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visage, Pallas pour la gorge, Rachel pour la robe; pour sa force, son habileté clans la chasse, la voltige et la guerre, elle semble Mars. Elle aime Rinaldo et se mesure en combat singulier avec les lames les plus vantées. Ulivieri aime tour à tour Forisenna et Meridiana. Rinaldo, qui se délecte « un peu » des femmes, courlise Meridiana, Chiarolla, Luciana, Anlea; et Orlando ne se montre point insensible à Chiarella.
Morgante, qui a donné son nom au poème de Pulci, es! unc(dosse énorme, immense et fabuleux. Il a déniché dans un couvent un battant de cloche dont il s'escrime comme d'une arme, et il va devant lui, criant, meuglaut, cassant tout, broyant les heaumes, éventrant les cuirasses, jonchant la terre de boudins, d'intestins, de trij)ailles, piétinant les poumons et les foies. 11 boit comme un trou, il mange comme un ogre, engloutissant jusqu'à un buflle, jusqu'il un chameau, jusqu'à un éléphant, et il se cure les dents avec un sapin. Son premier exploit est d'effondrer deux cochons. Il croit au Christ, puisque le chrétien Orlando tape si fort; il croit à tout ce qu'on lui dit, surtout hilare lorsqu'il cogne ou lorsqu'il balfre. Il enfonce un cheval sous son. poids, et l'ayant chargé sur ses épaules, il fait deux gambades devant Orlando pour lui montrer qu'il n'a pas la goutte au pied. Il sert de màt à un vaisseau désemparé dans une tempête. Il renverse d'un coup d'é|)auh' une muraille de cité et, un jour qu'à lui seul il a jeté bas une baleine, une écrevisse le mord à la jambe, et il en meurt.
Le compagnon préféré de Morgante est Margutte', qui est aussi un géant, mais un géant qui ne s'est point souvenu de grandir, de sorte qu'il est un géant nain. Margutte a septante-sept péchés mortels sur la conscience : « pense alors combien de véniels ! » et
1. On a beaucoup discuté sur le personnage de Margutte et son origine. Voir T. Aliievi, Anulectica, Il lipo di Margiille, Pinerole, 1890. — H. Trufli, Di una prohabile fonte del Margutte, Giorn. Stur. Turin, 1893, XII, 200. — T. Trigona, Margutte nel Morgante maggiore, Sassari, 189o.
il s'en targiio. Il est né entre la potence et le carcan, comme Jésus est né entre le Bœuf et FAne. Il ne croit ni à Dieu, ni à diable, ni plus au bleu qu'au noir, mais au cbapou, au bouilli, au rôti, au beurre, à la <;ervoise, au moût quand il en a, et principalement au bon vin'. Il a commencé par être détrousseur de grands chemins; mais, par goût de repos, il ne vole plus qu'en cachette, laissant partout la trace de son passage comme une limace, n'ayant jamais bien distingué le tien du mien, attendu qu'au début « chaque chose est de Dieu », Il vole au jeu, dans les églises, dans les poulaillers, n'importe oi^i. Quand il y a cinq femmes réunies quelque part, il en met six à mal % Il change de foi et de loi, d'amis et de pays selon ce qu'il voit et ce qu'il trouve. Les sacrements et les jurons lui tombent de la bouche comme les ligues mûres'. Il est menteur, glouton, ruflian, ribaud, faussaire, joueur, toute crasse et toute vermine; cependant il n'est point traître; alors, tandis que Gano est haïssable, Margutte est sympathique ^
Morgante l'ayant trouvé dans son chemin, le prend avec lui pour se divertir, et tous deux s'en vont de compagnie par le monde, faisant la belle paire de la force physique et de la fourberie. Lorsque Morgante voit un danger, il fonce dessus avec son battant, casse tout et paie souvent les j)ots cassés; au contraire,
1. « lo non credo pii'i al nero ciraH'nzzurro, Ma ncl cappone, o Icsso, o vuogli arrosto, E credo alciina volta ancho nel burro ;
Nella cervof,Ma, e (piando io n'ho, nel mosfo... Ma sopra tiitto nel buon vino ho fedc. >
(XVIII, lio.)
2. « S'io uso fra le donne per sciagura S'elle «on cinqiie, io ne corrompe sei. »
(XVIII, 131.) Tl. « 1 sacranicnti fais! e gli spergiuri
Mi silriicciolan gii'i prn|tri() per la bocca Coine i fichi sauipicr que' ben inutiiri. »
(XVIll, i:i8.) 4. < Snlvo che queslo alla fine udirai
Che tradimento igniin non feci mai. »