‹ Le R. P. Félix de la Compagnie de Jésus [microform]Chapitre 3 sur 23 · LE PERE FELIX A PARIS · texte numérisé non relu

LE PERE FELIX A PARIS

Le Père Félix avait quarante et un ans quand il arriva à Paris. Il débuta par la station de FAvent à Saint-Thomas d'Aquin, en 1851. Son succès fut grand et surtout apostolique. Le Carême qu'il prêcha en 1852, à Saint-Germaindes Prés (1) et l'Avent de Saint- Sulpice, la même année, établirent la réputation de l'élo-

(1) Le Père Louis Marquet, de douce mémoire, prêchait cette année le Carême à Saint-Sulpice. Il aimait à raconter qu'un jour, étonné de ne pas voir le bedeau se présenter à l'heure du sermon pour le conduire en chaire, il alla le trouver et lui dit d'un ton un peu vif : « l'heure est sonnée : qu'attendez -tous? »

Le bedeau répondit majestueusement :

« Monsieur l'abbé nous attendons l'auditoire, je me « suis laissé dire que vous avez là-bas, à Saint-Germain- « des Prés, un monsieur Félix qui vous fait une rude « concurrence. »

quent religieux. Aussi personne ne fut surpris quand Monseigneur Sibour, archevêque de Paris, désigna le Père Félix pour succéder à la fois au Père Lacordaire et au Père de Ravignan dans la chaire de Notre-Dame. Il y monta en 1853 (1).

Il parla la première année sur les grandes erreurs du siècle.

Le Christianisme est charité; le Sacrifice^ furent la matière de ses conférences en 18S4 et en 1855. Enfin, sûr de son auditoire, il aborda en 1856, la question du Progrès (2

(1) Le Père Félix compta à peine trois cents auditeurs à sa première conférence. Je leur parlait, disait-il plus tard, « avec le feu que j'aurais mis à mon sermon s'ils « avaient été trois mille.

La conférence terminée, Monseigneur Sibour se leva et dit : « Si nous avions pu avoir quelques inquiétudes, le « discours que nous venons d'entendre nous eût complè- « tement rassuré. Nous espérons que Dieu aidant et que « le temps devenant plus clément, l'auditoire grandira de « plus en plus. » Et sans s'arrêter, il entonna l'Adjutorium nostrum in nomine Domini, et bénit l'assistance.

(2) Les conférences des années 1853-1855 n'ont pas été imprimées. UAmi de la Religion 1853, tome eux, pages 457, 543, 626, 684, *785, tome clx, page 91, en a

Le choix du sujet était un coup de maître (1), le Père Félix avait trouvé sa voie, il y marchera désormais à pas de géant.

Nous n'analyserons pas les dix-huit volumes sur le progrès par le christianisme. Ils sont dans toutes les mains. D'ailleurs, comme l'a dit magistralement un publiciste, écrivain aussi distingué que critique compétent (2), il n'est pas facile d'extraire des pages des confé-

donné des comptes rendus développés et qui sont signés : l'abbé Langerie.

(1) Monseigneur Sibour, auquel le Père Félix, avait sonnais son idée et le plan de ses conférences, ne les accueillit d'abord qu'avec une certaine réserve. Découragé, le Père Félix avait renoncé à sa thèse dont le trait caractérisque était pourtant Tâ-propos quand un de ses amis, chrétien convaincu et homme aux grandes idées, M. de la Baume, lui conseilla de retourner chez l'Archevêque. Le Père Félix le fit et prouva si victorieusement l'actualité et la nécessité du sujet, que Monseigneur Sibour lui dit :

« Allez, mon Père, je vous bénis vous et votre sujet. »

(2) Le Père Cornut. Etudes religieuses, philosophiques et littéraires, par des Pères de la Compagnie de Jésus, vingt -huitième année, tome liv de la collection. Août 1891, page 591-616. L'article intitulé : le Révérend Père i^éZxa?, est rétude la plus complète et la plus éloquente qui ait paru sur le Père Félix.

rences du Père Félix parce que, à la façon des grands maîtres du dix-septième siècle, il vaut par l'ensemble et le fond.

L'auditoire de Notre-Dame fut constamment fidèle et sympathique au Père Félix; ni avant, ni après, il ne fut plus nombreux et plus brillant. On voyait autour de sa chaire les principales illustrations politiques, littéraires ou savantes de l'Empire ; tous, croyants et incrédules, emportaient en se retirant une impression profonde; beaucoup, une vénération naguère inconnue pour Jésus-Christ, pour l'Église et pour l'apôtre qui en parlait avec tant de conviction.

Nous ne citerons ici qu'un seul témoignage — mais il sera péremptoire — du bien fait par ses conférences. Des Iles, le P. Jardinier lui écrivait :

« Montagnes d'Argent, Guyane française.

« 5 décembre 1860. »

« Mon Révérend et Vénéré Père, « Voilà plus de deux ans que je résiste à la

« bonne pensée qui me presse de vous remer- « cier.

« Depuis six mois, ce n'est plus seulement « une pensée, c'est un remords. Depuis quatre « ans que je suis à la Guyane, j'ai lu vos confé- « rences avec bonheur et utilité. .

« J'avais à vous remercier aussi, mon Révé- « rend Père, du bien qu'avaient fait à nos chers « transportés vos conférences de cette année, « surtout la première. Je la donnai à lire, et « et je la lus aux plus intelligents de nos repris « de justice; j'en fis faire des extraits sous mes « yeux pour les prêter. Un de ceux qui la « copiaient m'amusait beaucoup par ses excla- « mations convaincues et spontanées : Oh ! que « c'est vrai! C'est bien mon histoire! Oh ! que « c'est beau ! que c'est beau ! Mais où donc a-t-il « appris cela? Oh! que je voudrais bien voir cet « hommé-là... Si j'avais lu cela il y a dix ans « avant, je ne serais pas ici... Est-ce que vous « permettez, mon Père, que j'en prenne le dou- « ble pour lire dans ma case. . . tout le monde « écoutera. — Oui, oui, volontiers, prétez-le à « d'autres, et il copia : Conférence première :

« L'iiointiie qui n'a pas de foyer, presque « toujours est uu homme dangereux, il se sent « seul, et facilement il prend en haine la « société qu'il accuse de son isolement. Rien « ne le rattache à sa patrie. . . il n'y a plus pour « lui que le jour qui passe. Si le malheur vient « à le toucher, etc.. Au contraire, l'homme de « la famille tient à la société par... etc.

« Les enfants de Paris qui, hélas' foisonnent « parmi les repris de justice, eurent plaisir à « se reconnaître dans le portrait que vous en « faites.»

Mais le triomphe du Père Félix, c'était la retraite pascale qui, chaque année, couronne les prédications de Notre-Dame. (1) Jamais l'apôtre n'était plus puissant, plus maître de lui, de son sujet, de son auditoire que dans ces saints exercices. Là vraiment, c'était le pêcheur d'âmes. Avec quelle autorité il lançait sa parole! comme il dominait ! comme il captivait et disciplinait cette multitude! Le Père Lacordaire

(1) Voir l'origine et les consolants résultats de ces retraites fondées par le Père de Ravignan dans la Vie du Père de Ravignan^ par le Père de Pontlevoy,

rébranlait et la foudroyait ; le Père de Ravignan la relevait et la convainquait. Le premier était si j'ose ainsi parler, l'apôtre du Credo, le second, l'apôtre du Confiteor, le Père Félix était l'apôtre de VEcce Agnus Dei.

Les trois archevêques qui se succédèrent sur le siège de Paris honorèrent le Père Félix de leur conâance et de leur vénération. Son Éminence le Cardinal Morlot voyait dans l'orateur un Père plus encore que l'apologiste deNotre- Dame. En 1864, Monseigneur Darboy qui assistait pour la première fois comme archevêque de Paris aux conférences du Père Félix, fut frappédela façon dont l'orateur vengeait Notre- Seigneur Jésus-Christ des dédains et des impuissances de la critique contemporaine.

