O mato, o ba))ion
Pur ino ni'avedo del mio gran difecto
Chc un si zentil l)ochon
(îalder non l'Iio suputo al mio dileto!
lo fiiy bcn mal discrelo
(jiiardare al .suo disdegno ;
Doriian io convcgno
Coinpir slu tal lavore. »
{lu., p. 45.)
en inonde Tltalie, où chacun les adopte et où le latiniste Andréa Ginliani les admire. « Et, écrit Giustinian à Ginliani, j'éprouve plus de plaisir à te les entendre louer qu'à les voir quotidiennement sur les lèvres de presque tout le peuple'. »
Mais que si l'exemple de Giustinian, qui n'eut guère d'imitateurs et de successeurs, reste un accident aussi charmant qu'isolé de l'histoire du premier humanisme, à Florence, dans le dernier quart du Quattrocento, les choses se passent dilTéremment.
Ils sont là ti'ois ou quatre poètes, Ugolino Baccio, Bernardo Giambullari, Angelo Politien, Alessandro Braccesi, Tommaso Baldinotti, le pauvre Luigi Pulci, bien en verve, bien en joie, formant une gracieuse escorte à la jeunesse de Laurent, h qui Laurent insuffle son entrain et sa curiosité. Ils savent le latin. Ils ont derrière eux près d'un siècle d'etTort érudit. Ils ont écouté ou professé au Studio des leçons précieuses. Ils se sont adonnés à l'Académie à des dialectiques subtiles. Et ils ont appris par cu'ur tant de doctrines, tant de textes, tant de chansons savantes que leur érudition éprouve -comme une surprise attendrie des pauvres chansons qu'ils entendent parla vie, le long des rues où ils flânent aux nuils d'étoiles, le long des routes de campagne où ils chevauchent aux matins de soleil, quand ils chassent au faucon, (juand ils pèchent, ([uand ils voyagent, quand ils se rendent à la villa, quand ils habitent à la villa. Un doigt sur les lèvres, ils écoutent monter d'un champ de blé, d'un bouquet d'oliviers, d'une croupe de colline, dune terrasse de métairie, d'une fenêtre de village, les rispetti qui éclosentau soleil. Ils recueillent les ballate, les frottole, les maggiolate^ qui renaissent, chaque printemps, avec les feuilles, qui sont sauvages et naturelles comme les feuilles. Ils s'arrêtent, ils s'attardent à cette poésie toute populaire et rustique
1. « Ut plus te uno probante voluptatis percipiam, quam quod ea populus ferme oinnis m ore verset quotidie. » [W. Sabbadini, p. 371.)
qui leur paraît d'autant plus savoureuse qu'elle est moins apprêtée, d'autant plus rare qu'elle est moins artificielle, d'autant plus inédite qu'ils s'en sont écartés davantage. Et eux cultivés, civilisés, fatigués diT'bëï esprit, plongent et rafraîchissent leur front pùli sur les livres dans cette gerbe de fleurs des champs.
« Nous sommes tous joyeux, écrit Politien à Laurent, et nous faisons bonne chère, et nous becquetons sur la route quelque ballade et chanson de mai, qui m'ont semblé remplies de plus de fantaisie, ici à Acquapendente, à la romanesca, vel nota ipsa vel argumenta ' . » Toute la Renaissance n'est-elle pas dans ce cortège de joie et dans cette sympathie imprévue d'artistes nourris de Virgile, de Théocrite et de Platon, pour un pauvre, pour un humble, pour un vulgaire petit refrain campagnard ?
Les garçons de la campagne chantent les filles u au cotillon couleur de l'air ». En souriant, Laurent de Médicis les imite ; il écrit son petit poème de la Nencia di Barberino où est introduit le paysan Vallera. « Je brûle d'amour, dit Vallera, et il me faut chanter pour une Dame qui me ronge le cœur... Pour la beauté, elle n'a pas sa pareille ; avec les yeux, elle jette des flambeaux d'amour; j'ai été par cités et châteaux, et jamais je n'en ai trouvé une si belle '-. » Nencia a deux yeux que ça semble une fête ; elle a le nez si bien fait qu'on le dirait percé à la vrille ; au milieu de sa bouche, de ses joues, de l'enfilée de ses dents, elle est comme une rose; elle est semblable à Diane; elle est semblable à
1. « Siamo tutti allegri, e facciamo biiona cera, e becchiaino per lutta la via di (|imlche rappresaglia, e canznn di Calen di M.iggio, cho mi sono parule più fantasliche qui in Accpiapendente, alla Huuianesca vel nota ipsa, vel argumento. » (Poutien, éd. Del Lungo, p. 75.)
2. « Ardo d'ainore, e conviemuii cantare IN,T una dauia clie ini .stiuggc il core... Ella non tr«va di Ix-ilezzii parc;
Con gli occhi ^etla liaccole d'ainore : lo sono stato m città e castelia Ë mai non vidi gnuna tanlo bclla. »
{Poenie di Lorenzo, p. 236.)
Morgane; elle est plus blanche que fleur de farine. Pas une comme Nencia pour tisser les paniers et faire les chapeaux ; lorsque Nencia va à la messe, elle met une belle robe. Si Nencia veut, Vailera à la ville, lui achètera un sou d'aiguilles, du fard dans un cornet, une attache de soie bleue ; c'est pour l'avoir vue cueillir une salade au mois d'avril que Vailera s'en est épris; il laimo comme un petit papillon aime la lumière. Nencia est plus blanche que fleur de rave; elle est plus luisante que gobelet ; elle a sept bagues dans une petite boîte ^ b]ile a les dents plus blanches que celles d'un chien ; elle semble plus douce que la malvoisie ; elle fait de plus belles révérences qu'aucune dame de Florence 2. Elle a une fossette au milieu de son menton, qui embellit toute sa ligure-'. Ah! si Vailera se montrait avec un mouchoir de soie! Ah! s'il se faisait raser! Oui, les gens lui promettent monts et merveilles ; qu'elle essaie seulement de leur demander des petits souliers'»!
Les garçons de la campagne emmêlent leurs effusions de pointes comiques; ils gaussent eux-mômes leur sentimentalisme ; il leur arrive de terminer par le simulacre d'un renvoi leurs plus pures métamophoses. En riant, Luigi Pulci les imite. Et comme Laurent de Médicis a écrit sa Nencia di Baibcr'mo, Luigi Pulci écrit sa Beca di Dicomano. Beca est une fleur, sauf qu'elle boîte, qu'elle a la lèvre poilue, qu'elle a une tache dans l'œil ; Beca est blanche comme la lessive ; Beca est divertissante comme le marché ; Beca est vigoureuse comme l'empereur. Vailera portait à Nencia de la