Quel di ch'io venni <'il niondo
A niorir coniinciai. »
L\ KKNAISSANCK A FLORENCE 313
briques et de draps, acoquiué la plupart du temps ù la campagne, dans un moulin qu'il possède au Mugello, où le lise se montre moins rapace, et servant qui le veut employer, les bourgeois, les riches, Laurent de Mf'dicis et Robeito de Sanseverino qui l'entretient dès 1472. Il passe par tous les <'tals comme il court tous les chemins ; on le rencontre tour à tour à Gamerino, à \a|)les, àiMilan, à Bologne, à Venise; il est toujours errant, toujours au dépourvu, jamais assis dans une charge et une certitude; et un soir de novembre 1484, la mort le recueille à Padoue. En même temps il a plus d<' culture que les autres; il a surtout plus de talent, un des talents les plus clairs, les plus pittoresques et les j)lus llorentins qui soient au monde; et il a, pour le mettre en vedette, la faveur précieuse de Laurent, dont il est l'aîné, le camarade et le compagnon. C'est môme une des choses les plus chai'mantes de l'époque que cette camaraderie sans compliments et sans étiquettes, qui unit d\iii lien étroit le prince avec le pauvre diable. Luigi Pulci, ou plutôt Gigi, est pour Laurent « le cinquièmes élément » ; « il est, dit Matteo Franco, la tripe de vos pallc^ » ; Laurent le veut toujours à son côté, l'assiste de son conseil et de son argent, le rappelle d'exil, le marie, lui oiïre une pièce de fromage ou un liasque de vin blanc, lui commet de menues adaires, le protège contre les autres et contre luimôme. El de son côté Gigi témoigne à Laurent un amour aussi profond qu'ingénu. Il lui dit: « Le ciel ne m'a laissé que toi -\ » Il lui dit : « Sans toi, je me sens tout perdu, seulet el ailligé^» II lui dit: « Que puis-je faire sans toi? Me donner aux trois cent mille diables'? » Et il lui dit : « Je suis né comme les lièvres