‹ Le quattrocentoChapitre 78 sur 151 · F. Xovati, // trionfo di Cosimo de' Medici, Ancona · texte numérisé non relu

F. Xovati, // trionfo di Cosimo de' Medici, Ancona

gique et poétique du Parnasse et de la vertu, où il avise, à côté des excellents poètes Dante, Pétrarque, Boccace, Zanobi da Strada, les peintres Giotto, Gaddi, Orcagna. Ovide prend par la main Messer Piero del Giocolode Pordenone et, le conduisant dans les règnes d'Amour et d'Infortune, l'amène jusqu'à la présence de sa Dame couronnée d'olivier, qui cède la place à Boèco.

Et tous ceux de Florence, et Marco Piacentini de Venise, et Domizio Broccardo de Padoue, courtisent leurs Dames en de mélancoliques sonnets, à la façon suave du poète Pétrarque, qu'à peine mort Zenone Zenoni a magnifié en une Vision de treize chapitres : Cino Rinuccini, le jurisconsulte Buonnaccorso da Montemagno, le chanoine Uosello Roselii, le lecteur endroit Francesco Accolti, le héraut de la Signorie Antonio di Meglio, le notaire Domenico da Prato. En 1409, le juriste et orateur romain, Giusto de' Conti, s'est épris merveilleusementd'unejeune fille, peut-être religieuse, à laquelle il n'a pas le droit de prétendre et dont il chante, en un canzonière intitulé la Bella Mano, la belle main qu'elle avait.

Gentile Sermini de Sienne, Masuccio Guardati de Naples, Sabbadino degli Arienti de Bologne, ont, à l'instar des conteurs Boccace, Sacchetti, Ser Giovanni et autres novellieri, l'imagination remplie de nouvelles plaisantes, divertissantes, gracieuses, narratrices ou lamentables. Celles de Sermini, qui lleurissait auloiu* de 1424, à Sienne, sont écrites sur des paperasses et chiiïons qui remplissent ses colTres et armoires; pou| complaire à un ami très cher, il s'amuse à les recucillil dans un livre : « Et comme celui qui veut envoyer un< petite salade à son ami prend le panier et le couteau, cl s'en va chercher par tout le jardin, et les herbes qu'il trouve, il les jette comme il les trouve, pôle-môle, danl le panier, i)areillement il m'est arrivé de faire; anssi ceci me semble devoir s'appeler, à bcndioil, non livre,

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mais panier de salade, et c'est le nom que je lui donne'. »

Ser Cambi, Marino Sanudo, Bernardino Corio s'ellorcont d'imiter les Villani. D'autres imitent les Rustico di Filippo, les Pieraccio Tedaldi, les Franco Sacchetti, et Antonio Pucci, qui disait en sonnets la maladie d'une poule, la recette d'une sauce, la maladresse d'un barbier. Le banquier Francesco Alberti fait un sonnet sur un nez tordu; Giovanni da Prato j^ausse la coupole de Brunelleschi; Antonio Bonciani invective un chanteur de place; Antonio di Meglio et Giovanni Barberino échangent en sonnets des remèdes propres à guérir leur disposition à la mollesse. Et comme au siècle précédent ileurissait déjà la poésie burchiellesque, qui embrasse deux ou trois cycles ténus, qui chante le manteau en loques, la maison branlante, la haridelle boiteuse, une mauvaise nuit, un méchant repas, et dont une des principales sources de comique consiste à amonceler des choses qui n'ont que voir ensemble, à entasser des objets pris à hue et à dia, et du persil, et des trulFes, et des anguilles de San-Salvi, et du hochepot d'Allemand, et des hommes chauves, et un bœuf, et un àne qui vole, et une fève frite à l'huile, et des archets, et des peignes, et des Heurs de mauve... (« Voilà qui est bon à engraisser la barbe aux noisetiers >')>) ; le

1. « E si corne colliii che una sua insalatella vnole a iino siio arnicn mandare, preso il paneriizzo e '1 colteliino, l'orlicello suo tiitlo ricerca. e coiue i'erbe trova, cosi ael paneretto le meUe senza alcuuo assort inienlo iiiescolatamente ; non altraiiiente a me é convennto di fare. Pero adunque mi pare che questo meritamente non iibro, ma imo paneretto d'insalatelia si dehbi chiamare, e pero questo nome li pongo. > {Le uovelle di Gentile Sermini da Siena, Livourne, 187 i, p. 3.)

2. « Prezzemoii, Tartufi, e Pancaciiioli, Anguille da Legnaia e da San Saivi, Lasagne di Tedeschi, uomini calvi, E râpe, e pastinache, e fusajuoli,

E un Bue, et un Asino che voli,

E lava con che l'olio fritto insaivi

E arcolai, e pettini, e fior malvi,

Son biioni a ingrassar barbe a'Nocciuoli. »

{Sonelli del liurc/iiellu, del lielUncioni e d'ultri poeti fioretilini alla burchiu, Londres, 1737, p. 4'J.}

barbier Burchiello, qui a donné son nom au genre ou, ce qui revient au même, à qui le genre a donné son nom, triomphe dans cet ordre de facéties.

