‹ Le R. P. Félix de la Compagnie de Jésus [microform]Chapitre 5 sur 23 · LE PÈRE FÉLIX A LILLE · texte numérisé non relu

LE PÈRE FÉLIX A LILLE

A son retour de Rome, le Père Félix fut nommé supérieur à la résidence de Lille.

L'obéissance le ramenait au pays de ses premières affections; il y revint avec bonheur.

Brugelette revivait à Lille avec ses précieux souvenirs dans la personne du Père Pillon, recteur du collège de Saint-Joseph (1)^ du bon

(l)M.l''abbéBériard s'est fait Tiuterprète autorisé des regrets de la ville de Nancy.

Nancy, le 18 septembre 1883.

Révérend et très vénéré Père,

Je sais que tous ceux qui apprennent votre départ en sont profondément affligés. On aimait vos manières simples, prévenantes et aimables, qui mettaient chacun à son aise; mais que faire?

Père Arsène Lefèvre, le patriarche vénéré de tous, et dans la pléiade d'hommes distingués qui, Mêles à leur éducation chrétienne, sont la gloire du Nord et le soutien de ses belles œuvres catholiques. Le Père Félix retrouva avec un bonheur indicible les témoins vénérables des beaux temps d'autrefois. Il retrouva également avec une joie qu'il ne cherchait point à dissimuler les affections de sa chère ville de Nancy. MM. de Margerie et Chautard

Devant l'autorité qui commande, un religieux, quelque soit son mérite, est obligé de s'incliner et de dire : adsum.

L'obéissance absolue forme, selon la règle de saint Benoît-, r holocauste du religieux.

Je vous remercie sincèrement, Révérend Père, d'avoir songé à moi et je me crois honoré de trouver dans votre bon cœur un souvenir.

Quant à moi, je penserai souvent à votre charité de m' avoir dirigé au confessional et de m'avoir accueilli.

Dans cette pensée, je vous prie, très Révérend Père et Supérieur, d'agréer mes sentiments de vive gratitude , Votre dévoué en Jésus- Christ.

L'abbé Bénard .

Il est possible qu'en passant par Lille, en venant de Belgique, je puisse avoir le bonheur de vous serrer la main dans une quinzaine de jours. •

lui rappelaient la Lorraine qu'il aimait d'autant plus qu'il y avait plus cruellement souffert dans son patriotisme.

La Louvesc lui envoyait les parfums du tombeau de saint François Régis par la communauté de Notre-Dame du Cénacle (1). Le Père Félix avait vieilli; mais son cœur était resté jeune pour la famille religieuse que Notre- Dame d'Ay lui avait appris à connaître, c'est-àdire à aimer. Il le prouva par son opuscule : Notre-Dame du Cénacle, qui est comme le testament d'un père dévoué à ses bien- aimés enfants.

La maison du Sacré-Cœur qu'il avait édifiée à Amiens, berceau de la Société, et à Paris, qui en est le cœur, le revit à Lille, toujours prêt à se dépenser, avec ardeur et fruit, pour son personnel et ses enfants de Marie.

En dehors de Lille, là où le bruit et les fumées de l'industrie expirent, s'étend comme une oasis, le monastère de Notre-Dame de la Plaine, fondé par trois anciennes religieuses

(1) La maison de Notre-Dame du Cénacle a été fondée à Lille, rue de Roubaix, 45, en 181i3.

Bernardines chassées de leur couvent aux jours de la Révolution (1). Le monastère a grandi sous la puissante impulsion de M. l'e chanoine Benoit Martin, de sainte mémoire, et est devenu le grand arbre à l'ombre duquel viennent se former et appreunent à devenir , des oiseaux du Ciel, les enfants des familles patriarcales du Nord. Le Père Félix aimait à évangéliser cette sainte maison. Ses sermons sur les Ennemis du Règne de Notre -Seigneur Jésus-Christ, et sur le Progrès par l'Education, sont encore vivants dans tous les cœurs. Ses retraites à la communauté sur le Sacrifice et sur Y Amour resteront comme les conseils suprêmes tombés tout a la fois de la bouche de saint Bernard et de saint Ignace.

