‹ Le R.P. Bouchard missionnaire apostoliqueChapitre 19 sur 34 · e Çuélcc aux Antilles · texte numérisé non relu

e Çuélcc aux Antilles

2 II desservait cette paroisse et Ja mis.->iou do Caiiia (pronounoncez Caoura} dans les montagnes où l'air est plus sec et plue agréable.

Il y a bien les serpents, les scorpions, les araignées les moustiques, les chauves-souris, etc., mais on se protège facilement contre ces ennemis et on finit ])ar ne pas s'en occuper.

Le R. P. Bouchard fut très bien reçu par le vénérable archevêque de Trinidad, Mgr Gonin et pan- Mgr Flood son coadjuteur. Il jouit de la plus cordiale hospitalité au couvent des PP. Dominicains et il eut pour le soigner l'excellent docteur Lota. Corse «l'origine, fervent catholique, il avait d'abord exercé sa profession à la Martinique, où il avait fondé un journal pour défendre contre la tyrannie des noirs, les intérêts des catholiques et des blancs. Insulté un jour sur la rue par un de ses sombres adversaires, le docteur ne put s'empêch'^r <le lui asséner un coup de canne sur la tête, ce qui lui attira une fort mauvaise affaire. Le mulâtre fit un appel aux hommes de sa couleur et un millier d'entre eux allèrent assiéger la maison du médecin catholique. Celui-ci était bien ai-mé, et avec le secouis de quelques amis il aurait pu résister, tuer une cinquantaine d'ennemis et mettre le reste en fuite. Mais il ne voulut pas qu'oii versât le sang, et il aima mieux \oii- démolir entièrement sa maison et ses meubles,

et ëmigrer à la Trinidad, où il vit en paix, donne à tous l'exemple des vertus chrétiennes, et fait un grand bien aux malades qu'il soigne avec habileté et charité. (1)

Le P. Bouchard ne fut pas lent à ressentir les heureux effets de son traitement. Après un mois, ses souffrances avaient presque disparu, et il put songer à rendre quelques services dans cette nouvelle vigne du Seigneur, qui s'offrait à son zèle.

Voici ce qu'il écrivait à son père.

Couva, Trinidad, 7 janvier 1889.

Bien cher Père,

.... Je commence à m'apercevoir que le climat des Antilles m'est favorable, car je me sens mieux d'une semaine à l'autre.

A mon arrivée, l'archevêque m'a offert trois ou «{uatre paroisses : il y en a une dizaine sans prêtres

1. Il y a à Port-d'Espagne un bon nombre de familles qui appartiennent à la haute aristocratie. L'un des fils du docteur Lota a fait ses études en France; il demeurait, en 1890, dans Ut Miission de Caura sur une propriété de son père, évaluée à §60,000.00. M. l'abbé Chs Gagné eut Toccasioud'y faire sa connaissance.

pour les desservir. Plusieurs ne sont que des missions pénibles qu'il faut parcourir à cheval, et comme ce genre de locouiotion m'est devenu impossible, je ne pouvais songer à en devenir le pasteur. Il y a bien deux paroisses où cet inconvénient ne se trouve pas, mais ce sont deux des plus belles du <liocèse et elles sont pourvues de curés. Ce sont San Juan et Couva. Mais voilà qu'après avoir passé (juatre semaines à Port-d'Espagne, où je me suis soigné et reposé, l'archevêque m'a offert la cure de San Juan, dont le curé venait de partir ppur la France, Je m'y installai avec plaisir, et j'eus bien du bonheur à desservir les nègres qui forment la masse de la population. Tous voyaient que je les aimais, et ils se montraient aussi dociles que possible à suivre mes conseils et mes exhortations. Mais au bout d'un mois, Mgr m'a demandé de me transporter à Couva où je suis maintenant. J'ai bien hésité avant d'accepter cette desserte. D'abord je me trouvais bien chez moi à San Juan, au milieu des bons noirs, dont j'avais déjà suffisamment appris le patois,(I) tandis qu'ici c'est l'anglais qui domine,sans (M^mpter qu'il y a deux églises protestantes.

I yo.;ci quelques échantillons de ce joli langage cités par M.

Je dois dire cependant que les protestants sont l>ien polis pour moi. Après la messe do jour de l'an^ c'est l'un d'entre eux, médecin de l'endroit, qui est venu me chercher pour m'amener déjeuner chez lui, et un autre a réclamé la faveur <le me donner à dîner.

Le presbytère est très grand et meublé aux frais de l'évêque, comme c'est du reste la coutume. Le curé reçoit $60.00 par mois du gouvernement, ce qui joint à son casuel lui fait un revenu très convenable. Mais tout coûte très cher ici : la viande 30 cents, le beurre 40 cents, la morue 13 cts, un œuf 4 cts. Le chemin de fer passe à ma porte et me conduit en deux heures à Port-d Espagne. Arrivé la veille du jour de l'an, j'eus bien peu de monde à l'offiîe du lendemain, mais depuis cjla va mieux et iiier l'église et lit presque remplie, et j'ai eu une ([uinzainede communions

Le K P. Boucliard demeura six mois dans cette

labbé Provancher. Ou dira : moé qua manger, je mange.; moô] </uat manger, j'ai mangé ; Commf^nt ou y,', comment êtes-vous ?j

f^non doigt })as ca poiiend pices. Un doigt ne prend pas de puces.

Kn pile en pile veut dire beaucoup, souvent.

paroisse ; sa santé était (lovonuerelativeinint bonne, et coinine il ne voulait pas s'exposer à la perdre pendant la saison des pluies, il dit adieu à la Trinidad et s'en revint à Québec, dans le courant de juillet 18S9. ( 1) Il avait exercé un laborieux et fructueux ministère, o:^^U*»é l'estime de ses confrères et donné entière satisfaction à l'archevêque et à son diirne coadiuteur. Celui-ci devint bientôt archevê.jue en titre par la mort du vénérable Mgr Gonin ; et à son retour d'un voyage d'Europe, au mois d'octobre de l'année suivante, il passa quelques jours à Québec. Le R. P. Bouchard qui se trouvait ici, se lit son cicérone, et ne pouvant le recevoir chez, lui (il était aloi's curé de Saint-Pierre-Baptistc comme nous le verrons plus loinj, il le fit inviter <V dîner par une des familles de Québec où il était presque chez lui. Je veux pailer de l'excellente et charitable famille de M. Théophile Ledroit II semblait qu3 le P. Bouchard en fît partie, tant on l'ai-

1. A son retour au Canada, le E.P. Bouchard donna au musée de zoologie de l'Université Laval, quelques souvenirs qu'il avait apportés des Antilles: deux grenouilles empaillées, deux ostracious et un diodon, poissons des mers tropicales, et un myriapode, serpent vulgairement appelé cent-pieds.

mait et tant on s'intéressait à lui de toutes manières. Aussi je sais quels sentiments d'affectueux resjDect et de profonde reconnaissance il a toujours nourris dans son cœur pour monsieur et madame Ledroit. Mgr Flood fut reçu comme on sait recevoir dan cette maison. Il parut enchanté de son séjour à Québec et surtout de l'heureuse rencontre qu'il avait faite de l'ancien curé de Couva.

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