‹ Le quiétiste espagnol, Michel MolinosChapitre 32 sur 46 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le 9 juin 1717, M^® Guyon termina à Blois sa vie agitée, et fut enterrée dans le cloître des Récollets. Son épitaphe, gravée sur une plaque de cuivre, racontait en quelques lignes latines, ses théories mystiques, ses exemples de vertu, ses malheurs, sa fm douloureuse et paisible. Dans son testament, elle proteste que jamais elle « n'a voulu s'écarter un moment » des sentiments de l'Église, ^< condamnant sans restriction tout ce qu'elle condamne ->\

Le P. François La Combe mourut, comme on sait, à Charenton où sa foHe l'avait fait enfermer en 1712. S'il avait eu conscience de lui, à sa dernière heure, nul doute qu'il n'eût réitéré la profession de repentir et de soumission qu'il avait écrite, dix-sept ans plus tôt, dans sa trop fameuse lettre à l'évêque de Tarbes. Mais, dans sa pauvre tête, tout s'était brouillé depuis 1712. Par alternances, une sorte d'exaltation religieuse le mettait hors de lui ; et alors il s'épanchait en propos incohérents où se mêlaient les idées quiétistes, l'horreur des femmes et le dégoût des prêtres. Le malheureux repoussa, comme il eut fait une courtisane, le confesseur qui s'approcha de son lit d'agonie^ Triste fm d'une existence brisée par le malheur ; mort impressionnante d'un religieux que ses dons semblaient prédestiner à se coucher paisible dans la tombe, après une vie de fructueux apostolat.

Ainsi que l'assurent tous les contemporains, et notanynent le P. Honoré Fabri^, Malaval était un homme droit et craignant Dieu. Au moment même où se dénouait à Rome le procès de Molinos, ayant appris qu'un homme distingué, avec qui il avait quelques relations, le représentait comme un chef de secte et un partisan déterminé d'une contemplation suspecte, Malaval lui écrivit :

« Bien des auteurs de notre temps, sans parler des anciens prêtres et docteurs, ont écrit de cette oraison. S'il y a des personnes qui en ont abusé, c'est qu'on abuse de tout ce qu'il y a de meilleur au monde. Mais si Rome dit quelque chose, Monsieur, je ne dirai point que l'Inquisition n'est pas reçue en France ; je n'alléguerai point tout ce qu'on a allé-

1 Rapport d'Argenson publié par Ravaisson, ArchU'es de la Bastille^ IX, p 98 — 2gj]3] niun. de Lyon, ms. 704.

246 MICHEL MOUNOS

gué depuis quarante ans pour lire, malgré le Saint-Siège apostolique, tous les livres qu'il a détendus. Je me soumettrai extérieurement et intérieurement et je ferai éclater ma soumission aussi loin qu'a été porté mon livre ; justifiant et expliquant l'oraison de foi de la même manière que l'Église l'entend ; et modifiant là dessus tout ce qu'elle aura trouvé bon de modifier' ».

La condamnation de Molinos entraîna la mise à l'Index de la Pratique facile (l^"" avril 1688). Malaval accepta cette humiliation.

Il crut même, — la controverse quiétiste s'étant rallumée à Paris, en 1695 — devoir rédiger une lettre où il réprouvait la Pratique facile et réfutait les 68 propositions de Molinos. Bossuet connut cet écrit, qui lui fut adressé comme à presque tous les évêques de France. Ayant appris que l'évêque de Meaux préparait un livre sur les états d'oraison. Malaval lui (( fit en outre quelques lettres fort honnêtes » ; et Bossuet lui répondit qu'il « rendrait à sa personne tout le témoignage qu'il pourrait ». On sait comment le prélat s'expliqua sur la Pratique facile. Malaval trouva qu'il poussait ses doctrines « au delà des bornes » et, à ce qu'il assure, quelques évêques -en jugèrent de même. Aussi, quand au printemps de 1698, la nouvelle parvint à Marseille que l'on annonçait à Paris une édition revue et corrigée de la Pratique facile, le saint aveugle s'empressa de protester auprès du P. de la Chaise : il était étranger à cette manœuvre, jamais sa soumission ne s'était démentie ; le jugement sur le livre de M. de Cambrai étant imminent et la condamnation inévitable, Bossuet aurait peut-être la tentation d'éclabousser encore de sa colère et de son triomphe l'auteur de la Pratique facile et de la perdre dans l'esprit du roi ; il faut que S. M. soit persuadée de la parfaite pureté de son intention et de son obéissance^.

Cet incident, dont nous ignorons les suites, montre combien Malaval était préoccuppé d'éviter tout scandale et l'apparence même d'une révolte. Ce sentiment persista chez lui jusqu'au

^ Bibl. de Carpentras, ms. 440, f° 121. — ^ On trouvera cette lettre de Malaval au P. de la Chaise (9 mai 1698) dans la Corr. de Bossuet (Ed, Urbain et Levesque), IX, 457.

Page 1