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FEMMES POÈTES DE LA FRANCE

AirraOLOGIE^ PAR HEICai BLANYALBT (1).

Bonne nouvelle. Un charmant petit volume, à la robe rouge et or, vient de faire son entrée dans le monde, et vraiment sous d'heureux auspices. Titre attrayant, joli format, contenu délicat, extérieur gracieux, il a tout ce qu'il faut pour plaire. Un vers cité dans la préface :

Mesdames, pardonnez, ces perles sont des pleurs,

semble le mettre, en outre, sous la protection spéciale du beau sexe. Voilà bien des chances! Tant mieux, car l'éditeur et l'auteur ont essayé tous deux à Tenvi à faire, en réalité, de ce recueil de poésies féminines, une sorte d'écrin de perles Anes. L'un, empruntant la forme élégante de rin-24 à tranche d'or, coquettement imprimé et relié, sous laquelle l'Allemagne aime à lire ses poètes favoris, a fourni l'écrin ; l'autre, dans la mer toujours mouvante de la poésie française, a cherché, trié et réuni les perles dont il a fait toute une parure. L'éditeur zélé et intelligent du Recueil de chants pour la Suisse avec sa bonne idée; l'auteur de la Petite sceur et de VArln'e de Noël^ avec sa qoaiification particulière à l'accomplir, pouvaient espérer de produire on ouvrage à la fois de bon air et de bon goût. Us le méritaient et ils OQt réussi. C'est justice.

Ouvrons ce volume ; qu'y trouvons-nous? Trois choses : une anthologie, une préface, une note. Soixante-dix poésies de trente-trois auteurs différents, distribués d'après Tordre des temps, du XIV* au XIX* siëde, de Christine de Pisan à M"* de Sasserno, composent l'anthologie. La préface, signée Henri Blanvalet, est un tableau vivement Coloré des destinées de la poésie française, servant de fond et d'en* cadrement à une caractéristique du génie poétique des fenmies, et à k recherche de leur vraie place dans notre histoire littéraire. La note iDeotionne quatre fabulistes du sexe, et cite deux apologues, l'un de Marie de France, dans une langue déjà fort archaïque, l'autre de

1847, in-8 de 46 pages, avec un fac-similé. On noas a assuré que le véri- ^ble auteur de cet écrit était M^^^ Lafarge elle-même ; le docteur Manceau n'aurait, par amitié, qœ prêté son nom. J.-M. Q...

(1) Geoèfe, Kesmann, 1856, un joli Tolume in-32, relié en toile dorée, 3 fr. 50 o.

madame Joliveau, qui serait peut-être remarquable, si l'idée génénle et le vers essentiel n'étaient pris d'une fable bien connue de FlortUL Le recueil n'embrasse, du raste, guère qu'en apparrace les sii derniers siècles littéraires : car, aux seize auteurs chargés de représfOÉa les cinq siwles qui précèdent le nôtre, cinquante-trois pages seulement sont accordées, tandis que le XIX' siècle remplit pour son compte un espace trois fois plus étendu. Mais cette disproportion, qui devrait être beaucoup moins forte dans une collection équitablemenl historique, est ici judicieusement calculée d après le but du travail et le public auquel il s'adresse. N'est-ce pas, en effet, dans la poésie contemporaine que nous trouvons directement réDéchies nos joies et nos tristesses, nos émotions et nos espérances? et lecteurs et lectrices n'iront-ils pas demander surtout à cette anthologie des jouissances actuelles et non rétrospectives pour le cœur et le goût ? D*aillears cette anthologie complète ainsi l'ouvrage beaucoup plus considérable publié par Paulin, en 18il, sous le titre de : Chefs-d'œuvre poéiiqm des dames françaises, lequel s'arrête avec le XVIU* siècle. C'est donc notre demi-siècle qui a obtenu la place d'honneur, et ce sont mesdames Babois et Dufresnoy, Desbordes- Valmore, Tastu, de Girardin, Valdor, Ségalas, Guinard, Menessier-Nodicr, Janvier et Colet, mesdemoiselles d'Aïzac, Mercœur, Moreau, Vaillant et de Sassemo, groupe sympathique de femmes inégalement connues du pubhc lettré, qui occupent les fauteuils dans cette aimable et brillante académie. Checune d'elles a dans la main les meilleures feuilles de son vohime, les poésies d'élite que l'on garde volontiers avec soi. Que de mélodies fraîches, tendres, pathétiques, ingénues, touchantes, plaintives oa résignées! que de souvenirs, de pressentiments, de regrets, d'aspirations et de larmes dans ces quarante-neuf lieds, rhythmés paf h rêverie, chanrés à voix naturelle par la sérénité idyllique ou rotirmorè à demi-voix par la mélancolie élogiaque? Presque tous sont d'henreuse venue et d'une beauté pure ; plusieurs sont dans toutes les mémoires; beaucoup sont de vrais bijoux : par exemple, VOreifter d'une pelik fille et Qu*en aiez-rous fait? (de madame Desbordes-Valmore), les Feuilles de saule et Y Arif/e f/ardien (de madame Tastu), et la PautrHi (de madame de Girardin). Sur le recueil entier, les plus exquises peut-être de sentiment et de touche sont, avec les deux pièces bien courtes attribuées h madame Olivier, toutes celles de madame Guinard, vrais joyaux de la poésie maternelle, a?ixquelles on revient encore après tout le reste, qui attirent comme des charmes et communiquent de la force comme dos vertus.

