SUB U CURMER
Ed i84S, M. Giimier avait déjà publié une série de très beaux livres, tffl a bien augmentée depuis {^\ tJn artiste, ami de l'éditeur, pensant vec juste raison qoil avait plus que d'autres bien mérité de la patrie «r ses belles publications, conçut en secret le projet de faôre décorer crCiste-libraire. H en parla à M. Jules Janin, qui, d'un cOté, éuût in- ■nenent lié avec M. Gavé, directeur des beaux-arts, et, de l'autre, kmt aecueOli avec bienveillance par M. le comte Duchfttel, alors mi- ■stTC de l'intérieur. Le célèbre critique approuva cette idée, et fit me démarche dans ce but. Une liste de propositions fut remise au DÎBÎstre par M. Gavé ; elle contenait les noms des sept personnes suirentes, et dans Tordre que nous donnons. MM. Curmer, JouiKroy, Herget, Kastner, Peisse,. Goubaux, Guenepin. M. Gavé y avait ajouté le sa propre main les noms de MM. Jarry de Mancy, professeur h 'Ecole des Beaux-Arts, et James Rotschild. M. Gunner n'obtint pas la Mooradon : le ministre prétexta qu'il était trop jeune! En sorte que N. Gurmer, qui a produit tant d'admirables livres, n'est encore aujourd'hui en possession de distinction honorifique que de l'autographe 4e M. J. Janin, retrouvé, en 1848, lors des sacs de ministères : mais il vaut au moins un brevet de chevalier de la Légion d'honneur; auss» en donnons-nous ici copie, comme pièce à joindre aux matériaux du Mur a Armoriai de l'imprimerie et de la librairie françaises ».
Monsieur le Ministre,
Je vous supplie tout d'abord de me pardonner ma hardiesse, mais en fin de compte, comme il s'agit de récompenser un très utile, très intelligent et très galant homme, vous me pardonnerez en (aveur de riptention.
(1) Voyez sur la famille de V.. L. Gunner les page^i 39â et 393 de 1855.
(2) Ses principales publications postérieures sont : Les Beauœ-ÀrU. HktiraUon$ des arts et de la littérature, 3 vol. in-4. — Voyage autour' de wsmjmdin, par Alph. Karr, avec des illustrations de Gayarei, Paoquet. ^ bm Trais règnes de la Nature^ dont les cinq premiers volumas ont para, et qui se compoaeDt de la Botanique, 1 vol. ; les Oiseaux, 1 vol. ; la MUfléuu^ ( vol. ; les Mammifères, î2 vol. — Un beau Paroissien romain. — Les BHgflîiimea éditi<»i8 éa Vhnitaiion ds J.-C, et de VhUroduoHon à la vie iéoate, de S. Prançpis de Sales, en cours de publication, lesquelleâ doivent lire suivies de celle des Heures de la reine Anne de Bretagne, et d'une Bible m 5 vol. 10-4.
U. Curmer est, stDS contredit, le premier des Ubrairas de k Kbnirie moderne pour le nombre, pour l'importance et surtout pour b magnificence incroyable de ses publications. C'est lui qui a poussé la librairie française dans cette voie du dessin et de la gravure, doot les bons effets se font déjà sentir dans les travaux de nos artistes. Grâce à M. Curmer, on ne met plus au jour un seul voliune de prose ou de vers sans que Fartiste ait sa part de gloire et d'honoraires dans cette publication. Vous dirai-je, monsieur le Ministre, les cheEs-d'œuvre sortis de cette maison : le Boisuet, dans lequel ont été reproduits les plus beaux tableaux de la galerie du maréchal Soult ; Paul ei Firginiey un livre magnifique et qui ne sera pas refait; les Evamfiki, Vlmitation^ des chefs-d'œuvre. La publication des Framçaù pmH$ par eux-mêmes est tout à fait un corps d'ouvrages écrits et composés dans un ensemble que l'éditeur pouvait seul imposer k tant d'eah prits si différents et si divers. Dans ce livre, qui n'a pas demandi moins de quatre années, de cent mille écus de dépense, il était proir que impos^le de ne pas laisser pénétrer cette opposition vicdente, m mal séante, qui se retrouve dans toutes ces compositions aux mille ùiom si fort à la mode aujourd'hui. M. Curmer a su éviter ce danger dam ce livre qui pouvait, qui devait être un pamphlet, et qui est deveoa une louange. Ceci représentant quarante mille abonnés et deux millions de lecteurs.
Mais que fais-je là ? Ne savez-vous pas mieux que moi l'importance de tous les hommes qui jouent leur rôle dans les beaux-arts et daos les belles-lettres de ce temps-ci ? Mieux que personne vous savez récompenser et reconnaître les loyaux services. Or, qui donc a reodo plus de services aux écrivains, aux peintres, aux dessinateurs, aux graveurs de ce temps-ci? M. Curmer leur a enseigné aux uns et aux autres cette association puissante qui a doublé la popularité de Molièit lui-même. Et, en effet, tous ces livres illustrés, l'honneur de la langue française, ces livres qui ont échappé par le luxe même à la contrefaçon belge, ils ont été enseignés à la librairie moderne par M. Curmer.
Dans la librairie actuelle, les Gosselin, les Panckoucke n'ont pas mieux mérité de la chose littéraire que M. Curmer ; accordez-lui l'honneur que nous sollicitons pour lui, faites-en un chevalier de la Légion d'honneur, vous honorerez bien des écrivains dans la personne de leur éditeur.
Les plus grands noms de la littérature devraient être apposés à cette lettre que je vous adresse en toute humilité. Mais à quoi bon tant de grands noms, quand on s'adresse au plus juste, au plus bienveillant Ministre de l'Intérieur qui nous ait gouvernés depuis vingt ans ?
Daignez agréer favorablement l'hommage de mon profond respect
J. Janik.
SI octobre iSAX