‹ Le R.P. Bouchard missionnaire apostoliqueChapitre 11 sur 34 · I.T-: n. p. BourHARD · texte numérisé non relu

I.T-: n. p. BourHARD

• lont il ne se croyait pas digne, il disparut pendant un mois (probablement en mai) et se rëfugia dans un couvent de Chartreux. Il n'en sortit que lorsqu'il crut que le danger était passé. L'évêque, Mgr Francesco Sogaro, ne fut élu que le 4 octobre 1882.

L'humble religieux passa le mois de mars à Paris, où il fit de fructueuses collectes. Comme on le voit par les J. 71» «^^s- de V Archicovfrérie, il reçut le plus sympathique accueil à l'église de Notre-Dame des Victoires, et il fut admis aux deux réunions du samedi et du dimanche, 4 et 5 mars, et les prières et les quêtes de ces séances furent offertes pour les missions de la Nigritie. Quelques jours après, le P. Bouchard écrivait au directeur <]e l'archiconfrérie pour le remercier, lui et tous les auties membres, de l'admirable charité qu'ils lui avaient témoignée et des aumônes généreuses (ju'ils avaient faites à son univre.

Il avait, à Paris, un bon ami dans le regretté ^I. Millot, curé de l'immense paroisse de Saint-Roch, et, faveur extraordinaire, il avait, quand il le voulait, sa chambre au presbytère. Mais la maison où il demeura le plus longtemps et où il était reçu avec

le pins de charité et de cordialité, c'était le magniti(|ue hôtel de la conitessc do Villeneuve; rue de Rivoli. Cette excellente chrétienne avait pris depuis longtemps déjà (1) le P Bouchard sous sa protection spéciale, c'était son missionnaire à elle, c'était elle qui lui fournissait le vêtement et qui lui payait ses frais de voyage : chez elle, il était traité comme l'enfant de la maison. {'2) Aussi quel souvenir reconnaissant il lui a gardé toute sa vie ! avec quel affectueux respect il parlait de sa bienfaitrice, et quelle ne fut pas SX p3ine e.i app.-e larifc sa m:>ru arj-ivéj il y a quelques années ! (1886.)

Lorsque je partis pour TEurope en 1882, le Père Bouchard, alors en Canada, m'avait fait promettre

1 D'après une de ses lettres, on a vu qu'il avait déjà fait des toliectes en France en 1878-79.

2 Nous avons sous les yeux une longue lettre delà comtesse au Père Bouchard. Elle l'attendait avec impatience à son château de Prat-au-Eaz, situé à tiois heures de chemin de ter de Brest. "Vous y aurez, dit-elle, bonne réception et la chambre •' de notre évêque. Nous serons ici jusqu'en novembre. Ainsi, " mon bon père, si vous arrivez plus tôt, prenez la route de " Brest. Si, au contraire, vous ne venez qu'en décembre, il est " probable que nous serons à Paris.

'• Auguste et Paule (le comte de Villeneuve et sa femme) vous " envoient toutes leurs affections respectueuses.... Croyez ù " notre amitié bien dévouée."

(Valler, à mon passa-^e à Piiris, donner de «es nouxelles à la comtesse de Villeneuve, et je ne inanfjuai pas de me présenter chez elle. Je n'eus pas l'avantage de la trouver tout d'abord, mais comme j'avais laisse ma carte de visite, sans y mettre le nom de mon hôtel, cette bonne dame prit la peine de me faire chercher pendant toute une journée bien inutilement du reste, puisque j'étais parti pour la Bretagne. A mon retour, j'eus l'honneur de pouvoir lui présenter mes hommages et ceux du R Bouchard et d'être comblé de politesse à cause de lui. Ce fut aussi l'heureux sort de mon aimable compagnon de voyage, M. l'abbé René Casgrain. La comtesse, très bien conservée malgré son âge, avait un air remarquable de grandeur et de bonté, et dans toutes ses manières régnait cette belle simplicité lUe l'on rencontre si souvent dans les bonnes et nobles familles de France. Son fils, le comte Auguste de Villeneuve demeurait avec sa femme dans le même hôtel ; il a toujours regardé le R Bouchard connue l'un de ses meilleui'S amis, et sa digne épouse lui a toujours témoigné, et dernièrement encore, un })rofond intérêt et une affectueuse estime. Je ne puis résister à la tentation de citer le joli passage

(jue consacre à uuKlame de Villeneuve (là jeunej 1 abbé Raymond Casgrain dans une de ses lettres • le voyage en 1802 :

'• Près du parc de Versailles, d est un petit cliâteau, simple, uni. vieillot : mais gai, frais restauré avec un art, comment dirai-je ? comme par la main dune fée ; c'est La Boulie. La châtelaine de céans, la couitesse de. ..est une française de vieille roche, catliolique aussi convaincue, aussi fervente que Marguerite de France : charitable au point (ju'au temps de S. Vincent de Paul, ce saint de la charité l'eût prise pour une de ses coadjutrices. Avec cela, un esprit d'élite, d'une rare instruction, ayant beaucoup de lecture, abordant tous les sujets avec une haute pertinence ; mais sans le moindre soupçon de bas bleu. Madame de... est presque une canadienne : elle a pour fils adoptif un enfant du Canada (1). Je

1. C'est Joseph-Orance Guilbault de Grandbois (maintenant de Villeneuve), orphelin né à Saint-Casimir et élevé d'abord chez les Sœurs de Charité de Québec. A l'occasion de son départ pour la France, on publia sur les journaux quatre articles intéressants, et une pièce de poésie dont nous recommandons In lecture aux amateurs. (15 juillet 1886).

