compère qui collectionne des facéties joyeuses, ne sont point des auteurs; et les papiers publics et privés, les rapports, les ?ne?nenlo, les libelles, les correspondances, les livres de raison et les documents d'archives ne constituent guère des œuvres d'art. Néanmoins, comme les bourgeois sont avant tout « honnête homme », c'est-à-dire qu'ils jouissent d'une certaine culture, qu'ils possèdent une petite librairie, qu'ils gardent des goûts intellectuels, il leur arrive parfois, à côté de leur mélier et de leur office, de s'essayer, par divertissement et par passe-temps, à quelque belle composition qui leur fera honneur. Lorsqu'on a la pratique et la religion des vieux poètes, des vieux conteurs, des vieux il n

chroniqueurs, il n'en faut pas beaucoup pour qu'on s'efforce à ses moments perdus, d'imiter leur manière. C'est ainsi que, pour se distraire et par occasion, les bourgeois du Quattrocento ont continué les vieux genres littéraires d'Italie qu'ils ont empoché de sombrer dans l'oubli. Il était impossible au surplus que la voix d'un Dante, d'un Pétrarque, d'unBoccace s'éteignît sans prolonger d'écho.

Aussi bien, à la suite du poète Dante, quelques-uns accomplissent des voyages d'outre-tombe et s'efforcent d'être élus à des visions sublimes ou charmantes. Après Fazio degli Uberti, à qui il avait suffi, dans son Dittamondo, de dépeindre toutes les terres connues et inconnues, l'évêque Federigo Frezzi de Foligno décrit dans son Quadriregio les quatre règnes que l'homme doit traverser pour atteindre de l'erreur à la vérité. L'épicier Matteo Palmieri,de Florence, imagine, dans sa Città di vila, qu'il monte avec la sibylle de Gumes jusqu'aux Champs Elysées. Marino Jonata de Campobasso, en son Giardino ou Pnineto^ syllogise avec la Mort en enfer et au paradis. Tommaso Sardi parvient, dans son Anima peregnna,']\is(\\ik la face de l'Eglise triomphante. Gentile Fallamonica, de Gênes, se laisse guider par le soleil, et Francesco Berlinghieri, de Florence, se laisse guider par Ptolémée'. Plus plaisamment, StefanoFiniguerra de Florence, homme très facétieux et surnommé Lo Za, invente, dans la Buca di Monferralo et dans le Gagna, deux cortèges de gens de rien, « réduits à peu », « aussi riches qu'en songe », qui s'en vont, les uns chercher un trésor dans une grotte, les autres habiter une île où l'on ne paie pas d'impôts, et décrit, dans le Studio d' A t eue ^ une foule qui part pour Athènes rifare lo studio fermé à Florence : aulant de poules mouillées, oies et non coqs, semblant toujours à'\\\i je ne sais pas, la tôle plus vide qu'un brochet, notaires, maîtres de

i. Geot/raphia di Francesco lierlinf/hieri, Florçtice, 1480 (?).

loi, médecins, « qui ne trouveraient le pouls à un campanile sonnant à toute volée^ ». Et comme à la place de Virgile et de Béatrice, c'était Pietro Vettori et Ser Gigi qui avaient servi de guide au Za, c'est Leonardo Bruni qui sert de guide à Gambino d'Arezzo, qui se heurte, dans sa cité, à une bande d'idoines.

D'autres s'inspirent des Trionfi de Pétrarque et de VAmorofia visione de Boccace, qui sont eux-mêmes des inspirations de la Commedia ^. Jacopo da Montepulciano, enfermé dans les Stinche de Florence, compose une Fimerodia qui, selon son étymologie, signifie « fameux chant d'amour ». Gleofe de' Gabrielli célèbre le passage de Borso d'Esté à Gubbio en un triunfo ; en un autre trionfo, le peintre Giovanni Santi, père ^de Baphaël, exalte la cour de Fedorigo di Montefeltro, à Urbin ; et dans le Trionfo délie virtù, le notaire florenlin Forese, guidé par l'Intelligence, magnifie le marchand Gosme de Médicis'*. Pestellino, orfèvre de son état, sur les traces an Filostrato, chante ses voyages, ses aventures, ses amours, et comment il guidait sa Dame en petit bateau. Dedans un joli bois apparaissent à Jacopo Serminocci, marchand de Sienne, sept nymphes chasseresses et six garçons qui disputent de treize questions d'amour. A Domenico da Prato, notaire de Florence, sa propre Dame apparaît deux fois, une première fois dans un pré où elle joue, avec d'autres dames, au jeu du pomo [Il porno del bel fioretto), une autre fois sous la forme d'une biche, puis d'un rossignol, puis d'une infidèle à son amour (// Rimolat'mo). Sept Dames ou autant dire sept Vertus guident Giovanni Gherardi da Prato de la forêt d'erreur jusqu'à la montagne théolo-

1. « ... Costui è si perfetto isrnemorato Che se tochasse il poiso a un campanile Sonando a festa non l'haria trovato. »

{La Buca di Monlefevnilo... poemetti satirici di Stefano di Tommaso Finiguerri, pub. par L. Frati, Bologne, 1884, p. 215.)

2. F. Flamiiii, La lirica loscana del Rinascimento anteriore ai tempi di Lorenzo il Maçffdfico, Pise, 1891.

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