On était au lendemain de la publication de la vie de Jésus par Renan, et sous l'impression du magnifique mandement de Carême de l'Archevêque. Le prélat prit la parole au milieu du silence de l'immense assemblée qui l'entendait pour la première fois (1).

(1) L'archevêque de Paris témoigna en bien des occasions sa sympathie pour la personne du Père Félix. Une

« Ce que je viens d'entendre, s'écria-t-il, et ce que je vois, me touche et m'émeut.

« C'est la première fois que j'ai Thonneur de « présider cette grave et religieuse assemblée, « et je me sens pressé d'exprimer en peu de « mots ce que j 'éprouve. Permettez-moi donc « de féliciter le diocèse de Paris qui peut vous « montrer avec un juste orgueil aux amis et « aux ennemis de la foi catholique. Ce que vous « faites ici depuis trente ans est d'une grande « efflcacité. La France et le monde ne l'appren- « nent ni sans intérêt ni sans profit. Le jour où « deux ou trois mille hommes d'élite ont voulu « se ranger autour de cette chaire et s'asseoir « publiquement à cette table sainte, le dix- « huitième siècle a véritablement flni, le respect <( humain a été vaincu dans Paris et discrédité « partout. La foi de toutes les provinces de

dame consultait un jour Monseigneur Darboy au sujet d'une décison de conscience que lui avait donnée le conférencier de Notre-Dame.

« Suivez les avis du Père Félix, » lui répondit l'archevêque, a je l'estime et le vénère. Il ne le voit peut-être pas, mais cela est. C'est un homme qui comprend les choses •»

« France a salué le drapeau catholique si flère- « ment dressé par vos aînés sur les tours de « Notre-Dame. .

« J'applaudis à l'éminent conférencier qui « continue les traditions d'éloquence simagni- (. fîquement inaugurées ici, il y a trente ;ans, « et qui montre ainsi la vitalité de notre minis- « tère ecclésiastique, où se vérifie toujours le « mot du poète: <iunoavulso,non defi,citalter. c( Messieurs, le vaillant offlcier qui tombe « aux premiers rangs sur un champ de bataille, « est aussitôt remplacé par un capitaine qui « n' est pas moins expérimenté ni moins brave » . c( Eh bien ! puisque ces images guerrières se « présentent, que votre parole, mon père, soit « un glaive de feu. Qu'elle traîne après elle cet « incendie que Jésus-Christ est venu allumer a dans le monde, qui réchauffe les âmes et « leur inspire le généreux amour de Dieu et du « prochain. »

Les conférences ne suffisaient pas au zèle dévorant du Pèr^ Félix. Tout en prêchant le Carême à Notre-Dame, il prêchait l'Avent et prononçait des discours de circonstance dans

toutes les grandes villes de France et même de l'étranger.

Poitiers (1) , Nîmes, Nancy , Montpellier, Lyon , Bordeaux, Grenoble, Marseille, Strasbourg, Colmar, Mulhouse, l'entendirent tour à tour.

A Nîmes, le Père Félix rencontra Reboul, le grand poète chrétien de notre époque. Ils se lièrent d'une amitié qui triompha de la séparation et du temps. Nous nous faisons un bonheur de citer l'exquise poésie dédiée au Père Félix :

Pour l'œil qui saurait voir à travers le mystère, L'esprit aurait aussi sa loi d'hérédité :

Lacordaire au tombeau vous a légué sa chaire, Pour qu'elle ne perdît rien de sa majesté.

Avec une splendeur qui s'ignore elle-même, Et fait tout remonter à la gloire suprême,

(1) Le Père Félix, écrivait Monseigneur Pie à l'abbé de Solesmes, nous prêche une bonne station. Je crois que comme Rebecca, il assaisonne les mets au goût de Jacob. Sicut eum. velle nove^'Cti. Toujours est-il qu'il me satisfait pleinement. Il a fait un discours sur le pseudochristianisme comme nouvelle phase succédant à l'antichristianisme : il était en plein dans nos thèses. Vie de Mgr Pie, page 619.

Contre les ravageurs issus de Julien, Votre Verbe du Christ a défendu la terre

Et refoulé l'esprit payen Dans la nuit de son vieux cratère ; Pour vous remercier... comme je. puis le faire, Daignez recevoir, ô mon père, ■ ,■

L'hommage du poète et surtout du chrétien

J. Reboul.

« Nîmes, veille de Noël 1861. »

L'Alsace, aux mœurs simples et cordiales, sut apprécier tout particulièrement l'aménité et la candeur du Père Félix. Monsieu?' le chanoine Guerber, député au Parlement et supérieur des Sœurs de la charité, à Strasbourg, veut bien nous, écrire : « Un souvenir m'est resté du « Père Félix, qui dînait un jour chez nous à oSaint-Georges.Loyson était au pinacle. J'avoue « que l'enthousiasme fleuri et plantureux qu'il « mettait dans ses sermons me plaisait. Comme « futur/?«?r2«r(?Ae, il puisait de préférence dans « l'ancien Testament. On en parla à dîner.

« Le Père Félix crut devoir dire qu'un des « auditeurs du Père Hyacinthe lui disait : Je « ne sais, il y a quelque chose de sensuel dans

« son éloquence. Je pris cela mal, pensant, à « part moi : voilà le Jésuite qui en a au Garme. « Depuis, j'ai dû répéter bien des fois : Etpour- « tant le Jésuite avait raison (i).

« Je lui entendis à cette époque-là, faire à la o cathédrale un sermon sur la divinité de Jésus-

(I) Le Père Félix témoigna toujours un intérêt et un dévouement fraternels à celui qui avait été pendant trois ans son auxiliaire dans la chaire de Notre-Dame pour l'Avent. La lettre suivante en est, hélas, la preuve douloureuse :

« Mon Révérend Père,

« Vous me permettrez de vous dire combien j^ai été B touché du souvenir que vous avez bien voulu m'envoyer a de Rennes le premier dimanche de l'Avent, et des o prières que vous avez eu la charité d'adresser à Notre- « Seigneur, à mon intention, dans ce début de ma redou- « table mission. J'avais beaucoup regretté de ne pas vous V rencontrer à la rue de Sèvres, J'aurais voulu causer « avec vous de beaucoup de choses, vous communiquer « mes impressions et prendre des conseils de votre expé- « rience pour cette chaire de Notre-Dame où vous « remplissez un apostolat si élevé, si fécond et qui est « loin de toucher à sa fin. Choisi pour y devenir votre « humble auxiliaire, je serai heureux d'j marcher sur vos « traces et d'y travailler avec vous dans un même esprit « et un même cœur.

n Veuillez agréer, mon Révérend Père, l'hommage des

« Christ, roulant sur ce texte : Elegit ea quse « non sunt ut ea quse sunt destrueret^ sermon « qui était un livre complet à mailles serrées, « d'où l'adversaire ne pouvait s'échapper.

« C'était presque trop complet.

