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quelqu'un à vu l’abbé Bouchard.—Que voulez-vous de lui ?le voici. —Et l'on me conduit au commandant qui me montre un télégramme lui disant de me faire partir immédiatement par le bateau-postal. Ce bateau-postal est tout simplement une chaloupe à vapeur très petite et très incommode ; n'im-
porte, je n'avais pas à choisir et je m'emt arquai im-
médiatement. Au moment du départ, le capitaine
me demande ; Avez-vous vos rations ?—Quelles rations ? lui dis-je — Eh bien ! des provisions de bouche ; ici chacun doit avoir ses rations.—Alors je réponds comme un homme au-dessus de ses affaires : je n’ai absolument rien. Vite l’on court dire au commandant que l'abbé n’a rien à manger pour cinq à six jours, et ce brave homme, sachant probablement que je n'appartiens pas à la famille du docteur Tanner, s'empresse de m'envoyer des rations pour sept jours. Cette importante cérémonie terminée, nous partons ; le bateau va à merveille. Vers le soir, comme javais dîné par cœur, je m'occupai de scruter les mystères de mon panier à ration : ce n'était pas précisément une corne d’abondance ; tout de même il y avait biscuits, poinmes de terre, thé, café,
sucre, une boîte de viande, d'Amérique s'il vous
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plait, et quelques oignons. L’inventaire terminé, je prends les armes. N'ayez pas peur, je suis pacifique ; je saisis un oignon d’une main, un biscuit de l’autre, et me voilà à table ; ie dévore le tout et j'arrose avec l’eau troublée du Nil. Je me disais ensuite sous forme de consolation ; mon ami, voilà un sou-
er qui ne te restera pas sur le cœur.
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Le lendemain dans l’avant-midi, nous eûmes le bonheur de rejoindre les bateliers canadiens qui, comme vous le voyez, n'avaient pas fait long de chemin pendant les six jours que j'avais passés au Caire, Inutile de vous dire qu'ils étaient contents de me voir ; plusieurs pensaient que je serais retenu par mon évêque et que je ne pourrais continuer le voyage avec eux. Quatre jours après, nous arrivions à Wadi-Halfa, et l'on nous envoyait camper à cinq milles plus loin, sur le bord du Nil, à la 2ème cataracte, qui est vraiment magnifique: Que le Nilest beau à voir, en cet endroit surtout, le soir au clair de la lune ! Maïs comme je changerais tout cela pour la paisible Rivière-Ouelle ! Le murinure de cette petite rivière en dirait plus à mon
cœur que les bruits mystérieux du Nil II y avait
trois jours que nous étions campés en cet endroit,
que nous recevions l’ordre de nous rendre quelques milles plus loin, puis arrivés là, même ordre encore
d'avancer.
Nous devions lever le camp de bon matin, afin d'être prêts quand les chameaux arriveraient, vers six heures, pour transporter les bagages. C'était le vendredi. Nous attendons au soleil brûlant, sans pouvoir trouver la moindre plante pour nous mettre à son ombre. Midi arrivé, nous dînons par cœur ; le soir pas de chameaux encore, il faut passer la nuit à la belle étoile. Le jour suivant, samedi matin, nous recevons l'ordre de partir du camp où nous n'étions pas encore rendus. Nous renvoyons le courrier avertir le commandant du camp le plus voisin, que nous étions ennuyés de la vie qu'on nous faisait. Quelques heures après, les chameaux arrivaient enfin. Voyant qu'on prenait un temps infini à charger ces affreuses bêtes et que la nuit approchait, je me décidai à partir à pied, en compagnie du brave colonel Kennedy, de Manitoba. Nous voilà en route après avoir pris des informations sur le chemin à suivre. L'on nous avait dit : marchez trois milles environ, puis tournez à droite, près
d'un village Arabe, et vous trouverez facilement le
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cxnp. J'étais sous l'impression que ce village était
le premier que nous devions rencontrer, autrement
J'aurais pris un guide, et vous allez voir que j'au-
rais bien fait. Arrivés au premier village, je m'imforme du camp, on me répond: Ana ma aref, je ne sais pas. Nous reprenons la route ou plutôt le désert, nous marchons, nous marchons et nous marehons encore et pas de camp. La nuit était devenue affreusement noire, —nous avions perdu la voie ; impossible de retourner ; nous étions égarés complètement. Le camp que nous cherchions était à environ six milles de celui que nous avions quitté ; nous avions fait au moins dix milles !
Que faire ? Aller demander l'hospitalité chez les Arabes ?—[Impossible, car ils n'aiment pas les européens. Rester dans le désert ?—La nuit était froide et nous n'avions pas de couverture. Le colonel me dit : nous allons nous enterrer dans le sable. L'idée n'aurait pas été mauvaise, n’eût été le danger d'être piqué par les scorpions. Enfin nous nous décidons à marcher tonte la nuit vers ce que nous avions réglé être le Nord. Après une marche d’une couple d'heures encore, je n’en pouvais plus de fatigue.