Bon voyage donc au léger escfuif, ainsi é<fui|)é, pavoisé et lesté, qui porte les Femmes poêles de la France, Va, petit livre, pour parler avec Tôpffer, et trouve ton monde!

Mais la part du feu? dira-t-on, vous ne la faites pas. La critique n'a donc rien à reprendre dans ce volume? Pardon. 11 y aurait au contraire des choses à retrancher, d'autres à ajouter, d'autres à changer.

- M\ — «iautrcs à reclilier. \insi lus fautes d'iinprossion iiu bont. pas assez rares; il manque par-ci par-là une syllabe, sans parler d'un vers entier oublié à une strophe de la page 45; oubli qui est, dit-on, de Tauteur même; quelques pièces trop faibles, ou faisant double emploi, auraient pu disparaître avec avantage; les Stances 9ur la mari d'Henri l\\ attribuées à Catherine de Parthenay, qui avait à cette époque soixante-treize ans, sont de sa fille Anne de Rohan ; Torthographe et la transcription des pièces anciennes ont été abandonnées aux vaciUements du hasard, au lieu d'être réglées par un principe uniforme, etc. Mais, je vous prie, ces bagatelles, ennuyeuses à remarquer et à dire, à quoi servent-elles après coup, sinon à montrer qu'on a lu avec exactitude? Qu'on nous permette donc de les laisser de cdCé.

En revanche , comme le petit volume pourrait bien arriver à une seconde édition, qu'il n'a point, dit-il lui-même, a la prétention de » répondre pleinement à son titre, loin de là, car il se trouve toujours, » noiens volens, dans un livre de la sorte, bon nombre d'omissions » ; comine la matière est fort intéressante et le recueil perfectible, nous soumettons, en toute cordialité et amitié, à l'auteur, que nous preoont lui-même pour arbitre, quelques observations critiques et quelques vœux, sans attribuer à nos remarques de valeur autre que celle que l'auteur de : Une Lyre à la mer, voudra bien y mettre, et ne leur assignant d'autre but que la collaboration d'intention à une œuvre utile.

