‹ Le R.P. Bouchard, missionnaire apostolique [microforme]Chapitre 43 sur 68 · MATE · texte numérisé non relu

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‘“ Un jour, un brave batelier voit son bateau se briser sur une roche au milieu d’un rapide épouvantable. Prenant le seul aviron qui lui reste, il se jette au milieu du rapide en s’écriant : bonne sainte Anne des canadiens, sauvez-moi ! Après avoir passé dans des tourbillons interminables, il arriva sain et sauf sur la rive. L’aviron de la bonne sainte

Anne, dit-il, m'a sauvé la vie.

“ Quelques jours après,ce brave enfant voit un de ses Compagnons près de périr dans un rapide que lui-même venait de traverser difficilement. Comme il n'y avait pas moyen d'aller à son secours, il lui Jette son aviron et lui crie: prends l'aviron de la bonne sainte Anne et ne crains rien. En effet le

jeune homme aborda en quelques minutes.”

Alors or. décida d'apporter l'aviron miraculeux au

Canada pour le placer dans l’église de Sainte-Anne de Beaupré. Cette excellente idée ne fut cependant

pas mise à exécution.

Le 3 janvier 1885, le Père Bouchard écrit de Dal à son père, et lui dit que le détachement canadien est sur le point de partir pour retourner en Canada. L'engagemen£ n'était que pour six mois et peu son-

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geaient à en faire un second, quoiqu'on leur offrit soixante piastres par mois. “Il est probable, dit-il, que nous nous rendrons à vingt-cinq milles d'ici et ce sera notre dernière station. De Semneh à Dal, j'ai parcouru environ cent milles en bateau et rencontré d'affreux rapides. Ici, j'ai beaucoup d'cuvrage ; il me faut aller visiter, tous les jours et à cinq milles de distance, l'hôpital militaire où il y a actuellement deux cents malades.” Comme on le voit, le Révérend Père n'avait pas seulement à desservir ses canadiens, mais il exerçait aussi son ministère parmi les troupes régulières qui se trouvaient dans son voisinage. IL fit ainsi connaissance avec un grand nombre d'officiers, dont plusieurs appartenaient aux meilleures familles d'Angleterre, et avec les chapelains militaires attachés comme lui à l’ex-

pédition.

L'armée de secours était partagée en deux corps principaux : l'infanterie, qui remontait le Nil en canots, et le corps des chameliers (fe camels corps.) Les canadiens qui s'étaient rendus jusqu’à Sorkomonto, ou Bâl-Narou, à peu de distance de Dongola, partirent le 20 janvier, pour retourner au Caire.

Quatre-vingts bateliers seulement continuèrent leur

marche sur le fleuve jusqu'à Kerbeska.

Pendant ce temps, Gordon attendait à Khartoum, et l'on voit par ses dépêches quelle était la position. Le 29 février 1884, il télégraphiait : “ Peu de chances pour le mieux, beaucoup de chances pour le pire.” Le 2 mars: “ Rester ou non à Khartoum ?—Le choix n’est plus entre mes mains Vers le 30 : Nous avons des provisions pour cinq mois. L'ennemi nous assiège de toutes parts.” Il écrit à

Sir Evelyn Baring : “ Vous me demandez les causes

et les raisons de mon intention de rester à Khar:-

toum. Je reste à Khartoum parce que les Arabes nous y ont enfermés et ne veulent pas nous laisser

sortir.”

Le 19 septembre, le vapeur Abbas sort de a rade de Khartoum, portant le colonel Stewart, M. Power, du Times, M. Herbin, consul de France, plusieurs grecs et égyptiens : quarante-quatre hommes en tout. Ils descendaient le Nil pour aller à la rencontre de l'armée de secours. Mais le bateau fit naufrage en essayant de franchir les abords de la cataracte d'Abou-Hamid. Stewart, Power, Herbin ct

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Hassan Effendi gagnèrent la terre sans armes sur

l'invitation en apparence pacifique des Arabes qui

étaient sur la rive, On les fit entrer dans une mai-

son où 1ls furent immédiatement massacrés.

Le 17 novembre, Gordon fait savoir à Lord Wol-

seley, alors à Wadi-Halfa, qu'il peut tenir quarante

jours encore, Enfin le 14 décembre, il écrit : “ Tout

est fini, J'attends la catastrophe dans dix jours. 1]

w’en serait pas ainsi si l’on m'avait tenu au courant

de ce que l'on voulait faire. Mes adieux à tous.”