Pour comble de malheur, nous passions souvent
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près des villages, et les chiens faisaient un vacarme infernal, au risque d'éveiller les gens qui ne se seraient pas fait le moindre scrupule de nous assommer. Enfin nous arrivons dans un défilé où les cailloux nous brisent les pieds ; tont-à-coup, dans le lointain, nous entendons parler, crier, on aurait dit quil y avait toute une armée. Nous approchons sans bruit, et nous découvrons que c'est encore à des Arabes que nous avons affaire. Il ne fallait pas songer à aller plus loin. Nous voilà donc avec la belle perspective de passer le reste de la nuit à grelotter, avec la crainte d'être découverts et assommés. La position n'était ni brillante ni glorieuse. Ce qui m'ennuyait beaucoup, c'était de songer que le lendemain état dimanche et que je ne pourrais donner la messe à mes canadiens. Enfin, je dis au colonel : “ nous avons fait notre possible pour nous “tirer d'embarras et nous ne pouvons rien par ‘ nous-mêmes ; il faut prier. Vous êtes protestant, “ vous ne croyez pas en la puissance de la Ste “ Vierge, moi j y crois, et je vais dire un chapelet à
“ cette bonne mère.—Oh ! oui ; me répond mon “ compagnon, priez, votre prière sera peut-être en-
“ tendue. ?” Je me mis donc à réciter mon chapelet
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LE KR. P. BOUCHARD
avec toute la ferveur dont j'étais capable ; mais que de distractions ! Que de fois j'ai pensé au Canada! Je me disais : si je meurs ici, l’on ne saura Jamais au pays ce que je suis devenu. Je regrettais bien
alors de m'être engagé sans guide dans ce désert
inconnu ; et je priais Marie de me tirer de ce mauvais pas.
Quand j'eus finis mon chapelet, le bruit avait cessé ; nous étions grelottants ; je voyais l'impossibilité de passer la nuit en cet endroit; je dis au colonel :—
Si vous voulez, nous allons marcher encore un peu.
Qui sait? peut-être sommes-nous dans le voisinage
du camp de Gémai (que nous savions être à une
douzaine de milles de celui où nous voulions novs
rendre). Nous avions à peine marché un mille, qu'au
détour du défilé, nous voyons une lumière, puis une
autre, et puis un grand nombre, et nous arrivons À un camp, le camp de Gémai ! Quel bonheur ! “ Votis prière a été entendue, ” me dit le colonel Kenedy. Le camp que nous avions passé sans le voir et où étaient nos hommes, se trouvait à une dizaine de
milles plus bas. Après avoir pris un peu de repos,
Je repartis, avec un guide cette fois, pour aller dire
lea
# F— . —.— f ne ra 1!
la messe à mes canadiens, au camp de Bab-el-Kobir.
À huit heures, la messe était dite, mais je n'ai pas
un
besoin de vous dire que j'étais épuisé de fatigue. Je me reposai en racontant aux bateliers mes aventures de la nuit, et j'avais encore la parole, quand l'ordre nous arriva de plier bagage pour Gémai, où l'on
nous à laissés respirer depuis plus de treis semaines.
Il va sans dire que nous ne connaissons rien de
l'expédition, et je suis sûr que vous en savez bien
plus long que moi. Les bateliers canadiens se dis- F4 tinguent véritablement par leur bonne conduite et 4 par l'habileté qu'ils déploient pour faire remonter le 4
Nil aux bateaux : Je vous assure que ce n’est pas 1 Î
une petite affaire. Je les accompagne très souvent
à dans leurs expéditions et nous revenons le soir en '
chantant : “En roulant ma boule, roulant.” J'ai beau- 4 coup à faire : je confesse, je prèche et je dis la F4 sainte messe assez régulièrement. Jusqu'ici, notre 7 voyage à été des plus heureux, vu les circonstances à et les dangers ; nous n'avons perdu que cinq de nos :
hommes, qui se sont noyés. Sans que Je l’aie de-
mandé, l’on à augmenté mon salaire de cinquante
piastres par mois et j'ai eu le bon esprit de ne pas L
refuser, Je suis officiellement reconnu comme ca-
-Kobir.
V'ai pas oue. Je entures l'ordre où l'on
naines.
rien de ez bien se disluite et onter le est pas souvent soir ent ai beau-
dis la 1, notre astances 4 de nos l’aie denquante e ne pas
nme Ca-
pe
pitaine dans l’armée Britannique, aussi je porte lhabit mi.itaire : pantalon et gilet gris, avec boutons jaunes et quatre étoiles sur le collet. Si Jai le bonheur de retourner au pays, Je me présenterai devant vous avec mes insignes de capitaine et j’espère que vous me ferez le salut militaire. En attendant ce salut, veuillez agréer ceux de votre ami dévoué, A. BoucHaRp, Ptre,
Missionnaire Apostolique.
Ue ne fut pas sans de grandes difficultés que les bateliers parvinrent à rendre leurs embarcations Jusqu'à Gémai;ils eurent à passer une cataracte terrible. Une escouade de marins anglais campés à la tête des chutes fut émerveillée de leur audace, et Lorä Beresford avait déclaré, cinq jours auparavant, que le passage était infranchissable. (1) Ce fut sans doute dans cette circonstance qu'eut lieu l'incident suivant raconté dans une lettre du père Bouchard, adressée aux Missions catholiques et citée dans le livre de M. Gaston Labat :