La note d'abord, qui forme épilogue, nous paiait inachevée. Ce n'est qu'une pierre d'attente. En effet, le lyrisme èlégiaque ayant été adopté (et nous croyons que l'auteur a eu parfaitement raison) comme le principe déterminant du choix et comme l'unité intérieure du livre, les productions d'un autre ton et d'un autre genre se trouvaient naturellement écartées. Mais pourquoi, dans la note, ne mentionner que les femmes fabulistes, et encore en oubliant madame de Villedieu et madame de Genlis? lorsque tant d'autres formes du genre narratif, conune la Nouvelle en vers (Ex. la Napoline, de madame de Girardin); rËpopée historique (Ex. la Colombiade, de madame Dubocage); l'I^popée religieuse (Ex. la Judith, de madame de Calage); d'autres formes lyriques que l'élégie, ainsi l'épUre et la poésie fugitive (Ex. madame de Beauhamais, que Buiïon appelait sa fille, et madame d'Antreifloât-Bourdic-Viot, si finemcmt louée par Voltaire); enfin les formes prifidpales de la poésie dramatique (Ex. les comédies de mesdames Bourette et de Girardin), et les tragédies de mademoiselle Bernard, parente de Corneille et de Fontenelle, celles de mesdames de Salm et de GifardlA , ont été cultivées par des femmes et avec une réelle distinction ; n'y aurait-il pas convenance, après l'avoir fait pressentir dans la préface, à en faire une mention un peu précise dans la note, c'est-à-dire k eofivertir cette note etf un appendice de quelques pages, qcri pourrait coiStenir une double liste flatteuse pour l'un des sexes, et

instructive pour les deux : l'une, chronologique, donnant la série un peu complète des Femme$ poèies, de Tan laMN) à 18S5 (œ serait environ une centaine de noms, je crois); l'autre, systématique, les classant d'après les genres littéraires auxquels elles ont consacré hir talent et dû leur célébrité modeste et passagère, ou plus bruyante et plus durable. La pierre d'attente deviendrait ainsi partie intégrante de rédilîcc.

L'Étude, pleine de mouvement, de relief et d'originalité pittoresque, plait d'abord à l'imagination. Mais, à une seconde lectore, les scrupules surviennent, et on se donande si elle est aussi vrûe que jolie. A une troisième épreuve, les doutes historiques et littéraires se font décidément jour. Le désir de peindre n'auraii-fl pas fait simpliGer outre mesure les faits, et la tyrannie de l'all^orie commencée n'a-t-elie pas conduit à des sacrifices trop grands pour la tt grave histoire? » Qu'on en juge. L'auteur nous représente la muse française sous les traits d'une iîUe charmante qui, dans le long carnaval des âges, change perpétuellement de toilette, de masque et d'accent, et qui, tour à tour bachelette, messagère, écuyère, ménestrel coiffée du bonnet doctoral, ornée de la^Ki/Za, prêcheuse, hérolDe, finit par le rôle de Manola, L'idée est piquante, mais une personnification, si gentille qu'elle soit, qui, dans ses métamorphoses séculaires, n'est, à chaque âge, qu'un genre à la fois, et qui, successivement fabliau, ballade, sirvente, ode pindarique, tragédie, épigramme, chant de guerre, orientale, laisse en chemin, sans pouvoir en tenir compte, les anciennes Épopées, les Mystères, le Roman de la Rose, Molière, Lafontaine, Lamartine, Béranger, peut-elle ôtre regardée comme une personnification suffisante de la poésie française? Des changements de costume, d'humeur et de manières, c'est-à-dire de surface et d'aspect, sont-ils la vraie histoire de la poésie, et sa longue vie ne lui aurait-elle rien appris de plus profond que l'art de se vêtir avec goût? Certainement, l'auteur ne le croit pas; l'allégorie qui tendrait à le faire présumer mériterait donc, ce nous semble, d'être révisée.

Le caractère et la position des femmes, dans l'histoire littéraire de la France, nous paraissent de leur côté imparfaitement saisis. La partie II aurait-elle point été prise pour le tout, et la couleur du romantisme élégiaque, bien marquée dans les femmes qui ont chanté depuis Lamartine, n'a-t-elle pas été étendue, par une généralisalioo exagérée, à tous les siècles précédents? Du moins, les faits étudiés dans leur ensemble nous font aboutir à d'autres concluions que fauteur.

