‹ Le quiétiste espagnol, Michel MolinosChapitre 42 sur 46 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

parole de Jésus aux fils de Zébédée demeure la loi éternelle de la vie mystique: Potestis bibere calicem quam ego bibiturus sum?

Depuis un quart de siècle, un grand effort a été fait, en France, pour remettre en honneur les études de théologie mystique. Comme il était inévitable, des divergences d'opinion se sont produites. Les controverses entre le P. Poulain et M. le chanoine Saudreau sont présentes encore à tous ceux qui s'occupent de spiritualité, d'une façon scientifique.

Nous n'examinerons pas ici quelle est la vraie notion de la connaissance mystique, ni quel est le vrai rapport de la contemplation à la perfection chrétienne ; quelle est, en fait, la fréquence de l'oraison contemplative, ni quelle est la vraie pensée de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, de l'antiquité chrétienne, au sujet de la contemplation dite ordinaire.

Nous laissons tout cela aux spécialistes ; ce livre n'est pas un traité de théologie mystique, mais une histoire de Molinos.

Notons-le pourtant, beaucoup des questions qui divisent les écrivains spirituels de notre temps furent jadis agitées, dans les disputes qui mirent longuement aux prises Molinos et ses contradicteurs. Dans les traités de mystique écrits aujourd'hui, il semble que ces disputes passées n'ont été étudiées que fort sommairement. Il y aurait eu, pour les écrivains qui ferraillent les uns contre les autres dans le champ clos de la contemplation, grand profit à se rendre compte des coups portés dans le tournoi dont la Guide fut l'occasion. En essayant de se préciser à soi-même les arguments contraires échangés pour et contre la contemplation molinosienne, on aurait peut-être trouvé le moyen de rendre moins vaines les polémiques de l'heure présente. Car enfin certains docteurs du XX^ siècle prônent, comme MoMnos, une contemplation intermédiaire entre la méditation et la contemplation passive ; comme Molinos, ils prétendent qu'il faut généraliser parmi les chrétiens cette manière de prier ; comme Molinos, ils voient, dans l'obstination de quelques

directeurs étroits et exclusifs, la cause unique de la rareté do la vie mystique.

Cette similitude des thèses résulte des textes. Elle est un fait indéniable. On peut et on doit constater ce fait, sans instituer, contre les écrivains en cause, le moindre procès de tendance. Et voici, pour le démontrer, quelques brèves indications.

Le premier qui ait attaqué la Guide, le P. Bell'huomo, admet, comme Molinos, une contemplation active, sauf à l'expliquer mieux que lui. Comme IMolinos, il ridiculise et blâme les directeurs ignorants qui s'effarouchent au seul nom d'oraison mystique^. Alvarez de Paz décrit tout au long une oraison affective des parfaits, intermédiaire entrela méditation discursive et l'intuition des contemplatifs^. Bien qu'adversaire très résolu de Fénelon, le P. Massoulié convient qu'il y a une oraison acquise de quiétude^. Terzagoestdu même avis*. Bossuet a tout un écrit en faveur de l'oraison de simple regard. Saint Alphonse de Liguori considère la contemplation acquise comme un fruit nécessaire de la méditation^.

Si courte soit-olle, cotte énumération prouve qu'on peut, sur certains points, se rencontrer avec Molinos, sans être hérétique ni téméraire.

Est-il vrai qu'il faille allonger cette énumération, en suivant la chaîne des témoins de la doctrine mystique jusqu'aux premiers âges de 1" Église ? Molinos l'a dit ; d'autres le répètent aujourd'hui. Quiconque aura seulement parcouru le gros ouvrage du P. Honoré de Sainte-Marie, Tradition des Pères et des auteurs ecclésiastiques sur la contemplation (1708), sentira immédiatement la difficulté d'une pareille enquête. Toujours l'interprétation des textes est chose délicate ; combien plus, quand ils sont échelonnés à travers un long espace de siècles. Il y a des exégètes depuis Origène ; et il y en aura, espérons-le, jusqu'à la fin du monde. Dans les cas où l'Église n'a rien décidé, les efforts réunis de ces savants hommes sont impuissants à nous tirer d'embarras pour nombre de

1 Pregio, 1. I. c. 4 p. 80-97 ; 1. II, c. 2, p. 215-217. — ^ De inquisitione pacis, 1. IV, p. 3, c. 1-12. — ^ Traité de la véritable oraison, p. 1, C. 6. — * Theol. hist. myst., p. 67. — ^ Homo apostolieus, appl- 1, n. 7.

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