« A ce propos Philippe Deys, votre compa- « triote, me dit un jour dans son gracieux « patois de Haguenau : Wemmer dé?ine Pater « hort mûess mer saouè : SHsch guet so, recht « sov; aver mer het nix mé derz'ûe ze denke, « Ich hab die Predige gern die aine denke (( mâche. Quand on entend le Père, on est obligé « de dire, c'est bien, c'est juste comme cela ; « mais il ne vous reste rien à penser. J'aime « les hommes qui nous font penser. »

Si nous voulions énumérer les retraites, les triduums, les sermons isolés, c'est toute la

« sentiments respectueux et dévoués dans lesquels j'ai a l'honneur d'être en Notre-Seigneur

« Votre très humble et obéissant serviteur

a P. Hyacinthe deTImm. Conc. »

o Carme déch. »

« Passy-lès-Paris,le 13 décembi'e 1864,fête de sainte Lucie »

Comment en un plomb vil, l'or pur s'est- il changé?. . i

carte de France qu'il faudrait parcourir. Les Conférences de Saint- Vincent de Paul, les Refuges, les Petites Sœurs des pauvres.FŒuvre des campagnes, toutes les Œuvres de charité sollicitèrent et obtinrent l'appui de sa parole dans les cliaires de Paris (1) et dans la plupart de nos grandes villes. La magnifique oeuvre des Auxiliatnces du Purgatoire reçut de lui, dans un de ses plus beaux

(1) En 1861, le Père Félix prêchait à Saint-Roch un sermon de cliarité, le jour même où le Père Lacordaire prononçait son discours de réception à l'Académie.

Il envoya du haut de la chaire l'expression de sa fraternelle admiration â son illustre prédécesseur de Notre- Dame.

Le Père Lacordaire l'en remercia dans une lettre que nous sommes heureux de reproduire :

« Sorrèze, le 30 Août 1861.

Mon très Révérend Père,

« Ce n'est que bien tard et par accident que j'ai connu « les paroles que vous prononciez dans la chaire de « Saint-Roch, le jour même de ma réception à l'Académie « française. Si elles m'étaientparvenuesplus tôt, je vous « en aurais remercié immédiatement, comme d'un acte de « fraternité affectueuse à laquelle je n'avais aucun droit « de votre part. Bien que le temps ait coulé sur ce sou- « venir et que vous l'ayez peut-être oublié, il est tout a jeune pour moi, et je vous prie, mon très Révérend

discours (l),.la consécration de l'éloquence et l'autorité de la bénédiction apostolique.

« Père, de croire que j'en suis bien sincèrement touché. a Veuillez agréer ce petit mot de gratitude d'un de « vos frères dans la milice religieuse, ainsi que l'hom- « mage des sentiments respectueux avec lesquels je suis, «.mon très Révérend Père : :

« Votre très humble et très obéissant serviteur.

« H. Henri-Dominique Lacordaire, a des Fr. Prêcheurs. »

L'année suivante, monsieur de Montalembert écrivait au Père Félix :

« Mon Révérend Père,

« Les paroles si nobles et si touchantes que vous avez « consacrées à la mémoire du Père Lacordaire, en « terminant votre première conférence de cette année, « m'encouragent à prendre la liberté de vous offrir un « exemplaire de la notice que je viens de publier sur sa « vie.

« Veuillez agréer cet hommage comme une marque de « la respectueuse sympathie avec laquelle j'ai l'honneur « d'être, mon Révérend Père, votre très humble et très « obligé serviteur.

« Le Comte de Montalembert. »

« Ce 8 avril 1862. »

{{) Les Morts souffrants et délaissés.

Le collège de Vannes l'entendit en 1856, prononcer, à l'occasion de la distribution des prix, son discours sur le Travail^ loi de la vie et de l'éducation, discours traduit en allemand et en italien. (1) La mort du Prince Czartoryski lui inspira un éloge funèbre, digne de la chrétienne vénération que lui portait l'illustre défunt. (2) La Carmélite discours

(1) Père Sommervogel, iv. 6. A la Mémoire du Père Félix,

(2) Le Prince Adam Czartoryski, par le Père Félix. Paris Dillet. — Lettre du Prince Czartoryski au Rév. Père Félix :

« Je ne pouvais douter de la part que vous voulez bien « prendre à ma grande affliction; laissez-moi cependant « vous remercier du plus profond de mon cœur pour votre tt lettre si touchante et si consolante, et surtout d'avoir « prié pour ma pauvre femme. Vous avez fait ce qu'elle « m'a demandé instamment à son dernier moment. La « seule consolation que j''ai, c'est sa mort qui a été si belle « et si édifiante.

« C'est la seconde fois qu'en si peu de temps, il a plu « à Dieu de nous éprouver si douloureusement. Je ne « parle pas des désastres de mon malheureux pays. Je me rt répète, mais c'est peut-être de l'orgueil, que la Provi- » dence éprouve ceux qu'elle aime.

« Priez, mon Père, pour elle, priez aussi pour moi» « comme ^e prie Dieu de me donner de la force et du

prononcé pour une prise d'habit au Carmel (1) , lui valut de la part du comte Charles de Montalembert des lignes qui sont tout à la fois le plus bel éloge de l'orateur et de l'écrivain :

« La Roehe-en-Breny (Côte-d'or, ce 4 Octobre 1864)

... « Mais je n'aurais peut-être pas songé à « vous féliciter. Mon Révérend Père, de vos « succès à Malines, si je n'avais à vous remer- « cier des larmes douces et salutaires que vous « m'avez fait verser par le discours inséré dans « la Revue d'Économie chrétienne et intitulé : « Qu'est-ce que le Carmel ? Vous ignorez peut- '< être qu'une fllle qui avait été, depuis la fin « de ma carrière publique, la compagne et la « consolation de ma retraite, s'est tout à coup y décidée, il y a un an, à prendre le voile et m'a

« courage et surtout qu'il me fasse la grâce de mourir « comme ma femme chérie est morte,

a Veuillez, mon Révérend Père, agréer l'expression de « mon respectueux dévouement.

o CZARTORYSKT . »

(l) La Carmélite, Paris, librairie Dillet, 1864.

« ainsi révélé, par un coup aussi imprévu que o profond, la poignante réalité des sacrifices dont je n'avais entrevu que l'image à travers « leslivresetl'histoire.Sans l'avoir jamais çon- « nue, vous avez tracé son portrait (pages 283 c< et 298) et raconté son histoire avec une «'exactitude saisissante. Mais surtout vous avez répandu sur l'utilité, la grandeur et la « beauté des vocations comme la sienne, une c( lumière à la fois si éclatante et si consolante, « que j'en suis demeuré tout ébloui et ranimé. « Agréez donc la tendre et respectueuse « reconnaissance de votre très dévoué et très « obligé serviteur.

« Le Comte de Montalembert. »

Tous ces grands labeurs n'empêchaient pas le Père Félix de suivre les événements contemporains "avec toute l'autorité de son talent et de son influence.

. En 1862, la réception de Littré fournit à Monseigneur Dupanloup l'occasion d'affirmer sa foi et son dévouement à l'Église. Il se retira solennellement de l'Académie qui venait de se

déshonorer aux yeux du monde savant et chrétien. Tous les cœurs catholiques applaudirent à cet acte magnanime.

Le Père Félix fut des premiers à en témoigner sa reconnaissance et son admiration à l'illustre Prélat (1).

Le premier Congrès de Malines, en' 1863, avait jeté l'inquiétude dans les cœurs catholiques. L'annonce d'un second pour 1864 augmenta encore l'anxiété des fidèles. Les organisateurs du Congrès invitèrent le Père Félix à y; assister et à y prendre la part qui revenait à son éloquence et à son autorité.

Toujours obéissant, l'humble religieux en référa au Très Révérend Père Becks, général de la Compagnie de Jésus.

L'autorisation de prendre part au Congrès fut d'abord refusée, puis accordée aux pressantes sollicitations des Pères de Belgique.

L'histoire a dit que la présence du Père Félix, fut une consolation pour l'Eglise et une gloire

(1) Père Sommervogel 1, 1 . H Athéisme à la ■porte de V Académie, dans les E^iwdes, 1863, page 505 â524. Postcriptum bibliographique, page 669 â 73.