Né en 1404, à Florence, fils d'un charpentier, s'appelant en réalité Domenico di Giovanni et tenant boutique de barbier dans le quartier de Caiimala, c'est un esprit bizarre, mordant]et facétieux, tellement que son échoppe est aussi bien une officine de bel esprit et un coin de fronde qu'une boutique de barbier. Burchiello a des lettres, de la religion, une opinion politique; il est pour les Albizzi contre les Médicis tant et si bien qu'au retour de Cosme, en 1433, il est exilé de sa patrie ; il court l'Italie, séjourne à Sienne, séjourne à Venise, revient à Florence, et meurt à Rome, en 1448. Mais les tristes conjonctures d'une existence aussi nomade et d'une condition aussi diverse ne lui sont que prétexte à railleries, moqueries et bouffonneries. Emprisonné à Sienne, peut-être à la suite de quelque expédition amoureuse, pour avoir rossé un enfant et volé de nuit, à la faveur d'une échelle, deux bonnets qui séchaient valons et communis existhnationis decem sollidonmi, il reste à l'ombre plusieurs mois, «derrière le réseau d'une grille », « se faisant jour avec les mains », la cervelle pleine de fantaisie, rimant des sonnets à l'aide d'une plume qu'on lui porte dans une gousse et à l'aide d'encre qu'il se fait servir au lieu de vin. Il s'amuse de tout et de tous, tant il a le cœur jovial et l'esprit dispos. Il rit de son dénumeiit, de ses privations, de son manteau troué comme une écumoire, de sa maison ouverte à tous les vents, des puces, punaises, rats, souris, moustiques, qui couchent dans son lit, de ses chemises brodées de taches, de son petit bien qui lui rapporte une Ihuir de sureau l'an. Il est mahidc; il meugle (h; douleur à sa femme; ses genoux tombent sur ses talons; une grenouille coasse dans son ventre : il rit(iuan(I même. D'ailleurs la |)lupart de ses souffrances sont physiques; sa vie intérieure est

réduite à la vie de son ventre; la fumée qui s'élève au bout de son horizon est la fumée d'un ragoût : « Toutes leurs viandes ont un goût de bouilli! » dit-il, avec un soupir, de Venise. Et parlant argot, vivant des menus accidents de la rue, procédant par allusions aux humbles faits contemporains, son imagination abonde en inventions truculentes, en propos de haute graisse, où le harnais de gueule et les histoires de digestion tiennent la place d'honneur : querelles d'alcôve avec sa femme, recettes de cuisine, receltes de drogues, propositions d'énigmes et de charades, tableaux de genre, natures mortes, trognes d'ivrognes, profils de haridelles, corbeilles de fruits, amas de proverbes, et chapelets de sonnets grotesques, paillards, énormes, ventrus, dévots et bouffons, propres à divertir les bourgeois dans leurs accès d'humeur chagrine.

Toute cette littérature n'est pas la continuation de celle duTrecento, mais sadégénérescence. Elle est lourde, épaisse, longue, lente, d'une pauvreté et d'une vacuité de misérable. Elle se traîne a ras la terre après les beaux modèles qu'elle réduit, galvaude et confond. Gomme l'humanisme, elle n'existe pas d'une existence à elle, mais d'une existence factice de reflet et d'écho. Elle ne vit pas, elle survit. Elle ne crée pas, elle copie. Elle no tire que l'intérêt médiocre de montrer comment un organisme, qui fut vivant, s'altère, s'atrophie, se décompose, et quelle efflorescence de pourriture naît sur le chef-d'œuvre. Tout décline, diminue, s'alfaisse et retombe à la fois; l'inspiration et l'expression; le cœur, l'esprit avec la main. L'àme du passé, qui avait nourri de sa puissante sève un Dante, un Pétrarque, un Boccace, est en pleine décadence. La source est tarie; les « maisons du Parnasse sont vidées » ; à la poésie succède la parodie, à la tendresse la manière, au sourire le gros rire. Et dans cette banqueroute des grands efforts et des grands rôves, dans cette faillite de la beauté, dans cette débâcle du génie, un seul genre progresse et

se développe, la poésie burchiellesqiie, qui est ellemême une fleur de décrépitude, le résultat d'une longue décadence, du genre gnomique au genre moral, du genre moral au genre facétieux, du genre facétieux au genre burlesque et du genre burlesque au genre bouffon'. Il semble qu'avec ces bourgois cauteleux, prudents, courts d'haleine, qui. artistiquement parlant, n'existent que lorsqu'ils rient, le ciel prenne sa revanche de la terre, la matière de l'idéal, la caricature de l'extase. Ne pouvant être Pétrarque, ils se contentent d'être Burchiello. Incapables de s'envoler au paradis, ils se traînent dans la petite trivialité de la rue. Ne sachant plus parler la langue aulique, ils adoptent la langue verte.

D'ailleurs, qu'auraient-ils pu faire d'autre etde mieux, eux qui ne considéraient la littérature que comme une distraction et qui ne lui consacraient que les rognures de leurs heures? Leur métier n'est point de conter finement ou de chanter avec grâce, mais de compulser des minutes, de vendre de l'étoffe, de plaider des causes, de raser des barbes et de gagner de l'argent; ce ne sont pas des artistes, ce sont des amateurs. Les artistes de profession ont passé à l'ennemi; ceux qui auraient pu et qui auraient dû marcher dans le sillon si glorieusement ouvert l'ont abandonné pour en tracer un autre; au liou de ramasser et de transformer les vieux genres nationaux, ils se sont mis à écrire ea latin, trahissant la cause de « cette langue italique en laquelle Dante écrivit, plus authentique et digne de louange que tout leur grec et leur latin- ».

Les bourgeois ont bien essayé de protester contre cette défection. Dès le début du siècle, ils se sont acharnés contre « ces bilingues, ces traîtres, ces faussaires, ces impuissants, ces infclmes, ces inutiles », qu'ils ont couverts

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