La ville de Cambrai, qui avait reçu les prémices de l'apostolat du Père Félix, était saintement impatiente de revoir l'infatigable et glorieux ouvrier. Il tardait a la cité de Notre - Dame-de-Grâce de faire à son enfant une

(1) ^oir les fêtes du 8^ centenaire de la mort de saint Bernard.— (Extrait des Annales du Pensionnat des Dames Bemiardines d'Esquerroe.)

réception qui devait l'honorer elle-même.- Le 44 février 1884, l'Œuvre du Denier des Écoles tenait son assemblée générale annuelle. Monseigneur Duquesnay, archevêque de Cambrai^ présidait. Il avait à sa gauche le Père Félix. L'affectueuse estime de Monseigneur pour l'enfant de Neuville et de Cambrai avait pris naissance à Paris. La lettre ci-jointe que le prélat^ alors curé de Saint-Laurent, lui avait adressée, en est la preuve touchante.

Il lui écrivait le 14 août 1864 :

« Mon Révérend Père,

« J'éprouve le besoin de vous faire part d'une a impression douloureuse à laquelle vous n'êtes (( pas étranger. Vous allez en juger.

a Une revue^ dite YÉconoinie Chrétienne, « contient, dans son dernier numéro, un dis- «f cours de M*** sur V Histoire de la Parole.

«Poursuivant cette histoire à travers les « âges chrétiens, il arrive à l'époqUe contem-^ « poraine, et il signale à notre respect et à «s notre admiration deux noms illustres, le Père « Laeordaireetlet*èrede Ravignan. Très bien»

«Mais pourquoi d'abord laisser tout aussitôt « votre saint confrère et s'attacher avec une « sorte d'affectation au Père Lacordaire qu'on . «appelle V archange de la parole et dont on «fait presque un dieu? Je souscrirais peut- « être à ce magnifique éloge si on l'avait éga- « lement partagé entre le Dominicain et le « Jésuite, et je me demande avec tristesse « pourquoi être si laconique, si parcimonieux « envers le Père de Ravignan, si pompeux, si « abondant dès qu'il est question du Père La- « cordaire ?

« Autre question que votre modestie, mon « Révérend Père, me permettra d'adresser à « M***. Pourquoi n'avons-nous pas ajouté aux (( deux noms des Pères de Ravignan et Lacor- « daire, votre nom à vous, l'héritier de leur « mission, de leur talent et de leurs vertus « apostoliques, le nom de ce Père Félix qui, « depuis onze ans, aux applaudissements de « tous les catholiques, continue avec un si légi- «time succès, à Notre-Dame de Paris, cette « magnifique apologie du christianisme que les « Pères Lacordaire et de Ravignan ont inau-

« gurée parmi nous? Ce silence n'est-il qu'un « oubli ?

« Ai-je besoin de vous dire, mon Révérend « Père, comme tous les amis de l'Eglise, j'ai « salué avec bonheur la résurrection de l'Ordre « des Frères Prêcheurs, en France; que je suis « respectueusement, sincèrement sympathique « à nos Dominicains français, et que je remer- « oie Dieu de tout mon cœur de leurs succès « dans la chaire. Mais ce souhait de M*** ne « semble -t-il pas impliquer l'exclusion de la « Compagnie de Jésus, et n'est il pas permis de « regretter de voir ainsi se produire dans un cr auditoire chrétien, des préférences blessantes « pour d'anciens et glorieux services. Quoi ! « dans un discours sur l'histoire de la parole, « pas un mot de cette Compagnie qui, de Bour- « daloue au Père Félix, a produit tant et de si « pures illustrations ! Pas un mot. si ce n'est « un souhait de la voir remplacée ! . . .

« Mon cher et Révérend Père, ma lettre ne sera pas pour vous une consolation, vous n'en avez pas besoin ; mais elle vous sera une preuve de plus du respect et de l'admiration que je

professe" pour vous, de mon filial dévouement et de ma reconnaissance pour votre belle Compagnie.