Ce fut M. l'abbé Casgrain qui agit comme intermédiaire entre la famille de Villeneuve, les Sœurs de Charité et les parents du petit orphelin.

n'en finirais pas, !^i js disais tous ceux des nôtres qu'elle a reçus chez elle, et dont elle s'est fait autant d'amis : le cardinal Taschereau, le juge Baby, Mgr de Sherbrooke, Mgr Bégin, l'abbë Proulx, vice-recteur de l'Université Laval à Montréal, etc. A Paris, elle habite un bel hôtel, rue de Rivoli, en face du jardin des Tuileries . . . . "

Il ne manque qu'un coup de pinceau à ce délicieux tableau et qu'un détail à ce récit : c'est que si M. l'abbé Casgrain et tous les autres distingués personnages qu'il nomme, ont été si bien reçus dans cette noble et généi-euse famille, ils y ont été précédés, tout comme moi, par le Père Bouchard et (•est lui qui nous a ouvert les portes de la maison.

Après s'être reposé de ses fatigues, tout en traxaillant à susciter des sympathies et à recueillir des secours pour ses chères missions, le Révérend Père (juitta Paris pour retourner à Vérone, et il m'y écrivit la lettre suivante :

Vérone, 28 mai 1882.

Révérend et bien cher monsieui-,

Voilà quelques jours, en rentrant à notre sémi-

UMire de Vérone, j'ai trouvé deux lettres de vous,

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l'une (lu (3 octobre dernier, contenant un billet «le cinq louiïs sterling, et l'autre «lu 7 décembre, avec un autre billet de vingt louis. Il m'est impossible «le vous donner une idée de ma reconnaissance pour votre charité envers notre mission désolée. (1)

J'ai remis ma dette de reconnaissance entre les mains de Dieu et chaque jour je le prie de vous combler de ses grâces de choix. Son Eminence le Cardinal de Canossa m'a «lit, lors «le mon arrivée à Vérone, qu'il avait écrit à Sa Grandeur Monseigneur de Québec, pour lui deman<ler la permission de quêter en faveur de la Mission. Hier, Son Eminence m'a dit de partir, et demain je vais me mettre en route pour le Havre, et vendre«li, sous la garde de 13ieu, je ferai voile vers notre bien-aimée patrie. Vous me direz que c'est une obéissance très douce «|ue celle qui me donne le bonheur de revoir famille et patrie. C'est vrai, mais je puis vous assurer devant Dieu que si j'étais libre, je partirais plus volon-

1. On me croira sans peine, si je dis ici que je n'étais qu'un humble intermédiaire dans ces œuvres de charité. La Propagation de la Foi donna quelques secours, et je reçus aussi à plusieurs reprises des aumônes particulières que j'avais le plaisir de transmettre au Père Bouchard-

tiers pour l'Afrique. J'ai bien souffert ma petite part dans ce pays inhospitalier, mais il semble que plus l'on souffre dans un pays, plus on s'y attache. Je n'ai pas pleuré lorsque j'ai quitté ma belle patrie ^;ins espoir de la revoir, mais je dois vous avouer <|ue lorsque j'ai vu s'éloigner les rives de Khartoum, j'ai pleuré comme un enfant. L'adieu à ces bons noirs, qui m'appellent leur père, avait déchiré mon cceur, et j'aurais donné tout au monde pour rester avec eux. Mais le devoir et l'intérêt de la Mission exigeaient mon départ. Je vais donc revoir le Canada, mais si je savais que mon voyage ne serait pas profitable à mes bien-aimés noirs, je ne le ferais pas, car mon temps ne m'appartient pas, je le dois par devoir et par amour aux malheureux enfants de Cham. Je vais au pays tendre la main en leur faveur, ^les compatriotes vont-ils me rebuter ? Non, bien certainement ; je connais trop mon pays pour m'arrêter à cette pensée qui serait une injure pourlui. Bientôt, j'aurai le bonheur de vous voir et de vous exprimer de vive voix mes sentiments de vive reconnaissance pour tout ce que vous faites pour notre Mission. Comme je n'ai que très peu de temps pour me préparer au départ, je suis obligé de ter-

84 NoTICK BIOGRAPHIQUE

ininei". Prt'.sentez, je vous prie, mes hoiiiinages respectueux à Monseigneur rArchevêque. Avec l'espérance de vous voir en bonne santé, je demeure votre hninble et reconnaissant serviteur,

A. Bouchard,

Missionnaire Apostolique.

R. P. LUIGI BONOMI, Missionnaire de l'Afrique Ceritrale.

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