‹ Le R.P. Bouchard, missionnaire apostolique [microforme]Chapitre 22 sur 68 · LETTRE QUE MONSEIGNEUR COMBONI ECRIVAIT UN MOIS AVANT SA MORT · texte numérisé non relu

LETTRE QUE MONSEIGNEUR COMBONI ECRIVAIT UN MOIS AVANT SA MORT

Khartoum, ‘30 août 1881.

J'aurais bien des choses À écrire sur cette mis-

sion de l'Afrique Centrale, mais je n'en aï pas le temps et je passe maintenant par de bien cruelles épreuves, Il y a quelques jours, nous avons célébré la messe et l'office des morts pour un de mes inissionnaires, Mathieu Moran, Polonnais, que J'avais moi-même élevé au sacerdoce. Le catafalque n'était pas encore enlevé, que j'apprenais la mort d’un

autre de nes missionnaires, Antonio Dabale, que

javais acheté en Orient, en 1861, et qui avait été

élève de la Propagande. Il venait de succomber aux fièvres typhoïdes dans la capitale du Kordofan. Hier matin nous célébrions encore l'office et la messe de requiem, quand une dépêche arriva, m'annonçant la mort de Sœur Maria Colpo, de mon institut de Maltes, un peu au delà du Cordofan. Elle est morte comme une sainte et comme une héroïne, s’en allant avec joie et bonheur aux noces de l’Agneau. Qu'al-

lons-nous devenir ?

Eh bien! ce matin, j'ai ordonné de laisser le catafalque dans l’église, car je m'attends à d'autres baisers venant de la main aimante de Jésus, qui montre une plus grande sagesse en nous envoyant

des croix qu'il n'en a montré en créant les cieux.

Au Cordofan, durant dix mois, j'ai dù dépenser entre quarante et cinquante francs par jour, à l'achat d'une eau le pour empêcher les gens de mourir de

soif, Cette année, pour la première fois depuis la

création du monde, après trois mois de pluie, il n'y

a pas une seule goutte d'eau dans les puits. O mon Jésus! Quelle croix pour un évêque missionnaire ! Mon doux Jésus, nous n'avons pas assez de sagesse

pour comprendre ces choses. Si nous pouvions sa-

voir pourquoi Dieu en agit ainsi avec nous! Mais nous devons le bénir et le louer, parce que tout ce

qu'il fait est véritablement bon.

Au milieu des sauvages tribus de la Nubie, qui ne

connaissent d'autres modes pour leur costume que

celle de nos premiers parents avant leur chute, j'ai

lu et médité avec un grand bonheur la vie de sainte Angèle, publiée en 1871, et je l'ai fait lire, relire et relire encore à mes religieuses qui sont dans cette mission barbare. Jamais vie de sainte ne m'a si heureusement impressionné. Quelle généreuse et sublime charité ! Et comme l’auteur fait bien ressortir cette charité ! Sainte Angèle Mérici est un sublime modèle de charité pour les sœurs de charité. Je voudrais que tous les vicaires apostoliques et tous les missionnaires pussent lire cette vie admirable, atin d'apprendre à remplir leurs cœurs de ce feu sacré dont brûlait le cœur de Sainte An-

vele Mérici…

Page 1