‹ Le quattrocentoChapitre 97 sur 151 · XXV · texte numérisé non relu

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pourvu qu'elle soit sincère ; mais seule la foi chrétienne est véritable, et les Juifs et les Mahométans sont damnés; il pense encore que c'est une folie de vouloir juger du ciel alors qu'on est sur la terre, et ne tâche même pas de concilier le libre arbitre avec la prescience de Dieu. Et rendant nombre de services à Rinaldo, le faisant invisible, lui servant des dîners exquis, il montre que jusque dans l'enfer, on trouve « gentillesse, amitié et courtoisie ».

C'est ainsi que Pulci s'abaisse jusqu'à la condition des chante-histoires, à qui il emprunte non seulement la matière, le mètre et jusqu'aux rimes, mais le train, l'allure, la fantaisie et le tour. Gomme les chante-histoires, il procède par sauts et par bonds, mène de front plusieurs aventures, en lâche une pour courir à une autre; comme les chante-histoires, il casse net son récit au plus bel endroit; et, comme les chante-histoires, il initie et il clôt chacun de ses chants par une invocation pieuse, au Père, au Fils, au Saint-Esprit, au Saint-Pélican, à la Vierge pure avant et après Taccouchement, au souverain Jupiter crucifié pour nous : son cantare, qui débute comme l'évangile de saint Jean, se termine par une prière à la Mère glorieuse'. Mais, tandis que les chante-histoires, pauvres diables mal en point et mal en bourse, quand ils gravissaient leur estrade, s'essuyaient la bouche et devenaient sérieux, que leur thème était en quelque sorte suj)érieur à leur condition, qu'ils le respectaient comme une chose auguste et que, pour se huciier jusqu'à sa sublimité, ils prétendaient à la correction, à la gravité, h la dignité, s'appliquaient î\ être comme il faut, et par conséquent n'étaient plus eux-mômes, Luigi Pulci rest(; lui-même.

Il se montre tel qu'il est, avec sa foi dévotieuse ou goguenarde, sa verve bouffonne, son imagination obèse,

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