« Alf. DuQtJËSNÀY, curé de St-Laurent (1). »

La séance s'ouvrit par un rapport de M. Ernest Dellaye» le Louis Yeuillot du Nord. Après ce rapport qui renfermait un magnifique hommage à la Compagnie de Jésus et à son illustre représentant, le Père Félix prit la parole et enthousiasma toute l'assistance par son langage d'une émotion toute communicative. Il cita (^enseignement sans Dieu devant le tribunal de l'histoire, de la nature humaine, de la rai-

(1) Pour toute réponse, Je ï*ère Félix envoya à M*** le discours de Malines: il en reçut les mots suivants :

a J'ai admiré, ainsi G[Ue tout le mondé, mon Père, le « discours que vous avez, cette année, prononcé au Con- « grès de Malines. Je l'ai relu dernièrement encore avec « un intérêt profondément renouvelé par les circon- Œ stances. Il faut que nous obtenions un grand secours de « Dieu pour traverser d'un pas assuré la région liisto- « rique où. il nous est ordonné de vivre et d''agir; je crois « que les plus purs et les plus fo^'ts peuvent y éprouver « de grandes angoisses. »

son de la conscience de la justice, et conclut qu'il était stigmatisé par toutes les autorités de la terre. Après que les appaudissements se furent calmés, Monseigneur l'Archevêque ajouta : ■

« Je crois être l'interprète de tous en remer- « ciant le Révérend Père Félix de la conférence « qu'il a bien voulu nous donner et vous avez « tous été témoins qu'il ne nous a nullement « apporté les restes d'une voix qui faiblit et « d'une ardeur qui s'éteint. Quant à nous, après « l'avoir entendu, nous emporterons la résolua tien de nous dévouer plus que jamais à cette « grande œuvre des écoles catholiques. Les « membresduDenier, au sortir de cette réunion, « vont vous tendre leurs troncs ; donnez géné- « reusement pour cette œuvre qui a déjà tant « fait, qui fera plus encore s'il le faut, et qui « saura mériter dans l'avenir, comme elle a « toujours mérité danslepassé, vos sympathies, a votre confiance et votre dévouement. » (Yoir r Emancipateur du 15 janvier 1884.)

La jeunesse du Père Félix semblait se renou-^ vêler comme celle de l'Aigle. En 1884, il

prêclia le carême dans l'église de Saint-Maurice à Lille (1). C'était une dette contractée depuis longtemps, et il la paya avec l'or pur d'une parole qui respirait de plus en plus l'amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ.

Toutes les paroisses de Lille furent successivement évangélisées par le Père Félix. La sympathie universelle l'entourait et donnait à son action un prestige merveilleux. Le Cercle catholique, les Cercles d'Ouvriers, les Patronages, la Congrégation des anciens élèves de Saint-Joseph, la distribution des prix à Saint- Joseph (2) l'appelèrent avec empressement et l'écoutèrent avec bonheur.

Il n'eut garde d'oublier Neuville-sur-l' Escaut et son digne curé !

(1) Au mois d'août 1883, M, le chanoine Lasne, arclii- . prêtre de Saint-Maurice, était allé voir le Père Félix â Nancy, pour lui rappeler ses engagements. « Je les tiendrai d'autant mieux, répondit le Père Félix, que je vais vous confier mon secret; je suis nommé Supérieur à la Résidence de Lille. » M. l'arcMprêtre lui sauta au coït et l'embrassa en lui disant : « J'en félicite la Ville de Lille et tout le diocèse. »

(2) Paternité et Maternité dans l'Education. Discours prononcé à la distribution des prix, le 2 août 1886.

Lo Yéhérable prêtre avait renouvelé la jeunesse de son église. Au vieux sanctuaire qui avait abrité l'enfance du Père Félix avait succédé un temple aux formes gracieuses et à l'ornementation distinguée. Le Père Félix, voulut inaugurer la chaire, œuvre d'art et dégoût. Il y prononça le dernier sermon qu'il ait composé (3) et qui devait être son Nunc dimittis servum tuum (4).

(3) La Chaire Chrétienne, Paris, Téqui, 188*7.

(4) Lettres du P. Félix â M. le Curé de Neuville du 3 Juin 1887,

« Monsieur le Curé,

« Je Tenais de vous envoyer mes souhaits de bonne année lorsque j'ai reçu votre aimable lettre, renfermant avec vos souhaits, l'envoi de l'article sur notre fête du 5 décembre j et dont je vous remercie

« Bien que je reçoive rÉnidncipateur,ie n'avais pas remarqué cet article qui me confusionne et où reloge dépasse de beaucoup le mérite du prédicateur. Quoiqu'il en soit, je suis heureux que cette fête de famille religieuse vous ait causé quelque satisfaction et fait un peu de bien à votre chère paroisse.

