ÉPILOGUE
Il est certain que du haut du ciel Dieu tient, non seulement les rênes des empires, mais celles de toute vie humaine. Rien n'arrive que ce qu'il veut ou permet ; et ses volontés, comme ses permissions, en même temps qu'elles marquent la souveraineté de ses droits de maître, témoignent de son amour de père à notre égard. La conduite de sa Providence, pour chacun d'entre nous, est si sage et si paternelle que nous devons nous y abandonner, avec la plus imperturbable confiance. Dieu veut d'une volonté efficace que nous arrivions au ciel de ses élus, et tous les événements nous y peuvent servir.
Mais Dieu, qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous. La coopération libre et constante de notre volonté est requise, pour que notre élection soit certaine. Sa grâce prévient, accompagne, suit l'action de notre franc arbitre. Mais cette action, comme cette grâce, est indispensable au salut. Avec le secours de Dieu qui nous surnaturalise, et qui en outre éclaire et fortifie notre surnature, il faut que nous voulions et que nous accomplissions la volonté divine, qui est la règle suprême des mœurs. Les actes des vertus théologales et morales ne sont que les actes détaillés auxquels notre condition chrétienne nous obhge. Faire ces actes, les répéter, ou pour obéir au précepte strict qui nous y astreint, ou pour marquer à Dieu le désir que nous avons de lui plaire, c'est très exactement mener la vie chrétienne. Du plus héroïque des saints au plus modeste des croyants, celle-ci n'a pas d'autre programme. Plus on aime Dieu, plus ce programme s'étend et s'élève ; alors les actes de vertu se multiplient au point de former comme une trame continue ; et leur perfection s'accroît au point de ne plus presque rien connaître de l'infirmité humaine.
Dans ces ascensions de l'âme vers les cimes toujours inaccessibles de l'infini, le Christ demeure l'idéal parfait, adoré, aimé, poursuivi. C'est à son appel, sur ses traces, pour son amour, que les chrétiens s'élancent dans la voie du Décalogue et des conseils évangéhques, afin d'y courir sans défaillance jusqu'au dernier souffle. De ses lèvres bénies est tombée la vérité des dogmes qu'il faut croire et la sagesse des règles de conduite qu'il faut suivre. Ses pas ont tracé le chemin dans
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lequel nous devons mettre les nôtres. A le suivre et à le croire, on trouve la vie.
Il a honoré Dieu de sa substance, au dépens d'une activité incessante et de sacrifices dont celui du Calvaire a été la consommation sanglante. Partager à la lettre la passion du Christ et ses travaux est la suprême ambition des meilleurs chrétiens. Nul ne se sauve sans avoir, au moins à la dernière heure, un cœur actif et meurtri comme le sien.
De la vie de Jésus, de la vie d'aucun saint, on ne saurait tirer l'apologie de je ne sais quelle oisiveté spirituelle, qui remettrait à Dieu tout le soin du salut. Leur histoire prêche l'effort viril, incessant, fervent. Ils ne sont pas quiétistes. Parmi les angoisses des plus crucifiantes douleurs, au milieu des entreprises les plus difficiles, leur confiance ne vacille pas; sous le regard de Dieu qui les voit, les aime et les soutient, ils sont capables de tout souffrir et de tout faire. Leur abandon à la Providence entretient dans leur âme deux sentiments qui s'excitent l'un l'autre : une paix filiale et un filial désir d'agrandir la gloire de Dieu. C'est parce que jamais ils ne doutent de Dieu que leur zèle ne s'arrête jamais.
Ils sont certains de leur salut, en considérant l'infinité de la bonté divine ; la vue de leur misère les entraîne à multiplier sans répit les bonnes œuvres, pour s'assurer la récompense éternelle. Dans la germination perpétuelle de la nature mauvaise, ils trouvent des occasions toujours présentes de douloureux arrachements ; et leur générosité ne s'en lasse pas. S'ils sont parfois hésitants dans cette rude tâche, ils ne s'irritent point, ne se dépitent point, ne s'abandonnent point ; mais ils croiraient montrer un cœur bas et profaner la miséricorde de Dieu, si un péché commis ne leur devenait un motif d'expiations rigoureuses et de fidélité plus exquise.
Tels sont les saints, telles sont les leçons de leur merveilleuse histoire, aussi bien que des homélies des Pères de l'Église et de l'Évangile qu'ils commentent. Combien cet abandon est différent de celui que Molinos prêche dans la Guide !
Ce misérable falsificateur de la sainteté chrétienne a osé mettre sa doctrine de l'indifférence sous le patronage de S. François de Sales et de S. Ignace de Loyola. La vie si active