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Talora tieni la uiano solto la golta

Tanto pietosauienle,

Poi prend! un puto in brazo qualche volta E basil dolcemcnte, E poi vczosamente Tu nie riguardi e ridi Clie tu ni'alzidi — e struzi di dolceza. « Con le vesine niostri di parlare Solo percli'io t'ascolti, Ed io senlendo el tun bel motezare, Hiflouie spesse voile, Che le vesine stolle T'ascolta a pura fede E non s'avede — quel che tu vol dire. »

(L. GitSTiNiAN, Pop.sip, pub. par H. Wiese, Bologne, 1883.)

304 LE QUATTKOCENTO

sottise, moi qui n'ai pas su jouir d'un si joli morceau! Ah ! j'ai été bien sot de prendre garde à l'olTenser. Demain, il me faudra accomplir cette affaire', »

Tout cela vif, preste, pimpant, chantant; écrit dans cette langue adroite de Venise, qui rit et qui court, et où les s s'adoucissent en r- ; conçu dans un esprit de gaieté et de grâce où la passion devient la passionnette, où les sentiments, comme les termes, s'atténuent jusqu'aux diminutifs ; répétant indéfiniment les mêmes choses, amoncelant aux pieds de l'adorée toutes les plus belles images, toutes les plus douces comparaisons, toutes les plus magnifiques métaphores ; l'appelant «perle charmante », u fleur jolie», « rose jolie », «douce rose », « miroir de grâce », si ce n'est « hérétique» ou « sale juive ; » petites caresses, petites plaintes, petites invectives, compliments, madrigaux, recueillis et à peine transformés par Leonardo Giustinian.

Giustinian a remarqué que le sentiment populaire ne raisonne jamais, qu'il tourne autour de quelques affections rudimentaires et identiques, qu'il passe sans transition de la caresse à l'injure, qu'il ignore aussi bien l'art des nuances que l'art des ménagements, qu'il est tout sens, tout appétit, toute couleur, et il en a respecté la santé et la crudité singulières. Ou plutôt Giustinian n'a rien remarqué du tout ; son expérience savante du grec et du latin est de date trop récente pour qu'elle lui serve à quelque chose ; ce n'est pas un artiste éduqué pîir l'antiquité, c'est un citoyen de Venise, môle au peuple de Venise, chaulant si en accord avec le peuple de Venise que le peuple se reconnaît dans ces légers couplets, les fredonne, les répand,

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