« Veillez agréer, Monsieur le Curé, avec les souhaits que

A Lille, comme à Nancy, comme à Paris, le Père Félix témoignait le plus profond intérêt à toutes les grandes œuvres contemporaines.

Il avait vu naître à Limoges, sous l'inspiration d'un dévouement d'autant plus beau qu'il se cache plus profondément, une institution qui se consacre à mendier dans les hôpitaux de Paris, les malades aux plaies les plus douloureuses et les plus répugnantes. Transportés à Limoges dans une maison bien ensoleillée, ils

je renouvelle ici, l'expression de mon dévouement et de mon respect.

a Votre humble serviteur en Jésus- Chris t.

« J. FÉLIX, S. J

« Lille, le 22 février 1890.

« Monsieur le Curé,

«Voici un nouveau volume, venant après ses frères aines; je vous prie d'en agréer l'affectueux hommage. Si vous y trouviez quelques lectures pouvant convenir à vos chers paroissiens, j'en serais heureux.

« Je me souviens que, tout jeune encore, dès avant ma première communion, j'entendais M. le Curé Pottier nous faire de pieuses lectures du haut de la chaire, pendant les saints du temps de carême; je suppose que vous con-

y reçoivent les soins les plus maternels et ne la quittent que pour entrer en paradis.

Jusqu'à son dernier soupir, le Père Félix a prodigué à cette belle oeuvre son amour le plus paternel, et il l'a léguée à un Père qui l'a reçue comme un joyau du ciel.

De Lille, le Père Félix (1) entretint les rela-~

tinuez cette salutaire tradition, Si quelques passages de ce livre ou des précédents pouvaient édifier les chères âmes que Dieu vous a confiées, je me féliciterais de faire ainsi avec vous et par vous un peu de bien à in§3 oliers compatriotes de T^euville. , .

« Si ces discours ont quelque mérite c'est, je crois, celui d'être clairs et accessibles à presque toutes les intelligences. On me Ta dit tant de fois que je suis comme forcé de le croire moi-même.

« Ceci soit dit entre nous et en toute simplicité. Au pasteur seul de savoir les pâturages qui conviennent le mieux à son troupeau.

« Tous mes meilleurs sentiments en Notre ^Seigneiir.

Votre très humble serviteur en Jésus -Christ.

« J. FÉLIX, S. J

(l) M. Périn, professeur émérite de TUniversité de Louvain, emploie noblement ses loisirs à doter la science sociale de livres qui en sont le code autorisé. L'Université catholique de Lille avait espéré posséder M. Périn

tions les plus suivies avec M. Périn, professeur émérite de l'Université catholique deLouvain. La lettre ci-jointe montre quels liens unissaient le grand savant à l'humble religieux.

Ghlin, le 8 décembre 1888.

a Mon Révérend Père,

« Votre gracieuse lettre m'a bien touché, je c< tiens à vous en exprimer toute ma gratitude.

«Rien ne pouvait plus me réjouir que le « témoignage rendu par l'illustre controver- « siste de Notre-Dame à la certitude de doc- « trine et à la force probante de mon ouvrage.

a Vos remarques sur l'ordonnance du livre « sont très fondées, et si l'Ordre international « a, comme mes précédents ouvrages, une a seconde édition, j'en tirerai grand profit.

« Si une excursion à Lille m'est possible d'ici « à quelque temps, et que je puisse avoir l'hon- « neur de vous entretenir, je vous étonnerai, « parce que je vous dirai des réclamations que

comme recteur de la Faculté de droit. Le mauvais vouloir du gouvernement français s'est opposé à la réalisation de ce glorieux désir.

«j'ai reçues ces dernières semaines, de cer « tains catholiques qui veulent concilier 1( « transformisme avec la foi.

ce II y en a une, particulièrement drôle, d'ui « gentilhomme.