Le 30 décembre, la plus grande partie de l’armée l']

anglaise commandée par Wolseley était rassemblée

à Korti. Ce jour-là, le général Herbert Stewart se

rend, avec 2099 chameaux, de Korti aux puits de

Gakdoul et fait le trajet en 46 heures 50 minutes :

après avoir laissé une escorte pour garder les puits,

il retourne à Korti chercher le reste des troupes ct

il est üe nouveau à Kakdoul le 12 janvier. Il se

net en marche avec sa petite armée, et le 17 il livre

aux Arabes la sanglante bataille d'Abou-Kléa. La

victoire fut chèrement payée. Sur un effectif de

1800 hommes, les anglais perdaient 9 officiers et 65

soldats ; il y eut 85 blessés. 1100 mahdistes étaient

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couchés sans vie devant le carré. (1) “Si cette vail-

lante escouade se fut augmentée des 3000 hommes qui poursuivaient leur route en remontant le Nil, la marche vers Khartoum n'eût été qu'une promenade. Le 19, nouveau combat près de Metammeh.. Le 2', les Anglais trouvent quatre petits vapeurs ancrés à l'abri d'une ile ; il étaient là depuis quelques semaines, envoyés par Gordon pour attendre l'armée de secours... Le 24, Sir Charles Wilson remonte le fleuve avec vingt soldats européens à son bord... Le 27, on lui crie du rivage que Khartoum est tomté et que Gordon a péri... Wilson poursuit

sa route jusqu'à ce que ses navires soient «devenus une cible pour les canons d'Omdournan et de Khartoum... il ne vire pas de bord avant de n’avoir plus de doute sur la mort du général. Descendant à toute vapeur, il mouille à Tamanieh, où wn messager vient lui dire que, pendant la nuit du 26

janvier, les mahdistes ont pénétré dans la ville par

1. Québec avait un digne représentant à cette bataille, le capitaine Wilson (aujourd'hui lieutenant colonel) de la Batterie A, qui s'était rendu en Egypte dèé le commencement de la guerre et s'était mis à la &isposition du général Wolseley, Il faisait partie du

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suite de I: trahison de Farag-Pacha. Gordon a été tué, Le lendemain, le prophète à fait son entrée après... avoir octroyé à ses guerriers trois jours de

pillage.” (1)

D'après le rapport du major Kitchener, le massacre dura environ six heures et coûta la vie À au moins 4000 personnes. Le P. Luigi Bonomi qui, comme nous l'avons vu plus haut, était au nombre des prisonniers du Mahdi, raconte de la même mauière la prise de Khartoum qui aurait été livrée

“par un commandant supérieur de la garnison

égyptienne.” (2) Il ajoute que des témoins de cette

borrible journée estimaient à 20,000 le nombre des victimes. “La chute de Khartoum, dit-il, eut pour conséquence la retraite des Anglais...ce fut une

suprême déception pour ceux qui avaient mis leur

1 Dans les ténèbres de l'Afrique par H. M. Stanley,

2 Il semble que le Mahdi, sûr deson affaire, attendait que les Anglais fussent à doux pas de la ville pour y faire son entrée triomphale. T'expédition qui avait coûté des millions de louis sterling fut inutile; elle servit tout au plus à prouver qu'avec du temps,unue armée pourraitsuivre la voie du Nil pour reconquérir les provinces perdues. Et c’est ce qui se fait en ce moment.

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espoir dans cette dernière citadelle de la civilisation

et de la liberté au Soudan.”

Le retour des canadiens au Caire fut comme un agréable promenade, mais ils eurent le malheur de perdre deux des leurs, qui se tuèrent en tombant du chemin de fer. Six s'étaient noyés dans les rapides, deux étaient morts des fièvres et un de la petite

vérole. Onze morts en tout.

Le 13 février, le R. P. Bouchard écrit à son père

qu'il est rendu au Caire où il à appris le massacre des trois mille chrétiens de Khartoum, en même temps que la chute de la ville, tomlée entre les mains du Mahdi. Il croit que tout est à recommencer, et pour lui il ne voit aucune possibilité de retourner dans le Soudan, où toutes les missions catholiques

sont anéanties.

Autre lettre du 24 février : “Quelques lignes pour vous apprendre une nouvelle qui, je crois, ne vous sera pas désagréable: c’est que je vais me mettre en route, un de ces jours, pour le Canada. Le gouvernement anglais me donne mon passage, et en première classe bien entendu, du Caire à Québec,

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perds la chance d'aller à Jérusalem (1), mais chose remise n'est pas perdue. Qui sait si je ne ferai pas encore trois ou quatre expéditions avant de mourir ?.,,.Les anglais ici parlent de s'organiser pour essayer encore de prendre Khartoum, mais à l'automne seulement. On veut traverser le désert de Souakim à Berber, ce qui est tout simplement impossible si l’on ne construit pas un chemin de fer. Une armée mettra trente jours à franchir cette solitude, où l’on ne trouve de l’eau, et en très petite quantité, qu'à deux ou trois endroits. Coniment pourra-t-on transporter assez d'eau pour abreuver trois mille hommes ? Et les chevaux et les ânes ? Il faudra aussi leur donner à boire, tout aussi bien qu'aux chameaux, qui boivent rarement sans doute, mais qui, lorsqu'ils se mettent en frais, font les choses s ‘rieusement. Hier, je suis allé au quartier général anglais et l’un des officiers m'a dit: Monsieur l'abbé, si le gouvernement britannique vous

demandait pour accompagner l'expédition du Sou-

1. Dans une lettre précédente, il parle de ce voyage qu'il avait décidé de faire; il pensait passer la semaine sainte à Jérusalem, et ensuite gagner l'Italie, la France, l'Angleterre et le Canada, où il espérait arriver à la fin d'avril.

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