V Athéisme à lapor te de Z'AcacZemie. Douniol, 1863.

toute purepour lui-même. La brillante improvisation sur les trois formules de saint Augustin^ lors de la dernière séance du Congrès , le magistral discours sur les trois phases de l'Église (/) prononcé le lendemain dans l'Église de St-Rambaud, furent l'Arche sainte sur laquelle s'embrassèrent tous les esprits et tous les cœurs. Ce fut un concert de félicitations, concert dans lequel se rencontrèrent Monseigneur Pie, l'abbé de Solesmes, Louis Veuillot, le Comte de Montalembert, l'abbé Perreyve, de Carné, Jules Wallon, Auguste Cochin, le Père Gratry, le comte de B'alloux. Leurs lettres que nous avons sous les yeux en font foi.

En 1864 parut un livre, le fruit le plus creux et le plus empoisonné du naturalisme moderne, livre dont la tolérance, pour ne rien dire de plus, fut le plus grand scandale du régime impérial : la Vie de Jésus par Renan (2). Tout

(1) Père Sommervogel, V, 14. Les trois phases de la vie de VEglisejàsmis les jEittrfes, 1864.t.V, pages 249 â 81. Paris, Douniol, 1864. Traduit de rallemànd. Les trois formules de saint Augustin et les trois phases de l'Église. Paris, DiUet, 1865.

(2) Le Père Félix disait dans l'intimité : « Renan s'est

l'épiscopat français s'émut et prononça l'anathème.

L'orateur de Notre-Dame écrasa du haut de la chaire le Judas moderne, sans lui faire l'honneur de prononcer son nom, sans même citer une seule fois son livre. Il ne se contenta pas de cette première victoire. L'écrivain succéda au prédicateur. Quelques mots sur le livre de la vie de Jésus par M. Renan et la Lettre au RévérendPèreMeî'tiane'dreniuiireteiïiissement immense et arrachèrent une explosion unanime de soulagement à la conscience publique (1).

Tant de services rendus à la vérité et à l'Église entouraient le nom du Père Félix d'une auréole d'autant plus belle que son humilité la portait sans s'en douter. D'un abord facile, d'un caractère aimable, d'un esprit gai s'échap-

« suicidé. Après avoir donné un soufflet à Notre-Sei- « gneur Jésus-Christ, que peut-il faire de pis. Il s'est « condamné à l'impuissance ignomineuse des réprouvés » (1) Lettre au Révérend Père Mertian, directeur desÉtudes Religieuses . 4™« édition, Paris. Douniol 1863. Quelques mots sur le livre de la vie de Jésus, dans les Études 1865, p. 681 à 'Ï22.

pant directement en saillies fines (1) ou en beaux aperçus, ce grand religieux était suiitout encourageant . Si l'on pouvait reprocher quelque chose à son appréciation, c'est sa bienveillance excessive; mais elle était si sincère !

Pourvu que l'œuvre fût orthodoxe, l'intention honnête et le bon sens respecté, il était content. Son indulgence alla jusqu'à ne combattre jamais les ennemis de la foi ou des bonnes mœurs qu'après les avoir comblés d'éloges.

Il le montra bien dans ses rapports avec M. Cousin. Le célèbre professeur et académicien avait pour le Père Félix une confiance qu'attestent les nombreuses lettres qu'il lui a adressées. Nous avons trouvé dans les papiers du Père Félix une note rédigée de sa main et qui rendait compte d'une longue conversation qu'il avait eue avec M. Cousin.

Paroles de M. Cousin, recueillies d'après un entretien du 10 mai 1856 par le Père Félix .

« J'ai pour le christianisme une tendre affection :

Tout ce qui est contre le christianisme est

(1) Pc>re Cornut : Etudes religieuses, Loc, cit.

contre rhumanité en tout ordre de choses ; voilà ma thèse ; je la défendrai jusqu'à la mort.

« Si l'on me disait : vous parlez admirablement du christianisme, après tout vous ne voyez là rien de divin... je monterais à l'échafaud plutôt que de dire : il n'y a là rien de divin.

« J'ai fait de la philosophie, je n'ai pas à « parler en théologien : J'écris pour un monde « particulier... Je m'adresse à des pestiférés; « je me mets en face d'eux, et je me dis :

« voilà mes pestiférés, que faut-il leur dire?.. « Vous mon père, vous allez plus loin ; moi je « demeure dans mon rôle....

« Il y a en ce moment, derrière nous, un « monde redoutable qui nous pousse; si vous « étiez jeune, mon Père, je ne vous dirais pas « cela; je craindrais de troubler votre cœur.

« Je leur dis souvent : que prétendez-vous ?

« vous en voulez au catholicisme; voulez- vous « être protestants? Non, alors vous en voulez « au christianisme lui-même ! vous en voulez t' à l'humanité.

« J'aime dans un auditoire de nos Églises, à « me confondre dans la foule. C'est là que je

-soft jouis de tout l'effet que produit sur moi la « majesté de ces cathédrales. '

«X Lorsque je voyageais en Allemagne, j'ai- « mais à trouver une église catholique... là je « pouvais aller entendre la parole; une parole « qui retentit pour tous !.. .

« Et je me disais en me sentant seul dans la « foule : si j'ai besoin pour moi d'une parole « appropriée, je puis trouver là un ami qui « entrera dans mes secrets et mes douleurs ; «je n'ai qu'à entrer au confessionnal. . . »

Le livre Dm Frai^ du Beau^ du Bien venait de paraître. Monseigneur Pie le déféra à la Congrégation de l'Index. L'écrivain eut recours à l'amitié du Père Félix. Celui-ci intervint avec un dévouement que prouve sa volumineuse correspondance avec le PèrePerrone et le Père Rubillon, et que ne purent lasser ni les atermoiements, ni les palinodies du vaniteux académicien .

Le Père Rubillon écrivait au Père Félix :

« Mon Révérend Père, « Pardon de revenir encore à la charge sur

(( la question traitée dans ma lettre du 8 mars.

« Le Cardinal Préfet insiste, on ne veut plus « attendre ; je ne suis que le secrétaire da Père « Perrone dans cette afiaire. Le 8 mars, j'étais « chargé de demander un oui ou un non.

« Datur médium : depuis trois ans, on ne, dit « ni oui ni non. Eh bien, les conditions pro- « posées, sont elles acceptées ? Si l'on dit oui, « c'est bien; si on ne dit pas owz, cela suffît; « il n'est pas nécessaire de savoir si on répond « à ces conditions par un non bien prononcé.

« Je m'arrête à ces quelques lignes, parce « que vous êtes très pressé, mon bon Père, et « que j'ai moi-même fort peu de temps, et je « suis en union de vos saints sacrifices,

'( Servus in X° »

« A. RUBILLON. 9

M. Cousm n'eut pas la courageuse noblesse de dire oui. La condamnation paraissait imminente; le décret de l'Inquisition était prêt. Pie IX intervint et arrêta tout. L'angpélique magnanimité du grand Pontife fut récom-

pensée. Deux ans plus tard, M. Cousin écrivait au Père Félix :

« Sorbonne, lo août 1860.

« Mon Révérend Père,

« Peut-être n'avez- vous pas oublié qu'il y a environ deux années vous m'avez communiqué une note du Père Perrone, dans laquelle, au nom de la congrégation de l'Index, « on me demandait si je voulais éviter la pu- « blique condamnation de mon livre Du Vrai, c< du Beau et du Bien, par un certain nombre c< de corrections dans une édition nouvelle. Je « crus alors, pour divers motifs^ ne pouvoir c pas acquiescer à cette demande, et en con- « séquence, le décret de la congrégation de « l'Index allait paraître sans l'indulgente « intervention du Saint-Père.