« Le bonhomme se proclame catholique « écrit dans la Semaine religieuse de son dio- « cèse, et en veut aux Jésuites, ses anciens « maîtres, parce qu'ils ne sont pas dans l'Églisf cf assez réactionnaires; rien de plus origina a et de plus détraqué. Mais queferais-je vis-à- « vis de ces gens-là si je ne leur avais mis les « textes sous le nez?

a Je vous suis, mon Révérend Père, on ne « peut plus reconnaissant des bonnes obser- <f servations que vous a dictées une affectior a dont je me sens très honoré, et vous prie « d'agréer l'hommage de mes sentiments les « plus respectueux et les plus cordialemeni « dévoués. »

En 1885, un vide pénible se fit autour di] Père Félix. Le Père Pillon (1) s'éteignit dans

(1) Voir son oraison funèbre par Monseigneur Baunard . L'illustre écrivain nous a laissé, dans cette oraison, ur

la paix du Seigneur, le 26 novembre 1885, à l'âge de quatre-vingt deux ans, après soixantetrois ans de vie religieuse. Sa mort fut un chagrin profond pour le Père Félix. Il l'accompagna à sa dernière, demeure et, pendant plusieurs jours, nous l'entendîmes s'écrier : « Je ne puis me faire à l'idée que le Père Pillon soit dans ce trou. » C'est ainsi, disait , saint Bernard, que la mort sépare!

La tristesse n'enleva rien à l'activité apostolique du Père Félix. Semblable au soleil qui jette le soir ses plus beaux feux, le bon Père sembla prendre à cœur de multiplier les rayons de sa bienfaisante chaleur.

Il mit sa plume au service de son cœur et écrivit pour les Etudes Religieuses son article magistral sur le Père Pillon : Éducateur modèle.

Le secrétaire, à Paris, du Comité des anciens élèves deBrugelette, eut à cœur de remercier le Père Félix de l'hommage qu'il venait de rendre à la mémoire du Père Pillon.

portrait inspiré par le cœur d'un fils et tracé d'une plume qui a su reproduire les grâces et les beautés deMassillon,

Paris, le 26 novembre 1888.

Mon Révérend et bien cher Père,

Conformément au désir exprimé dans votre lettre du ^novembre dernier, j e me suis entendu avec les Pères rédacteurs des Études Religieuses, 15, rue Monsieur, et ils ont bien voulu mettre généreusement à la disposition du Gomité de Paris des anciens élèves de Brugelette, un certain nombre d'exemplaires du numéro d'octobre dernier contenant votre remarquable article sur le Révérend Père Pillon.

J'en ai envoyé immédiatement un exemplaire d'abord aux membres du comité et ensuite à un certain nombre d'anciens élèves qui m'ont paru être restés les plus attachés aux Pères Jésuites et en particulier au PèrePillon; je les priais en même temps de faire connaître votre article à ceux des anciens élèves se trouvant dans le voisinage.

J'ai reçu déjà un certain nombre de réponses dans lesquelles on me prie de vous remercier chaleureusement de votre article, je tiens à

VOUS citer quelques noms qui demandent instamment à être rappelés à votre bon souvenir : marquis J. de Certaines, docteur Jules Bucquoy, Louis de la Barre, Louisde Guinaumont, vicomte Paul de Saisy, député, comte Paul de Champagny, Alexandre de Châtenay, député, comte Casimir du Roscoat, Arthur de Gilles, Albert Vassard, comtes Raymond et Didier de Gassart, comte L. de Lambertye, Paul Lauras, Amédée de Noinville, comte Alexis de la Yiefville, Léon

de Givenchy, etc Tous ces chers camarades

ont été enchantés de votre article qui leur a fait passer d'agréables moments et a fait revivre en euxdes souvenirs de plus de quarante ans. L'opinion unanime qui résulte pour moi de leur correspondance est que votre remarquable article était désiré sur le Moi Pillon. J'ai envoyé également le numéro d'octobre à Joseph Thairier, à Gh. de Dorlodot, au comte Alfred de Pas, et connaissant ces chers camarades comme je les connais, je suis certain du plaisir qu'ils auront eu à vous lire.

Je me suis procuré, il y a quelque temps, votre livre intitulé la Destinée^ 2^ édition, et je

puis vous dire, mon bien cher Père, que ce livre est toujours sur mon bureau. Il ne me quitte plus. J'y trouve un sujet continuel de méditations.