Ainsi, loin que u le cœur, tout le cœur, rien que le coeur » ait été la seule muse des femmes-poètes de France, nous trouvons à chaque siècle, parmi elles, le groupe des femmes de tête en face de celui des fenunes de coeur ; et cette alliance, qui représente la femme complète, forme le couple typique qui s'appelle, au XIII* siècle, Baii>e de Verrue,

— 3i3 — la êrameretm, et Marie de France, la fabuliste, c'est-à-dire la tendresse naïve et la clairvoyance satirique; au XIV* siècle, Justine de Lévi et Christine de Pisan, c'est-à-dire la grâce galante et la lourde solidité ; au XV* siècle, Glotilde de Survilie (1) et Anne de Marquets, c'est-àdire la passion conjugale et la dévotion ; au XVI* siècle, Louise Labé, la belle cordière de Lyon, et Madeleine Desroches, la belle dame de Poitiers, c'est-à-dire l'inspiration aisée et le goût un peu pédant; au XVII* siècle, mademoiselle Scudéry et madame Deshoulières, c'est-àdire la sensibilité légèremei4 précieuse et le jugement un peu sec, voilant sa hardiesse sous les bagatelles bergeresques ; au XVill* siècle, madame Bourette, la muse limonadière, et madame de Genlis, ou la frivolité risquée et le ferme bon sens; au XiX* siècle enfm, madame Desbordes-Valmore et madame de Girardin, ou le sentiment mélancolique et la vivacité intelligente.

« Ce qu'elles chantent, le mot qu'elles répètent toujours et toujours k même », est-ce bien l'amour? 11 y aurait des réserves à faire sur lé premier point, mais n'en faisons pas; remarquons seulement sur Tautre que l'amour qu'elles chantent n'est pas toujours le même. L'histoire, il faut le dire, ne montre pas les femmes, sur ce chapitre, plus exigeantes que leur temps ; leur idéal ne s'épure pas par elles seules, et les lectrices délicates d'aujourd'hui, habituées à un idéal meilleur, seraient choquées dans leur sens féminin par un grand mmibre de pièces de leurs sœurs, où l'amour n'est pas encore celui de l'âme, ni môme du cœur, mais celui de l'imagination sans sérieux, ou moins encore, celui de la fade galanterie, du bel esprit et du bel usage, ou seulement l'enivrement voluptueux des sens.

Enfin ont-elles vraiment or une place à l'écart d, constitucntnelles une société isolée, « de formes indécises, brillantes et vaporeuses à la fois, qui passent blanches, tristes, voilées, en se tenant par la main », et restant comme étrangères aux révolutions (sinon aux batailles) littéraires livrées autour d'elles? Les faits nous semblent établir, au contraire, que toutes les modifications du goût se reflètent exactement dans leurs poésies; que presque toutes les femmes poètes Qotété les échos ingénieux, ou mieux les variations concentriques de quelque poète-homme contemporain ; qu'ainsi leur talent lui-môme obéit aux lois du sexe» et qu'en réalité le fil conducteur pour l'histoire littéraire de leurs productions, c'est la série des poètes à la mode, surtout ceux du genre lyrique^ Marot, Ronsard, Malherbe, Benserade, Voltaire, Dorât, Gresset, Pamy, Mlllevoye, Lamartine, etc., etc. On le voit, les petits et les médiocres ont eu leur Cour comme les grands. La Terre, pauvre petite planète, n*a-t-elle pas son satellite, comme

(1) Ce n'est plus au'uQ nom de complaisance et du convention, les prétendues poésies de Ctutiide étant l'œuvre spirituelle d'un Chatterton français, leqod tenta sur le public peu critique de la Restauration une expérience d'arcbaime litlèreire, pleineroent couronnée de succès.