« Aujourd'hui les temps sont changés et la « parole de celui qui a été si bon, si paternel « pour moi, a aussi changé mes. dispositions « et je lui veux donner une marque de ma « filiale condescendance, a Je publie en ce moment une nouvelle édi-

c( tion^ la huitième, de cet ouvrage si coupable « aux yeux de certaines personnes; et comme « à mon âge et avec ma misérable santé, cette a édition tirée à un grand nombre d'exem- « plaires sera probablement la dernière de G mon vivant, j'ai résolu de la rendre tout à « fait irréprochable, et d'en faire disparaître « tout ce qui avait pu inquiéter des esprits « qu'un grand et sain christianisme n'a point « affranchis de petits scrupules. Pour cela, j'ai tt repris la critique du Père Perrone, et j'y ai « fait droiti du moins en très grande partie. « Si donc, mon Révérend Père, vous avez le « loisir et la patience de comparer les endroits « de mon livre censurés par votre savant con- « frère avec ceux de l'édition nouvelle, vous, « y verrez ou des retranchements qui coupent « court à toute difficulté et à toute controverse, « ou des changements qui présentent ma « pensée sous un jour plus favorable. Dans « ce travail de révision, j'ai cru bien faire de « m' appuyer des conseils d'un savant ecclé- « siastique qui possède la confiance de l'élo- « quent et intrépide défenseur du Saint-Siège,

« Monseigneur l'évêque d'Orléans, mon con- « frère à l'Académie française, et celle aussi « de mon cher et vénéré pasteur. Monseigneur « le Cardinal Archevêque de Paris.

« Je joins ici, mon Révérend Père, deux « exemplaires de la nouvelle édition de mon « ouvrage, l'un pour vous, s'il vous plaît de « de Fagréer, l'autre que je vous supplie de « vouloir bien transmettre au Père Perrone, « avec l'hommage de toute ma considération.

« Agréez aussi, je vous prie, mon Révérend « Père, l'expression de mon profond respect.

« J. Cousin.

« Membre de l'Institut , ancien ministre « de l'Instruction publique. »

Quelques semaines après avoir écrit ces lignes, monsieur Cousin alla demander au.

climat plus doux de Cannes des forces qu'il ne devait plus recouvrer.

Il fit ses adieux au Père Félix et lui dit en le quittant : « Soyez certain, mon Père, que je ne mourrai pas sans avoir le crucifix à la main. »

— SS- II mourut, hélas, foudroyé à table.

D'autres amitiés furent plus consolantes et plus filiales. Monsieur le Play, le fondateur de la science économique au dix-neuvième siècle, entretint avec le Père Félix des relations qui sont le plus bel éloge de ces deux. esprits d'élite bien faits pour se comprendre. Monsieur le Play venait souvent voir le Père Félix dans sa modeste cellule du Gésu.

En 1867, trois fois au sortir des Conférences de Notre-Dame — Le Play était alors dans toute sa splendeur, commissaire général de l'Exposition (i), — il prit lePère Félix dans sa voiture

(1) « Paris, 26 avril 1865.

« Rue Saint-Dominique, 17.

« Mon Révérend Père,

« Uépoque de vos grands travaux étant passée, je vou- « drais vous témoigner ma reconnaissance pour la visite « amicale que vous m'avez faite dernièrement.

«Un concours inattendu d'adhésions me donne le devoir « de travailler à notre réforme sociale; et comme je n'y « apporte qu'une pensée de dévouement et de renonce- « ment, je crois pouvoir réclamer vos conseils sur quel- « ques questions délicates au sujet desquelles j'ai trouvé « en vous une compétence particulière .

pour l'emmener au bois de Boulogne ou de Clamart, l'entretenir des questions sociales et se mettre en communication d'idées avec lui.

« Je n'ai pas connu, disait le Père Félix, « d'homme qui aitplus réfléchi et plus travaillé « que Le Play. J'ai plus appris avec lui dans ff mes promenades que dans tous les livres. »

Le Play mourut en 1882, et jusqu'à sa mort, soumit fllialement tous ses ouvrages au Père Félix (1).

« • Enfin; chargé d'organiser Texposition universelle « de 1 SOI, je voudrais également vous consulter sur un « certain genre de concours que je désirerais trouver « auprès de votre Compagnie en vue de joindre au progrès « matériel le progrès moral.

« Permettez-moi donc de vous demander si je pourrais « aller vous consulter, quelque jour rapproché, le matin « avant neuf heures ou, ce qui m'est plus difficile, « l'après-midi à partir de quatre heures .

« Veuillez, à défaut de ces heures, m'indiquer celles de « la semaine et du dimanche qui vous conviennent le mieux.

« Agréez, Mon Révérend Père, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués,

« Le Play. »

(1) « Paris, le 27 août 1869.

« Place Saint-Sulpice, 6.

« Mon Révérend Père, « Au reçu de votre bienveillante lettre du 15 août

. Les publicistes les plus éminents se faisaienl. un honneur de cultiver son amitié. Monsieur Henry de Riancey, Adèle jusqu'à son dernier

« dernier, je me suis empressé de me rendre chez le « Rév. P. Daniel (absent), puis chez le Rév. Père Mati- « gnon que j'ai eu le plaisir de rencontrer. J'ai eu une « conversation fort intéressante avec le Rév, Père ; je « me suis assuré qu'il accordait toute sa sympathie aux « tendances générales du nouveau livre : la Réforme « (ou probablement /'Or^famsafxon) du Travail. Cette « impression, fondée sur les titres des 72 paragraphes « du livre, sera confirmée, je l'espère, par le texte même « que le Rév. Père aura l'extrême bonté de lire. Je ne « saurais trop vous remercier, mon Rév. Père, pour « l'excellente direction que vous avez ainsi donnée â « l'ardent désir que j'ai d'arriver au vrai.

« J'ai lu avec le plus vif intérêt vos conférences de « 1868. J'admire ce beau travail, et me félicite de le voir « en si parfaite conformité de vues avec les Autorités <f sociales dont je suis le secrétaire.

« Vous avez fait dans la première conférence de 1868 « une remarque essentielle que doivent avoir en vue tous « ceux qui se dévouent à la grande tâche du moment :

a La réfutation du Scepticisme scientifique.

« Ces nouveaux sceptiques sont insaisissables par la « raison pure comme par la théorie. Il faut cependant « les pousser jusqu'au pied du mur : J'espère'quej'y suis « parvenu dans mon paragraphe 39 et je prends la liberté « de vous le signaler dès à présent, pour que vous veuillez « bien vous y reporter quand vous recevrez le livre, »

— assoupir à Dieu et au Roi, voulut faire la biographie de l'apôtre de Notre-Dame. Il la lui envoya accompagnée d'ane lettre, véritable modèle de courtoisie et de délicatesse :

c< Bien cher et Révérend Père,

« Je vous dois assurément le premier exem- « plaire du portrait que je me suis permis « d'esquisser de vous, ne fût-ce que pour vous « demander pardon d'avoir si mal reproduit « l'original. Souffrez que je vous l'offre, tout « imparfait qu'il est; il a été crayonné d'une « main pieuse guidée par un cœur qui vous « admire et qui vous aime.

« Voilà mon excuse ; ne la repoussez pas et (^ agréez l'expression de mon plus humble « attachement ainsi que de ma plus reconnais - « santé vénération,

« Henry de Rîancey »

« Paris-Passy, le 10 octobre 1862. »

En 1861, parut un misérable pamphlet (1).

(1) Le Père Félix, par Hippolyte Castillei — Paris,. Dentu, 1861 i

Monsieur Armand de Pontmartinpritimmé^ diatement la plume et vengea les droits méconnus de la langue et de la vérité (t). Son ouvrage restera comme le portrait, buriné par l'amitié et par l'admiration.

Monsieur de Pontmartin entretint avec le Père Félix des relations qui durèrent jusqu'à la mort de l'illustre critique.

