EPILOGUE
bout. En 1709, le P. Barthélémy Durand, religieux mineur de l'Observance, publia une Fides oindicatà^ où le quiétisme a sa place parmi les monstres d'hérésie foudroyés par l'Éghse. Malaval lui écrivit une longue lettre latine de félicitations. Il y disait :
« Parmi les caractères d'une âme catholique il en est un que j'estime, embrasse et vénère uniquement, c'est à savoir de soumettre extérieurement et intérieurement son jugement, de professer de cœur et de bouche, sans feintise, la soumission au jugement de l'Église sainte, apostohque et cathohque, dont Rome est le siège visible. Et c'est pourquoi, tout ce qui, à moi, qui suis homme, a pu ou pourra jamais échapper contre la doctrine authentique de l'Éghse, je le condamne et je le réprouve dans le sens même où le condamne et le réprouve l'Éghse.
« Tel m'avez-vous connu toujours, mon cher Père... »
Sous le bénéfice de cette pleine obéissance, le renom de
science et de piété de Malaval ne fit que croître avec les années.
Par la puissante intervention du cardinal Bona, il avait jadis
obtenu d'être admis, malgré sa cécité, dans la cléricature. Ce
vénérable tonsuré mourut nonagénaire. Ses funérailles furent
un triomphe^.
Avant de ceindre la tiare, sous le nom d'Alexandre VIII, le cardinal Ottoboni avait été membre de la Congrégation particulière chargée d'instruire le procès de Petrucci. Il n'est pas téméraire de penser qu'il jugeait dès lors excessifs les ménagements gardés par Innocent XP. Car, lorsqu'il fut le maître, il retira à l'évêque de Jesi l'administration de son diocèse.
1 * Avignon, Offray, 1709. — - Voir son Eloge par Jean de la Roque, dans le Mercure de France (juin 1723, f° 1095) et une lettre du même auteur (/èid., juin 1739. p. 1078-1092; sept. 1739, p. 1934-1950) sur un projet d'édition des lettres de Malaval. — ^ Le recueil que nous avons cité pour le procès de Petrucci (MisceW., Arm. X, vol. 9) contient un pote d'Ottoboni très rigoureux, avec ce vote voisine une dissertation tendant à prouver que la cause de Petrucci est à juger de nouveau.
Mais son règne ne fut que de seize mois (16 octobre 1689ler février 1691). Avec son successeur, Innocent XII, la politique de l'oubli prévalut de nouveau.
Le nouveau pape confia à Petrucci des charges honorables de visiteur apostolique^ et lui permit de reprendre le chemin de la ville épiscopale (10 avril 1694). De retour à Jesi, le prélat essaya de recommencer sa vie d'autrefois. L'expérience lui montra vite que, désormais, l'autorité lui manquait pour faire le bien. Le l^r janvier 1695, une lettre du cardinal Spada, le secrétaire d'État, le rappela à Rome.
Il y reste sept ans, occupé au travail des congrégations, — on l'appelait, parait-il, le iacchino del Sacro Collegio^ — partageant son temps entre la prière et l'étude, vivant pauvrement, libéral en aumônes, retiré du commerce du monde, sans vouloir d'autres distractions que ses pieuses visites aux Dominicains de Sainte-Sabine, aux PU opérait de Sainte-Balbine, aux Franciscains réformés du Retiro.
En 1700, il prend sa villégiature dans son abbaye de Gualdio, dans le diocèse de Nocera. Ce voyage en Ombrie l'amène à Gubbio, Lorette, Assise, Tolentino, Foligno, Montefalco, lieux saints entre tous.
Sa dévotion se complut si fort dans ces pieux pèlerinages qu'il voulut les renouveler l'année suivante. Arrivé à Montefalco pendant les fêtes de sainte Claire, il mourut au monastère des filles de la sainte, après quelques jours de souffrances, et muni des sacrements de l'Éghsc, le 5 juillet 1701. 11 fut enseveli devant l'autel. Son tombeau est recouvert d'un médaillon de bronze, portant le chiffre de ses armes, entouré de cette inscription : Petro Mattheo cardinali Petrucci episcopo jEsino pietate et doctrina ornatissimo.
Dans son testament 2, Petrucci donnait ses livres aux trois couvents de Rome dont nous avons parlé plus haut, sa maison de Jesi à un chanoine ; sa maison de Rome devait être vendue pour payer ses dettes ; ce qui resterait servirait à faire dire
^ Monacelli cite des faits qui le démontrent ; j'ai vu aussi aux Arch, vat. {Cardinali, 59, p. 168) une lettre de Petrucci sur la visite du diocèse de San Severino (26 août 1694). — ^ Il en existe une copie à la Vallicelliana (1, 17, p. 132).