Jupiter et Saturm ai le Soleil lui-oiâne oot les Itim? Ainei )• nopioduction sympaihique, avec accompagiieaMDi de le mélodîe libn fii a fait vibrer leur àme, la lumière réfléchie de rastre initîsteiir. VéàÊi lunaire, pour ainsi dire, avec sa dépendance, sa gràoe el son id|I' tère : tel est le caractère commun de leur in^iraiimu Lee Ibohms suzeraines et non vassales, virilanent inventives, vraimeiit libv«i|iir la puissance intellectuelle ou artistique, originales eo ua mot, eoBBe madame de Staël et madame George Sand, sont les prodîget de lear sexe ; aussi ne sont-ce plus proprement des femmes, mais daa géMS, et le génie, comme Tirésias (1), est à la fois hoBniie et CamM; b preuve, c*est qu*il est créateur. Les femmes, restées femmas, aakn le vœu ordinaire de la nature, imitent donc sans le vouloir; Otts cette ressemblance fait leur variété, puisque les types premiers soBt divers. Elles remontent et descendent toutes les gammps poéiiqm avec notre histoire littéraire ; elles ont pasaé, comme elle, par ks phases du naturel simple, de la beauté conventionnelle, du fauigoâl, du badinage puéril, du cynisme fardé, du proaaîsne aride; et ai, depis madame Babois, que son oncle Ducis nommait la Sapho des mèm, et madame Dufresnoy, célébrée par Béranger, leur poésie nous teucbe immédiatement et se fait bien reconnaître pour nôtre, quelle en est la cause, sinon que, depuis Corinne et les MédUaii&ns^ la poésie mtour d'elles est devenue sincère et sérieuse, qu'elle a donné une voix à quelque chose de presque inconnu à la littérature française, je vea\ dire Tàmc, et que Tâme est parfois rentrée en elle-même, pour durcher dans ses profondeurs le mot de sa destinée et y rencontrer Dieu? Cette conclusion, qui n'est ni un reproche, ni un éloge, mii^ un résultat historique, c'est-à-dire providentiel, pourrait-il classer les femmes? verront-elles dans cette condition une infériorité? EH» auraient tort, car certes la nature ne fut point une marâtre eovtfs elles, et cette condition n'est qu'une autre distributioa de forces. Dns son cœur, son imagination et son âme, la femme a souvent {dus de poésie et d idéal que l'homme. Mais en général cette poésie intime, comme une source cachée, au lieu de s'épanouir directement en gerbes étincelantes dans le jardin de l'art, s'inâltre et se verse goulue à goutte dans la vie, dans la famille, dans la société, pour s'y transformer comme une sève en parfums, en tendresse et ^ beauté. Est-ce là une moins bonne part?

Si maintenant nous pouvons exprimer quelques vœux relatifs i b collection même, nous conseillerons, dans la prochaine édition :

Premièrement, d'ajouter à chaque nom d'auteur (comme dans les anthologies de Ghampagnac, de Paulin, etc.), une petite notice de six à huit lignes, biographique et bibliographique;

Secondement, au cas où l'on désirerait conserver la chaîne des temps

(1) Ceci me rappelle Tépigraphe d*un des plus fins livres de critique divinatoire que nous devions à Sainte-Beuve : ses PortraUê dêfm

aiMâneurs lui outre, d'^a multipUâr un peu les «aneaux, ea insérant ^lelques échantiiioDS d'Anne de Marquets, au XV* siècle; de mademoiselle de Goumay, la fille adoptive de Montaigne, au XV1% de madame de la Suze, petite-fille de GoUgny, au XVII* ; de mesdames Dubocage, Viot, et de Genlis au XVIII*. On pourrait même allonger la chaîne jus- «ju'au Xill* siècle, plus français, comme on sait, que les deux suivants» et emprunter (ce qui formerait une coïncidence littéraire précieuse pour rhistoire de la langue) quelques stances à l'auteur présumé d'Aucassin et Nicolette, fabliau par où débutent nos collections de prose. Les stances que voici, ravissantes à notre avis comme de THorace ou du Lafontaiiie, de l'époque des troubadours, mériteraient peut-être de commencer cette poétique guirlande :

Voit son hiver venir le sage, Comme en fin beau jour belle nuit (1), Sait que sont roses pour tout âge, Si pour tout âge sont ennuis.

De ma primevère tempête (saison; Ne me ressouviens sans plaisir, Car qui dansa moult à la fùle Au soir n'a regret de gésir.

(Av^ant que vis choir feuilles d'automne. Belle tous ils m'ont proclamé.

Tous maintenant me disent bonne...

Ne sais le nom qu'ai plus aimé.

(Bon)beur ne dépend de gentillesse ; Contre le temps n'ai point rancœur ; L'air m'est changé ; ce n'est vieillesse Pour qui n'est pas changé de cœur.

Ces vers délicieux sont de Barbe de Verrue ; nous n'avons fait qu'en rajeunir l'orthographe et deux ou trois mots par trop vieillis, le point de vue philologique devant, à ce qu'il nous semble, dans le cas présent, céder au point de vue esthétique; on nous passera, nous l'espérons, cet innocent artifice que nous croyons légitime, mais dont nous avertissons en tout cas.