Ouvrier infatigable, le Père Félix était toujours le premier à saluer les travaux de ses contemporains.

Le grand chrétien, dont la mort a été un deuil publicpourla France et l'Église, Louis Veuillot, voulait bien se dire honoré des encouragements du Père Félix. Il lui écrivait :

« Mon Révérend Père,

c< J'ai besoin de vous remercier de l'encou- « ragement que vous avez bien voulu me donner « par votre billet du 21 de ce moiSj sur un arti- « cle de V Univers.

« Rien ne saurait m' être plus précieux per-

(1) Xd Père Félix, Étude et biographie par de Pontmartin; — Paris, Dillet, 1861;

« sonneilement que le suffrage d'un ouvrier tel « que vous, et j'ai la joie de croire que nous « avons bien fait, puisque vous me le dites.

« J'admire, mon Révérend Père, que vous ayez « eu le dessein de passer chez moi pour me (f remercier de vous envoyer V Univers. Après « le bien et l'honneur que vous nous avez fait c< en nous accordant la permission de publier « votre correspondance, vous avez plus que des « droits à cet humble hommage, et je me « demande comment nous pourrions expliquer « notre ingratitude si nous nejous le rendions « pas.

« Daignez agréer, mon Révérend Père, les cf sentiments respectueux et bien dévoués avec « lesquels j'ai l'honneur d'être,

« Votre très humble et très reconnaissant « serviteur.

« Louis Yeuillot. »

« Paris, 26 octobre 1858. »

L'abbé Perreyve, Monsieur de Laprade, Monsieur Duboscq de Pesquidoux, Pradier, le vicomte de Hûbner ont reçu tour à tour les

éloges du Père Félix pour leurs recherches et leurs travaux. Le prince de Broglie lui adressait ses œuvres en lui écrivant :

« Mon Révérend Père,

« Lorsque parut mon premier ouvrage, je a m'empressai de l'offrir au. Révérend Père de « Ravignan , qui voul ut bien à plusieurs reprises « m'en exprimer son approbation.

« Je crois ne pouvoir mieux faire que de « remettre la suite de son exemplaire à celui « qui le remplace avec autant d'éclat dans sa « chaire. Je voudrais être sûr de rencontrer « auprès de vous la même bienveillance, et je « me permets de l'espérer. Je saisis aussi avec « empressement l'occasion de vous oJffrir de « nouveau, mon Révérend Père, l'hommage de « mon respect.

« Albert de Broglie. »

« Alger, le 13 mars 1859. »

En même temps que la sollicitude du Père Félix suivait les grands travaux de ses contemporains, elle s'étendaitd'une manière touchante

aux intérêts particuliers qui venaient la solliciter.

Que de consultations auxquelles le Père Félix répondait avec un dévouement et une simplicité qui semblaient provoquer ses correspondants.

La comtesse Olga Altieri dont la mère proclamait les lettres du Père Félix « un vrai trésor pour la famille » lui demanda une préface pour un ouvrage intitulé : « Préparation à la première communion » et dédié à sa fille ; le Père Félix se rendit à ses vœux et lui envoya des pages, écrin précieux, bien digne d'enserrer les riches diamants du livre.

Un vaillant chrétien, représentant autorisé parmi -nous de la philosophie chrétienne, lui adressait les observations suivantes :

« Paris, 19 mars 1860, lundi.

«f Mon Révérend Père,

« C'est un chrétien qui vous écrit, un de vos

« admirateurs, et ce qui vaut mieux, un de vos

« filsdanslaloi de Notrô-Seigneur Jésus-Christ;

« votre conférence d'hier, comme les conféren-

de cette année, m'a coûté bien des larme

« et c'est en la méditant, à mesure que je vous ft écoutais, qu'il m'est venu quelques réflexions; « je vous demande la permission de vous les « soumettre.

« Il me semble que par delà les choses que « vous nous avez dites, et sur lesquelles, en « vous écrivant, le respect retient les paroles « de l'admiration, il y a ceci, c'est que le « divorce et la monogamie, même au point de « vue de la philosophie humaine et du progrès « de l'âme individuelle, partent d'un principe « opposé...

« Je reviens à mon point de départ, j'aurais (( voulu vous voir réduire en poudre, toutes les (f objections humaines et charnelles contre « l'indissolubilité du mariage...

ô II ne me reste plus, mon Révérend Père, « qu'à vous demander pardon de la franchise « de mon langage, qu'à vous demander votre « bénédiction pour un malheureux qui souffre, « une prière pour sa femme qui est morte; je « signe pour vous seul, afin que vous puissiez « prononcer mon nom à Dieu dans vos prières . »

« J'ai lu avec un vif plaisir, lui écrit un autre

« de ses auditeurs, votre sermon sur la famille « et le mariage. Vous avez dit que les deux « causes principales, saillantes, étaient : la « voluptédeshommes et la vanité des femmes.

«Mais les causes, les véritables causés qui « corrompent nos mœurs, celles qui éloignent « le jeune homme du mariage où les trouver ?

« Il me semble et je crois pouvoir dire : Vous « les connaissez, mais vous n'avez point osé « les mettre en relief; vous avez dit : quelques- « uns de ceux qui m'entendent ou quelques- « uns de ceux qui me liront sauront me deviner. « Me suis-je trompé en scrutant votre pensée « à laquelle vous n'avez pu donner l'essor?

« Vous signalez, en les voilant, les

« affreux moyens employés pour cacher les « fautes commises, mais il faut deviner ce que « vous n'avez pu dire.

« Néanmoins, Monsieur, votre mérite est c< grand d'essayer avec des débris, de recons- « truire un édifice.

« Votre tâche est aussi difficile que celle^ « d'un sculpteur auquel on aurait laissé pour

« faire les statues devant orner un temple, les « plus vilains débris des matériaux qui ont a servi à le construire. »

« Je ne me suis pas permis de m' étendre et « de mieux m' expliquer, ce seraitfaireinjure à « votre grand talent, à votre haute conception.

«. Une chose encore cependant.

a A quel âge l'homme, dans une société « bien composée, c'est-à-dire, lorsque l'enfant « a vécu sans appréhension de l'avenir et n'a « vu dans sa famille que vertu et bonheur, « peut-il se marier ?

« Quel est le moment où, il est convenable « de lui dire, au père : Choisis parmi nos « vierges ? » .

Un homme de lettres lui écrit :

a Parvenu à cet âge de la vie où lés hommes « qui ont vécu dans, ce qu'on appelle, le grand « monde, n'ont plus d'illusions et ont goûté « toutes les jouissances que le monde donne, « je sens depuis quelque temps, ma foi que je (( croyais être parvenu à éteindre dans mon « âme par vingt-cinq années de complète in-

« différence, et toute sorte de lectures impies, « je sens, dis-je, ma foi se réveiller et il me « semble qu'un impérieux besoin de revenir à « la religion domine auj ourd'hui mes pensées .

« Ce n'est, ni la vieillesse, ni la maladie, ni « même de grands malheurs qui m'ont donné « ces idées presque soudaines, car je suis « encore jeune et plein de santé et quoique « j'aie éprouvé d'amères déceptions dans ma « carrière, il y a quelques années, ma position (c de fortune est encore satisfaisante et je ne « suis pas malheureux-, mais une tristesse in- « définissable m'oppresse et je n'ai pas la paix « de l'âme; et il me semble que je la trouve- « verais dans un franc et sincère retour aux « croyances religieuses qu'un père et une mère c< éminemment chrétiens m'avaient inspirées « dans mon enfance ».

Un publiciste lui confie ses espérances et sollicite pour elles r appui de son autorité.

