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tant d'intérêt. Voilà huit mois que je suis dans cette vigne stérile et désolée, que le divin Vigneron daiïupe protéger et qu’il veut sauver, puisqu'il envoie des ouvriers qui travailleront de leur mieux à lui faire porter du fruit. L'on m'avait dit que c'était une mission difficile, mais j'étais loin le me faire une juste idée des nombreux obstacles qui s'opposent à. la conversion de la pauvre Afrique. L'un de
ces obstacles est l'esclavage que l’on dit pourtant ne
plus exister. Il est bien vrai que la traite des noirs
ne se fait plus publiquement, mais elle se fait en secret. La preuve, c'est qu'ici, à Khartoum, résidence du gouverneur général du Soudan, nous pourions acheter des centaines d'enfants. Malheureusement notre pauvreté ne nous permet pas d’en
acheter un grand nombre,
De plus, chacun est libre de garder autant d’esclaves qu'il lui plait et de les traiter de la manière la plus indigne. Or si, sous les yeux du gouvernement, les noirs sont ainsi traités, l’on peut se faire une idée de leur condition dans les endroits plus reculés, où il n'existe pas plus de loi que de morale. La dégradation des nègres surpasse tout ce qu'on
peut imaginer : ils sont plongés dans les vices les
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plus honteux et ils n'ont pas la moindre idée de pudeur. Les missionnaires espérent peu des adultes, Leur espérance repose sur les enfants qu'il faut presque toujours acheter ; alors on peut les élever à la mission, en faire de bons chrétiens, ensuite les marier entre eux, et les éloigner de tout contact dan-
vereux, surtout de celui des Musulmans.
La mission possède à El-Obeïd, capitale du Cordofan, une colonie agricole à quelques heures de la ville ; cette colonie est exclusivement composée de chrétiens élevés à la mission. Il y a déjà un bon nonibre de familles qui, par leur conduite exemplaire, font la ioie des missionnaires et donnent de grandes espérances pour l'avenir. Parmi les difficultés qui nous environnent, il faut mentionner celle de voyager dans le pays : ce qui ne peut se faire qu'à grands frais, avec beaucoup de danger et de fatisues énormes. Ajoutez le climat, qui est meurtrier
pour les européens.
Lorsque je suis arrivé ici, il y a huit mois, nous étions quinze de notre caravane ; nous ne somines plus que dix ! Un prêtre est mort pendant le voyage, deux religieuses sont mortes au Cordofan et deux
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frères convers ici à Khartoum. Les autres sont plus
ou moins indisposés. Je suis le seul qui aïe joui
(f | il d’une excellente santé. Pourtant je puis assurer | L Votre Grandeur que si je manque à la besogne, la j | IL besogne ne me manque pas. Monseigneur Comboni, | | notre évêque, doit venir prochainement d'Europe, où | | l il est allé pour recruter des missionnaires et des se-
cours d'argent. Sa Grandeur est déterminée à péné-
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trer jusqu'aux limites de son immense vicariat, mais Elle veut concentrer ses forces dans l’intérieur. Gebel Nouba sera le centre de ses opérations. Nos inissionnaires de cet endroit ont déjà obtenu de ma-
unifiques résultats.
[n'y à pas de musulmans à Nouba ni dans l'in- | | térieur, de sorte que les noirs, ne subissant pas leur pernicieuse influence, sont mieux disposés à recevoir | | les lumières de l’évargile. Ts sont aussi plus simples | et biens moins vicieux que ceux de Khartoum et du Cordofan. Nous avons déjà expédié à Nouba un bon nombre d'enfants, surtout les plus âgés, et une
bonne partie de notre matériel. Khartoum et El-
Obeid seront de simples stations. Le climat de il Nouba est plus supportable que celui d'ici et du
Cordofan. Tout porte à croire que la moisson sera
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