ÉPILOGUE
des messes pour le repos de son âme ; les ornements et vases sacrés devaient être distribués aux églises ; quatre mille livres étaient laissées aux domestiques. C'était bien finir.
Molinos, dans les prisons du Saint Office, expia longuement ses scandales et ses erreurs. Aucun écho de cette solitude douloureuse n'a révélé ce qui se passa dans cette âme ardente et calculatrice, durant une réclusion qui dura des années. Domenico Bernini, un contemporain qui a écrit en quatre yo\umesm-îo\ioV Histoire de toutes les hérésies, dit que l'auteur de la Guide « vécut dix ans dans sa petite cellule de prisonnier, avec toutes les apparences du repentir et mourut le 28 décembre 1696, jour consacré au culte des saints Innocents ». La Gazette de France du 26 janvier 1697 signala à ses lecteurs le trépas de l'hérésiarque dont les controverses quiétistes avaient rendu le nom familier aux esprits cultivés de notre pays. Voici cette brève oraison funèbre : « Michel Molinos, prêtre espagnol, auteur de divers dogmes pernicieux et chef des quiétistes, mourut le 29 du mois dernier, dans les prisons de l'Inquisition, ayant à ce qu'on assure témoigné beaucoup de repentance^ »
Si quelqu'un, à Rome, se réjouit de cette mort chrétienne, ce fut, sans aucun doute, le P. François Marchese. Il avait estimé Mohnos, au temps où il n'était qu'un directeur achalandé ; quand il s'avisa que la doctrine de cet étranger pouvait inquiéter les théologiens et nuire aux âmes, il s'efforça de guérir le mal sans blesser le malfaisant ; avant de quitter la terre où il avait combattu pour la vérité et la charité, Marchese eut la joie de voir le quiétisme condamné et Molinos repentant. Il mourut en février 1697.
Le P. Bell'huomo avait déjà disparu de ce monde depuis le 20 novembre 1690. L'année même où commença le procès de Molinos, il avait écrit un traité sur la paix de la conscience. Quand la nouvelle de l'abjuration solennelle de la Minerve parvint à Castiglione où le saint vieillard termina ses jours, il put se rendre sans doute le témoignage que, dans cette lutte
^ J'ai demandé au Saint Office des renseignements sur cette fin de Molinos. Mgr Perosi, assesseur, m'a répondu qu'on nen avait pas.
OÙ il finissait par avoir raison, après dix années d'attente, sa conscience ne lui reprochait rien.
Paul Segneri mourut, après Bell'huomo, mais avant Molinos, le 9 décembre 1694. Plus encore que Bell'huomo, après avoir goûté l'amertume de la défaite, il avait connu la douceur des réparations vengeresses. Non seulement le quiétisme qu'il avait attaqué par ses écrits fut foudroyé par l'Éghse ; mais la Concordia^mi&e à l'Index quand Molinos était encore en faveur, put être publiée de nouveau en 1691, avec la permission du Saint Office.
Le cardinal Frédéric Colonna, à qui le livre était dédié, négocia cette affaire. Par son entremise, dès les premiers jours de septembre 1690, Segneri eut en mains les observations des reviseurs de l'Inquisition. Il y répondit dans un mémoire décisif auquel le Maître du Sacré Palais Ferrari et le P. Fabri, consulteur du Saint Office, se rendirent sans peine.
Pour savoir au juste si le P. Segneri eut de grandes corrections à faire à la Concordia, il n'y a qu'à comparer les deux éditions, la condamnée et la permise. Or, quand on fait ce travail, on remarque, dans la seconde, quelques atténuations de plume ; certains passages sont éclaircis ; mais les points de doctrine que l'auteur a soutenus, contradictoirement à la Guide et à la Pratique facile, en 1680, demeurent les siens, onze ans après. N'est-ce pas là une preuve que, dès la première heure, Segneri avait pris la question par le bon bout ?
Par ailleurs, il plut au pape Innocent XII d'honorer Segneri par les marques de la plus haute confiance. Malgré ses résistances, le vénérable septuagénaire se vit imposer les charges de prédicateur apostohque (6 février 1692), d'examinateur des évêques et de théologien de la Pénitencerie (15 décembre 1692), de qualificateur du Saint Office (10 janvier 1693). Et Dieu sait en combien d'affaires importantes il plut à Innocent XII de se servir des lumières de Segneri. La réhabilitation fut complète.
La réédition de la Concordia en 1691 nous invite à examiner dans quelle mesure la Guide de Molinos est atteinte par