J'ai l'honneur de vous informer aujourd'hui, « en attendant que je puisse vous le dire, que

'X mes espérances sont près de se réaliser et « que le nouveau journal auquel seul, je veux « attacher mon nom, et dont seul je veux être « responsable aux yeux de mes amis, est au- « jourd'hui à peu près assuré. J'ai pu grouper « autour de l'œuvre un certain nombre de « chefs du parti catholique, sans exception de « nuances et je suis autorisé à compter sur la « protection de plusieurs membres de l'épis- « copat. Mes relations assez étendues m'ont X assuré une moitié environ du capital social. K Je vais faire -appel à notre public pour le « surplus de la commandite, et je compte « paraître dans un mois, en inaugurant ma « publication par un meilleur portrait de vous « que celui dont, à juste titre, vous n'avez pas « été satisfait.

« J'hésite si peu à croire à votre bienveil- « lance qu'aujourd'hui ayant eu l'honneur de a voir monsieur l'abbé Bautain et de causer a avec lui de cette affaire, je me suis permis « de m' autoriser de votre nom; si j'ai eu là « une confiance indiscrète, vous me le direz, « mon Révérend Père, à notre prochaine en-

« trevue, et je m'inclinerai devant votre déci- « sion. Mais loin de craindre un reproche, « c'est une approbation que j'espère et que « j'ose solliciter.»

Un professeur de sciences lui adresse un travail sur les lois de l'attraction avec figures à l'appui et lui demande son avis.

Un autre correspondant lui fait sa prof ession de foi : « Je suis chrétien réformé, mais pas « un chrétien attaché à la lettre d'un livre, à « ane loi écrite, à une loi morte, comme les « fils de Luther et de Calvin d'aujourd'hui qui « paraissent avoir trop oublié que ceux-ci ac- « ceptaient les progrès du dogme pendant les « six premiers siècles du christianisme, et « avaient fondé la Réforme autant sur l'œuvre « des Pères de l'Église (saint Augustin en ff tète) que sur la connaissance de l'Évangile <x de Jésus-Christ.

« Au-dessus de la lettre je mets l'esprit; le a Saint-Esprit, qui a dicté le text.e des Livres <:( Saints , en est la loi vivante qui , avec le temps , « modifie, transforme ce texte et de manière

« ou d'autre, par vous ou par nous, par tous, le a continue .

« Ces réflexions vous expliquent, Monsieur « et Révérend Père, comment j'ai été conduit « à prendre connaissance de votre beau dis- « cours sur le Travail^ la Loi de la Vie' et de « l'Éducation. Sa lecture m'a appris que le « catholicisme comjptait un remarquable ora- « teur de plus .

li reproche toutefois à son discours le peu de place qu'y occupe le sentiment social, le sentiment dominant de notre. époque et lui demande la définition de V activité, de: la liberté^ de la solidarité du travail et de sa hiérarchie.

Monsieur Blanc de Saint-Bonnet le prie :

« d'accueillir et de protéger de votre haute « autorité et de votre éloquence hors ligne les « préliminaires sur le livré de la chute. »

Un de ses auditeio's lui expose ses doutes sur le christianisme inconnu aux trois quarts du genre humain, sur les miracles du démon, sur la révolte des anges, l'impossibilité du péché par le corps et par l'âme, sur le petit nombre des élus...

Un autre lui envoie les aiixiétés d'une âme chrétienne et le prie de les calmer.

Monsieur de Cadory lui écrit au sujet d'un mémoire que le Père lui a envoyé sur le Libre Arbitre :

« Je l'ai immédiatement communiqué à « l'Impératrice, et Sa Majesté ni'a chargé de « vous remercier d'abord et de vous dire com- « bien elle a été frappée de la netteté et de la ft clarté de la céponse que vous avez faite à ces « questions. »

Un commandant d'artillerie lui offre un exemplaire sur la Colonisation. «J'ai pris pour « épigraphe de mon livre une de vos plus belles c< paroles éclatante de vérité. J'ai été heureux « de rendre ainsi hommage au prédicateur qui, « du haut de la chaire de Notre-Dame depuis « plus de dix ans, donne tant d'admirables « leçons de philosophie sociale.

De Madrid^ un de ses admirateurs lui signale : « Quelques plaies très graves dans ia Société « actuelle dont vous ne parlez pas du tout et « sur lesquelles j'espèreque vous aurez la bonté « de me pardonner la liberté que je prends

« d'attirer un moment votre attention. Je veux « parler des conservatoires de musique, des « musées de peintures et des courses de « taureaux ».

Un personnage officiel de la cour d'Espagne lui adresse un ministre anglican et le prie « de lui faire visiter la Capitale ».

Il fallait au Père Félix et l'esprit philosophique qui le caractérisait et les trésors de temps et de loisir que donne la règle religieuse pour suffire à des travaux dont le quart eut absorbé une vie tout entière.

A Paris, le Père Félix retrouva la communauté des Religieuses de la Retraite (1), à laquelle il a prodigué avec bonheur pendant plus de cinquante ans les . témoignages du dévouement le plus paternel.

Ce dévouement si précieux et si rare avait pris naissance près du sanctuaire de Notre* Dame d'Ay et sur le tombeau glorieux ^e saint François Régis. Le Père Félix en donna les preuves les plus touchantes dans les bons

(1) Aujourd'hui Notre-Dame du Cénacle.

comme dans les mauvais jours : rien ne put l'amoindrir ni même l'atteindre.

« Enl847 , notre chapelle de la Louvesc entendit a la voix qui devait retentir avec tant d'éclat « dans la chaire de Notre-Dame, celle duRévé- « rend Père Félix, si bon, si humble, si simple « en même temps que si éloquent. Cette pre- « miére rétraite dont nos annales ont gardé le « souvenir, n'a pas été la seule, et durant le « cours de sa laborieuse et féconde carrière « apostolique, le Père Félix a donné plusieurs « fois les exercices spirituels à nos retrai- « tantes (1). »

• Dé 1858 à 1867, le Père Félix prêcha souvent

(1) Archives de la maison delà Louvesc. Elles nous ont été ouvertes avec une délicatesse que nous apprécions par un cœur filialement reconnaissant au Père Félix.

L'éloquence du Père Félix, simple, parfois sublime, toujours entraînante, allait droit au cœur. Un jour, une religieuse s'enhardit à lui dire que, vu son auditoire, il pourrait se donner moins 'de peines et de fatigues. Homme hiimble et obéissant, il répondit : « En m'envoyant, le Père Instructeur m'a dit : Faites de votre mieux, ce seratoujours assez mal. J'obéis. » Dès cette époque, le Père Félix goûta le mystère du Cénacle sur lequel il devait si bien écrire plus tard.

dans la chapelle des Religieuses de la Retrait e (1 ' rue du Regard. Conférences aux institutrices réunions pour la propagation des bons livres, sermons de circonstance, paroles de consolation à la famille de la Retraite affligée par la perte récente de sa Supérieure générale, le zèle du Père Félix s'étendait à tout pour jeter sur tout l'éclat de sa charité plus encore que de son éloquence.

Une autre communauté suscitée par la Providence pour répondre aux besoins et aux misères deç temps nouveaux; la communauté des Petites Sœurs de VOuvj'ier reçut du Père Félix le baptême de la publicité dans la jcapitale. Le 6 mai 1883, le discours prononcé en l'église Sainte-Madeleine, àParis, sMTlQ&Petites Sœurs del'Ouvvier (2), révéla à la France et au

(1) La maison de la rue du Regard a été démolie. Notre-Dame du Cénacle est actuellement rue de la Chaise, n*» 9.

(2) Chez Téqui, libraire-éditeur de l'Œuvre de Saint- Michel.

La Maison Mère des Petites Sœurs de l'Ouvrier se trouve à Voreppe flsêre), sous la houlette vigilante du vaillant évêque de Grenoble, Monseigneur Fava .