Dans des temps comme ceux où nous vivons, on est trop heureux de renconter une publication comme celle du livre la Destinée, et il serait à désirer que ce livre fût répandu à des milliers d'exemplaires. Je ne cesse, en ce qui me concerne, de le recommander et de le faire connaître aux personnes que je vois.

Comme Vous le dites si bien dans votre introduction; cette lumière, ce phare lumineux de la Destinée est dans le monde humain, ce que l'étoile polaire est dans le monde des astronomes.

"Veuillez agréer, mon Révérend et bien cher Père, la nouvelle assurance de mon filial et inaltérable attachement.

Paul Langlois,

Secrétaire du Comité.

En 1886, le Père Félix ouvrit le Carême à

Sainte-Gudule de Bruxelles ; mais ses forces le trahirent, il dut s'arrêter après la seconde semaine. Il fut plus heureux en 1887. Il put prêcher le Carême à Saint- Jean-Baptiste, de Dunkerque. M. le chanoine Scalbert a bien voulu nous renseigner sur cette station. Il écrit :

« Le Père Félix a donné ses sept confé- « renées du dimanche, donné aux dames cinq « conférences particulières et aux hommes trois « conférences sous forme de retraite, et enfin « prêché le Jeudi et le Vendredi saints; le tout « avec une vigueur toute juvénile, un grand « entrain apostolique et un zèle toujours admise rable. J'ai donc eu en même temps l'honneur « de lui donner l'hospitalité : au presbytère, « nous étions tous ravis de sa candeur, de sa «simplicité, de sa bonhomie charmante»

« surtout le soir quand le sermon était « donné.

« C'est pendant ce carême, la veille des Ra- « meaux, que le bon Père Félix, qui se trouvait « à Lille pendant la semaine, a donné la der- « nière absolution à ma vénérée mère tombée

« en. apoplexie et privée immédiatement de « connaissance {1),

La même année, la sollicitude des Supérieurs le déchargea du gouvernement de la résidence. Il alla se fixer dans la maison ou les jeunes religieux se préparent à subir les examens de la licence sous l'habile direction des professeurs des Facultés catholiques.

Le Père Félix, sembla revivre au milieu de cette jeunesse vive et ardente dont il appréciait, pour les avoir partagés, les élans et les enthousiasmes. Il retrouva sa gaieté et sa verve de Brugelette et reprit ses ministères.

Le 10 novembre, une fête touchante le réunissait au Père Besse. Tous deux célébraient le même jour leur cinquantaine de vie religieuse. La fête fut intime, mais d'une cordialité qui, comme le disait le Père Félix, renouvelait la jeunesse des deux sympathiques vieillards. (2)

(1) Madame Scalbert qui, pendant une existence saintement remplie, a été la bénédiction de sa famille, la Providence des pauvres et l'édification de toute la ville.

(2) Devenu prêtre et vicaire, le P. Besse avait quitté le diocèse de Cambrai^ non sans peine, pour entrer dans

Le 18 janvier 1888, il prêcha à Saint-Pierre de Douai, à l'occasion de l'anniversaire des soldats tués à la guerre. 11 tenait à donner cette marque d'affection suprême au vénérable doyen de Saint- Pierre qu'il avait connu au grand séminaire de Cambrai (1).

La Parole et le Livre, telle a été la devise du Père Félix : il y a été fidèle jusqu'à son dernier

la Compagnie de Jésus, en Belgique. Ame ardente, ouvrier infatigable, orateur puissant, le P. Resse a été pendant de longues années l'apôtre des mineurs du Borinage. Plus tard, il rentre en France, où il fiit attaché à la résidence de LiUe. Dans ses dernières années il j eut pour supérieur son ancien condisciple de Cambrai. Rien n'était touchant comme la vénération que les deux religieux professsaient l'un pour l'autre, vénération qui n'excluait ni une candeur, ni un entrain du meilleur

goût. Le Père Besse mourut presque subitement, après avoir prêché trois fois à Pérenchies, le 3 février 1889, le P. Besse avait 79 ans d'âge et 52 de religion.

(l) M. le chanoine Dalhiez, successivement professeur au grand séminaire principal du collège de Cambrai et archiprêtre de Saint-Pierre, â Douai, où il est mort en odeur de sainteté.

