LETTRE DU 10 JUIN
......Mon bras s'en va un peu chaque jour, c'est à peine si je puis dire la messe,et j'éprouve des ‘douleurs atroces. J'ai la fièvre six jours par semaine et je me traîne misérablement. Le docteur Lota me dit toujours d'espérer, mais je vois qu'il n'a plus d’espoir lui-même; car il se contente de me dire de laisser opérer la nature. Je comprends et je me prépare en conséquence, Tout de même je travaillerai jusqu’au
bout, car il y a tant d'ouvrage à faire ici !
Au point de vue spirituel, ma paroisse est loin d'être modèle. Sur 1200 communiants, 153 seulement ont fait leurs pâques. Mon sacristain lui-même, un beau nègre peu intelligent mais menteur, a trouvé bon d’attendre à l’année prochaine afin de se mieux préparer, ce qu'il fait consciencieusement depuis vingt ans au moins. Moi j'ai trouvé bon de le mettre
à la porte ; chacun son goût.
Je n'ose vous demander de venir pour le mois
de juillet, car c’est la saison la plus dangereuse pour
les étrangers ; venez au mois de février. Si, dans ce temps, je suis encore de ce monde, inutile de vous
dire que cette visite sera un des plus grands bon-
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heurs de ma vie ; si Je n'y suis plus, vous viendrez prier su: n.a tombe. .., J'ai tout arrangé pour ma sépulture, N'allez Pas croire que je suis triste comme un bonnet de nuit. Je vois arriver sans crainte le Jour de la délivrance...