• monde un des remèdes que l'Église tenait en réserve pour christianiser l'Industrie. Puisse ce discours être, pour la communauté naissante ce qu'a été celui sur « les Souffrants délaissés » pour la grande famille des religieuses Auxiliatrices du purgatoire.

Mais l'œuvre particulièrement chère au Père Félix, celle à laquelle il a consacré tous les loisirs de sa carrière apostolique, a été l'œuvre de Saint-Michel.

La parole est un apostolat; cet apostolat transitoire doit devenir permanent par le livre (1); telle est la pensée mère de l'œuvre de Saint-Michel. Propager les bons livres, venir en aide aux bons écrivains, voilà son but.

(1) La Parole et le Livre.

En 1869, M. le Play écrivait au Père Félix :

« Il est grand temps, eu effet, que tous ceux qui voient « la barbarie revenir, grâce à la propagande des mau^ « vais livres, se concertent en faveur des bons. Quant à « moi, je ne. perdrai pas une minute de ma vie, dans un a autre intérêt. J'ai touché de si près à la barbarie pari- V. sienne (que les nouveaux clubs ont mise en lumière)

que je ne cesserai de la combattre avec les armés qu'elle «■ prétend opposer à la tradition universelle des peuples « civilisés. »

. La France entière a été témoin du zèle avec lequel le Père Félix s'est fait l'apôtre de son œuvre de prédilection. Chaque année, dans une réunion générale, à Paris, présidée d'ordinaire par Son Excellence le Nonce, il rendait compte des résultats obtenus et stimulait la générosité du Gomité central. L'œuvre de' Saint-Michel a eu les dernières pensées du Père Félix. Quelques mois avant sa mort, il la réorganisait et assurait sa vitalité en lui donnant pour président, M. le marquis de Gouvello.

L'assemblée générale de l'Œuvre, tenue le 30 mai 1882, sous la présidence du Père Félix fut, pour le vaillant apôtre, un jour de consolation et de triomphe (1). Le programme de la réunion tenue dans la chapelle de Notre-Dame du Cénacle, annonçait une allocution du révérend -Père Monsabré. L'allocution fut ce que sont toutes les allocutions de l'illustre orateur, un chef-d'œuvre de grâce, courtoise et de haute éloquence. Apres un salut solennel, l'assistance se rendit dans une des salles de la

(1) Voir Assemblée générale de l'Œuvre de St- Miehel, en 1883. ChezTéqui.

maison pour entendre la lecture des rappojst. Le Révérend Père Monsabré voulut bien pré- ' ^ider cette seconde réunion. Le Père Félix se plaça à sa droite et avant de donner à M.

Eugène de Margerie la parole sur les opérations de l'année 1881 à 1882, il s'adressa au célèbre enfant de Saint-Dominique dans les termes suivants :

c Avant d'ouvrir cette séance, particulière- « ment destinée à la lecture des rapports rela- « tifs aux opérations del' œuvre de Saint-Michel, « dans le courant de cette dernière année, je « vous demande la permission de vous expri- « mer, au nom de tous les membres de l'œuvre « ici présents et au mien en particulier, les « sentiments dont nos cœurs abondent et sura- « boudent.

« Vous ne vous étonnerez pas trop, si vous « me voyez un peu embarrassé pour vous dire, dans toute son étendue, notre profonde et « unanime reconnaissance : c'est qu'en effet « cette reconnaissance est plus grande que je « ne pourrais vous le dire.

« Vous, mon révérend Père, le célèbre concis féreiicier de Notre-Dame de Paris, vous, le « digne et successeur de l'illustre Lacordaire,, « de ces hauteurs où vous élève la grandeur «de votre ministère et de votre parole, vous «n'avez pas dédaigné de descendre jusqu'à a nous, c'est-à-dire jusqu'à cette œuvre de « Saint-Michel; œuvre modeste encore et que, « malgré tout le bien qu'elle fait en silence « depuis près de vingt ans, nous nous plaisons « toujours à appeler petite, tant nous demeu- « rons convaincus que ce bien déjà accompli « est, devant tout ce qu'il y aurait à faire, « comme infiniment petit. Vous montrez, en « vous abaissant jusqu'à cet apostolat humble « entre tous, que Notre-Seigneur, comme il « fait pour tous les apôtres de son choix, nous « a donné une humilité grande comme votre « gloire.

« L'œuvre de Saint-Michel bénéficie de cette « grandeur qui s'abaisse. Votre présence dans « cette assemblée, et la grande parole que vous (( avez daigné mettre au service de cette chère « œuvre, n'est pas seulement un honneur qui

« l'élève et comme un reflet de gloire que vous «jetez sur elle; c'est uu secours que vous lui \< apportez; c'est un appui que vous lui prêtez; « c'est surtout, un fraternel encouragement « que vous lui donnez, à persévérer dans la « voie où elle est entrée, sous le drapeau et la « garde du grand archange saint Michel, son « puissant et glorieux patron...

a Quant à votre parole, mon révérend Père, « je n'oserais la louer devant vous et devant « ceux qui viennent de l'entendre; la louer? à « quoi bon, lorsque tous ici nous en écoutons « encore les échos au fond de nos cœurs émus ? « Il y a là, d'ailleurs, des paroles qui se louent « assez d'elles-mêmes; la vôtre est de ce nom- « bre ; et toute autre louange languirait devant « celle qu'en parlant, même sans le vouloir, « votre éloquence se donne à elle-même.

« Mais, ce que je ne puis taire, et ce que je « suis heureux de redire ici, c'est le bien que a cette parole nous fait; c'est l'encouragement « qu'elle nous donne, c'est la lumière qu'elle « nous apporte. . .

« Merci donc, mon révérend Père, 'du bien-

« fait de cette parole ; merci, en particulier, « de nous avoir tracé, d'une manière si lumi- « neuse, la voie que nous devons suivre pour « réaliser notre programme et atteindre notre « but. Votre pensée a rencontré ma pensée.

« En vous entendant tout à l'heure', j'ai été « personnellement heureux de trouver dans « votre parole, la voix de mes propres convic- « tiens; et ce m'est une vraie joie de pouvoir « dire ici, devant tous, et en toute vérité que, a sur ce point, comme sur tout le reste, nos « intelligences s'accordent aussi bien que nos « coeurs.

« Aussi, outre l'intérêt qui s'attache d'ordi- « naire à cette assemblée annuelle de notre « œuvre, nous pouvons bien dire que l'assem- « blée de cette année 1882 offre un intérêt qui « lui est propre; car 'elle montre une fois dé c< plus que, quand il s'agit du bien des âmes et ft de la gloire de Notre-Seigneur, les flls de c< saint Dominique se rencontrent toujours avec « les flls de saint Ignace.

« De même que, naguère encore, l'illustre « Lacordaire donnait la main à l'illustre de

« Ravignan, tous ici, j'en suis convaincu, sont <f heureux de voir un autre enfant de saint « Dominique fraternellement uni à un autre « enfant de saint Ignace, et le Révérend Père Monsabré, mon illustre successeur, donner « la main à son indigne prédécesseur. »

En entendant ces dernières paroles, le Révérend Père Monsabré, avec une vive et profonde émotion, donne la main au Révérend Père Félix, qui la serre avec une émotion non moins vive et non moins profonde.

Et à tous ces labeurs, le Père Félix joignait la direction au confessionnal et par lettre. Ici la discrétion et le respect des âmes nous imposent silence. Il nous sera pourtant permis de dire qu'après avoir parcouru la correspondance intime du Père, nous avons admiré en lui plus encore que le conférencier de Notre-Dame, le directeur dévoué, compatissant, éclairé, se faisant tout à tous pour gagner tous à Notre- Seigneur Jésus-Christ.

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