Le Père Félix revint à Douai, du vivant de M . le chanoine Dalhiez, pour prêcher à Saint-Pierre la neuvaine du Sacré Cœur, Il trouva des accents magnifiques pour

chanter les grandeurs et les tendresses de ce divin Cœur

soupir. Dans la solitude de la rue des Stations il consacra les loisirs que lui laissait la prédication à revoir et à éditer ses retraites de Notre-Dame. Ainsi parurent successivement :

La Destinée — L'Éternité — ïm Prévarication — Le Châtiment — Les Passions — Le Prodigue et les Prodigues.

Il avait consulté M. de Pontmartin sur le titre à donner aupremier de ses ouvrages.

Il lui fut répondu par la lettre qui suit :

Les Angles, le 13 mars 1888.

« Mon Révérend Père,

« Veuillez être sûr que c'est toujours un a honneur et un bonheur pour moi de retrouver, « après tant d'années, le doux et pieux souve- « nir des réunions de Notre-Dame, et de c< rendre hommage à ce double talent de prédi- « cateur et d'écrivain que l'âge a laissé par- « faitement intact. A cet honneur vous en ajoutez un autre. Vous voulez bien me con- « sulter sur le loisir d'un titre, et je crois en

a effet que le titre n'est pas indifférent à la « propagation d'un ouvrage. J'ai lu et relu « votre lettre. Comme vous, j'ai ressenti les in- G convénients de tel ou tel titre. Il me semble « que rÉternel Avenir ou l'Avenir éternel, qui « serait peut-être le meilleur, a quelque chose a d'un peu lourd. Ne préfèreriez-vous pas l'Aa venir sans fin ? C'est bien timidement que je a vous propose cette variante.

« Tout ce que vous écrivez porte une emc< preinte si profonde de votre foi, que l'on « devine que vous ne sauriez arriver à la der- « nière page sans que le titre de votre oeuvre cr ressorte pour vous de votre œuvre même.

v< Veuillez donc, mon Révérend Père, excuser a ma témérité et agréer l'assurance de l'admi- Œ ration sincère, de la fidèle et respectueuse « amitié de votre tout dévoué,

« A. DE PONTMARTiN. »

Cette lettre fut une des dernières de M. de Pontmartin. Il écrivait au Père Félix :

Les Angles, le IG décembre 1887.

a Mon Révérend Père,

« Il n'y pas de témoignage qui me soit plus « précieux que le votre ; et pourtant, quoique la a et vérité n'ait pas d'interprète plus fidèle plus « éloquent que vous, il y a, dans votre char- « mante lettre, une phrase dont je suis tenté « de prendre le contre-pied. Vous, illustre « orateur de la plus illustre des chaires; moi, a pauvre vieux critique^ forcé de traduire sans « cesse en français le telum imbelle sineictu! a Voilà notre situation respective ; mais très « sincère objection n'ôte rien au plaisir que « j'éprouve en songeant à ce nouveau rappro- « chôment, à cette coïncidence qui me fait un « peu moins indigne de votre amitié. En re- « montant par la pensée aux beaux jours des « conférences de Notre-Dame, cette amitié, « bienfaisante de votre part, respectueuse de la « mienne, peut déjà compter plus de trente an- « nées. Pendant ces trente ans, de douloureuses « épreuves n'ont été épargnées ni à la France,

« ni à ma famille, ni à la Compagnie justement « fière, de vos longs et brillants services. Nous « avons dû, chacun dans notre sphère, nous « résigner à des mécomptes d'autant plus cruels « que les illusions avaient été plus douces « et plus vives. Vous, mon Révérend Père, « vous opposez à ces déceptions et à ces peines « vos saintes prières, que je vous demande « aussi pour moi, car j'en ai besoin. Je rece- « vrai avec une vive reconnaissance le travail « que vous m'annoncez.

« Il me prouve d'avance que votre santé se a soutient, malgré votre âge qui est à peu près « le même que le mien. Ma santé, à moi, est « bien chancelante, surtout depuis un an.

« Mes pensées deviennent de plus en plus « sérieuses, et je vous asure que vous êtes pour c< beaucoup dans ce progrès.

« Je vous en remercie, mon Révérend Père, « et je vous prie d'agréer l'assurance de ma « tendre et respectueuse amitié.

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