H. DE PONTMARTIN
Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Cambrai (1) voulut féliciter son diocésain de ses remarquables travaux. (2)
Cambrai, le 21 février 1890.
« Mon très Révérend et cher Père, c< Je reçois avec une pieuse joie et une sincère
(1) Monseigneur Odon TMbaudier, que la mort a enlevé a TÉglise et à la vénération de ses ouailles, le 8 janvier 1892.
(2) Les Retraites du Père Félix ont ti'aversé les Alpes*
« gratitude votre volume des Châtiment, et je « veux en faire quelque temps une lecture « spirituelle. Que Dieu soit loué de vous per- « mettre de continuer si loin et de couronner si « bien votre carrière apostolique. Daigne,
Nous en avons pour preuve une lettre que nous donnons avec son parfum italien.
Naples (Italie), 8 juin 1891 .
« J'ai appris du journal la Cattolica les lou- « anges de vos Retraites • de Notre-Dame de Parisy ft et en même tepaps l'invitation â les traduire en « italien.
« Comme je suis sûr que cela pourrait apporter un « avantage substantiel aux mœurs de mes concitoyens, « je voudrais bien m' engager à faire cette traduction.
« C'est pour cela que je vous prierai de m'en donner, « s'il vous plait, la permission, et je votts en remercie « d'avance.
« Agréez, mon très Révérend Père, l'assurance du pro- « fond respect d'un ancien élève de votre Compagnie et « je suis maintenant,
Votre très humble serviteur
AnI-ônio di Crescenzo,
Direttofe del Vlnstituto gimase liceale Via S* M^ Antésaecula, 18.
sa bonté, pour nous et pour vous, vous con- « server bien des années encore à ce diocèse, « à la sainte Église, à votre illustre Com- « pagnie, au service de l'Évangile et des âmes.
« Je vous bénis de la main et du cœur, mon « très Révérend et bien cher Père, en re- « commandant à vos saints Sacrifices.
« Votre humble et religieusement dévoué « serviteur.
« -j- OdON, Arch. de Cambrai. »
Une lettre de Monseigneur Baunard, recteur de l'Université de Lille, lettre que la presse catholique a reproduite, devance le jugement de la postérité.
Lille, le 19 juillet 1890.
« Mon Révérend Père,
« Vous voudrez bien m' excuser de répondre « si tard à l'hommage de votre nouveau et «: excellent volume : les Passio?is^ dont vous « m'avez honoré. J'ai voulu d'abord me donner
« le plaisir de vous lire en partie, afln de V vous remercier en connaissance de cause.
« Je vous ai retrouvé tout entier dans cet « ouvrage, mon Révérend Père, votre méthode, « votre puissance dialectique, votre profonde « analyse de l'homme et des ressorts de sa vie « morale, avec ce mouvement de la pensée et « de la parole qui entraînait les hommes sur a vos pas dans les voies qui mènent à la vertu, « au salut, au bonheur, ce qui veut dire à a Dieu.
« Voici que cette série de volumes la Des- « tinéûf r Éternité, le Péchés le Châtiment, les « Passions va constituer dans son ensemble « une vraie somme de morale et de spiritualité, a qui sera, elle aussi, \q Progrès dans le sens le « plus pratique de ce mot.
« Que vous êtes heureux, mon Révérend Père, « de pouvoir donner à votre belle vieillesse « cet emploi, et à votre vie apostolique cet ad- « mirable couronnement ! Nous en sommes bien réjouis pour vous et avec vous, nous qui « possédons à Lille votre vénérée présence, et qui nous éclairons les premiers aux rayons
« de cet occident de votre existence qui garde « encore toute sa clarté et tous ses feux.
« Mais ce qui vous touche plus que tout le 4 reste, c'est que vous avez là encore le moyen « très puissant, je suis sûr, très efficace, de « procurer la gloire de Dieu et le salut des « âmes. Ces fruits que vous aurez laissé mûrir « à l'arbre pour les cueillir au soir de vos « jours, vont nourrir encore bien des affamés « de vérité et de grâce. Soyez remercié pour « eux tous! Je suis de ce nombre, mon Révérend « Père, et je ne puis avoir de meilleure lecture « spirituelle que celle qui me parlera de Dieu « par votre plume, comme vous nous en avez o parlé si souvent et si éloquemment par vos c< lèvres.
« C'est vous dire ma particulière reconnaisc< sance, dont je vous prie d'agréer l'hommage, « mon Révérend Père, avec celui de mon pro- « fond respect et de mon entier dévouement.
« Baunard. »
A chaque apparition d'un nouveau volume, il aimait à s'entendre dire : Ce livre vaut
mieux ad major em Bel glonam^ fait plus de bien et apporte aux hommes plus de grandeur véritable que l'Exposition de 1889. Pareil témoignagele transportait de joie. Son bumilité ne voyait que Dieu, et sa naïveté. parlait de lui-même comme s'il eût été question d'un autre.
Au retour d'un carême, une religieuse de Notre-Dame du Cénacle lui dit : «Mon Père, j'ai lu ce matin un compte rendu élogieux de votre station; avez-vous été satisfait vous-même est-il exact?.. — Lisez-moi l'article, répondit-il, je vous dirai s'il est vrai. Oui, ajouta-t-il avec sa simplicité ordinaire, c'est bien cela; l'auditoire a été nombreux; on a été content. » Le Père Félix pouvait parler ainsi, parce que le Ad majorent Bel gloriam de saint Ignace était le but constant de son âme apostolique et vivait dans son cœur comme il se trouvait sur ses lèvres.