En troisième lieu, quant au XIX* siècle, où la collection peut utilement être complétée, nous indiquerons pour mémoire mesdames Sivry de Vannoz, Gautier et Bachevin, mais nous recommanderions d'ajouter la Kuit, de madame de Girardin (voir Revtie Suisse, février 1852) , et nous réclamerions quelques pages pour les vers de madame d'Arbouville, le suave auteur d'Une histoire hollandaise, de mademoiselle de Vernède, récemment couronnée aux jeux floraux (-2),

(1) La mort ne surprend point le sage...

Rien ne trouble sa Gn : c'est le soir d'un beau jour.

Lafontaine.

(2) La collection des poésies honorées de l'églantine occiténique, av3nt et depuis Clémence Isaure, serait, si elle existe, ce que j'ignore, une mine à exploiter soigneusemeoi pour une anthologie féminine du genre de celle-ci.

et de deux ouvrières, mademoiselle Antoinette Quarré , It KngèR de Dijon, et madame Blanchecotte, la plus jeune étofle apparue das cette région du ciel.

Un quatrième vœu, naturel à l'égard d'un recueil publié à Genève par un poète genevois, serait de faire un peu plus de place à Tâément national, et de ne pas oublier tout à fait madame de Charria ni madame de Staël (1), parmi les illustres, et mademoiselle de Stockmar, parmi les jeunes renonunées, sans préjudice de celles qui auront pu poindre depuis.

Un dernier vœu, dans l'intérêt de la valeur intrinsèque du recueil et de son succès, serait de retrancher quelques pièces d'une religio- .sité creuse, ou qui n'appartiennent directement qu'au christianisme catholique (il y en a encore trois ou quatre de cette espèce), et de les remplacer par des poésies d'une inspiration plus vivante et d'un souffle plus universellement chrétien. Anne de Marquets, aiademoiselle de Calage, madame de Céré-Barbé, sans sortir de France ni do catholicisme, donneraient le moyen, je pense, de faire convenablement cette substitution.

Nous avons tout dit ; voilà bien des vœux et bien des annotations. Que les lectrices nous pardonnent, car, nous le craignons bien, elles seront contre nous et nous trouveront chevalier discourtois et critique taquin. Que le poète-éditeur nous excuse, car, en vérité, nous avons été insatiable comme un enfant gâté, et parce qu'on nous donnait beaucoup, nous avons demandé plus encore. L'enfant gâté ne sera du moins pas ingrat, et, en terminant, il remerciera de grand coeur l'ami de la famille de tous les jolis bijoux réunis par lui en cadeau dans une seule cassette, pour l'allégresse des yeux et la joie de l'esprit. Dans le frais et savoureux volume des Femmei poèieê de h France (et cet aveu ne pourra être suspecté, après la franchise des remarques précédentes), l'insatiable mécontent de tout à l'heure a trouvé un vif attrait et une jouissance pure. Verra-t-on là une contradiction? Non, car si sa critique était de tout point fondée, tout ce qu'elle prouverait, c'est qu'une seconde édition peut valoir mieux qu'une première. Il y a des négligences de détails presque inséparables du défrichement d'un sujet étendu. Celui qui écrit ces lignes ne l'oublie point, et l'esprit dans lequel il les écrit, c'est le désir du pe^ fectionnement pour une œuvre à peu près impersonnelle dans son point de départ, et destinée à la popularité pour son point d'arrivée. Ceci entendu, mon petit livre à la robe rouge et or, s'il est encore

(1) M. Ph. Plan, dans le Journal de Genève du 9 février 1856, cite d>lleoe quatrain inédit, qui est bien marqué de son noble cachet : Tu m'appelles ta vie : appelle-moi ton âme; Je veux un mot de toi qui dure plus d'un jour; La vie est éphémère, un soufDe éteint sa flamme. Mais rame est immortelle aussi bien que Pamour.

des cœurs ouverts à la poésie douce et tendre, et il en est beaucoup, va trapp&r à la porte de leur demeure; qu'elle soit modeste ou fa<^^ tueuse, tu seras bien reçu et tu feras plaisir. Adieu.

(Revue Suisse ^ mai 1856.)

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