Dans sa vieillesse, comme dans la splendeur
de l'âge mûr, le Père Félix s'associait à
toutes les émotions du monde catholique.
Quand la mort de Louis Veuillot mit l'Eglise
de France en deuil, il écrivit à M. Eugène Yeuillot pour lui exprimer la part qu'il prenait à la disparition de l'illustre polémiste. La sœur de Louis Veuillot lui répondit :
Pari?, 16 mai 1883,
ft Mon Révérend Père,
« Mon frère Eugène, accablé de besogne, me « prie de vous dire combien il vous est, nous « vous sommes tous reconnaissants de la lettre « que vous avez bien voulu lui écrire, afin que « nous sachions bien, ce dont nous ne pourrions « d'ailleurs douter, qu'avec nous vous avez « pleuré notre frère, que vous avez prié, que « vous prierez toujours pour lui.
« Il nous est bon, au delà de toute expression, « d'entendre les voix les plus autorisées « afârmer qu'il a bien servi la sainte Église. Il « n'a jamais voulu faire autre chose, voilà, « mon Révérend Père, notre vraie consolation. « En voyant avec quelle ampleur l'Église « militante honore celui qui l'aimait plus que « sa vie, nous nous disons : il est de l'Église
« triomphante. Bénissons le bon Dieu etfaisons- « nous de nos larmes un grand mérite devant ft lui.
« Car ces larmes, qui n'empêchent point de « se résigner fermement, sont un bien pour les âmes affligées.
« Je suis de tout mon cœur, mon Révérend « Père, votre très humble serviteur,
« Elise Veuillot. »
Le Père Longhaye enrichissait la littérature française de chefs-d'œuvre. Le vieil athlète voulut couronner son frère dont l'émotion se traduisit par une lettre exquise.
« St Joseph' s house S long h (Bucks). ■ « Angleterre, 22 janvier 1889.
« Mon Révérend Père,
« Combien je suis touché de l'excellente « lettré dont vous avez bien voulu m'honorer !s « Parmi les; encouragements que pourraient «recevoir mes; études sur la Prédication, ^e, «n'ai pas à dire pourquoi les vôtres devaient,.
« avoir un prix exceptionnel. Mais je voudrais « pouvoir vous dire à quel point me réjouit « une • bienveillance si entière et si paternelce lement bonne. Je prie Dieu de suppléer a «l'impuissance de ma gratitude, et je vous <( prie, mon Révérend Père, de croire cette « gratitude aussi cordiale et profonde qu'elle « est possible de l'être. Non certes, vous n'êtes « pas de ceux qui sont d'autant plus difficiles à « autrui qu'ils ont moins produit par euxç< mêmes. Après une carrière personnelle si «féconde, vous savez à fond la meilleure « leçon de l'expérience : l'indulgence pour le
« bon vouloir d'autrui
« Mais je m'en voudrais, mon Révérend Père»
«si je ne vous remerciais pas spécialement pour., ce que vous me dites de l'amour de « Notre- Seigneur. Dans les rares comptes a rendus qu'on a faits de mon oeuvre, on ne « s'est -pas avisé de remarquer ce point, le « capital, à mes yeux. Oui, certes, j'ai voulu «faire une œuvre cordiale et prêcher aux « prédicateurs cet amour de Ndtre-Seigneur « qu'ils devront prêcher aux autres^ Vos iy^eux
c< ni votre cœur ne s'y sont pas trompés et je « suis heureux de me sentir autorisé par votre «témoignage à croire que je n'ai pas tout à « fait manqué à mon - but.
« Ici, mon Révérend Père, notre jpune « bibliothèque ne possède pas encore vos der- « nières publications, mais elle les possédera, « et nos chers frères pourront voir quel apôtre « était le conférencier de Notre-Dame, « quand il lui était permis d'être apôtre à sa « façon.
« Dieu vous donne d'achever la publication « commencée et de pouvoir dire sans restric- « tion aucune yoItq Eœegi monumentumî Dieu « vous donne aussi des continuateurs ! Nous « avons, je le sais, quelques jeunes gens de « très sérieuse espérance et j'ai fait, pour mon « humble part, quelque effort dans l'intention « de les initier de loin, sinon à la conférence, « au moins au ministère de la parole sacrée.
« De là mon livre, qui n'est que la rédaction « de mon cours. Que donneront ces jeunes « gens? Il faut attendre quelque quinze ans « pour s'en rendre compte. Dieu veuille que,
« de façon ou d'autre, ils ne soient pas étouffés « en chemin !
« Merci, encore une fois, mon Révérend « Père. Je suis en union de vos SS. sacrifices.
Reverentiae vestrae infimus iu Christo servus.
« E. LONGHAYE, S. J. »
Un livre remarquable : En avant, venait de paraître. Le Père Félix se fit un devoir de féliciter l'auteur. Il parla de VOEuvre des Cercles qu'il avait toujours encouragée et reçut de M. le Comte de Mun un mot du cœur :
a Mon révérend Père,
« Le témoignage de haute sympathie et de « bienveillant encouragement que vous don- « nez à l'Œuvre des Cercles, dans votre lettre « à l'auteur à.' En avant, publié par la Croix « d'hier, m'a pénétré de reconaissance.
« Je vous demande la permission de vous « adresser ici, avec mes très vifs remercie-
« ments, l'hommage de mes sentiments de c< profond respect.