A. DE MUN
Un religieux de la Compagnie de Jésus lui avait offert un ouvrage sur les Iles de Marbre, Excwsion dans la mer Egée. Le Père lui réponsdit :
« Mon Révérend et cher Père,
« Je vous remercie de l'hommage de votre « intéressant voyage dans la mer Egée: et, en « même temps, je vous félicite de la manière « exquise avec laquelle vous rendez compte de « vos impressions de touriste. Vous avez la « clarté, le pittoresque, l'élégance, et j'ai lu c< peu de choses mieux écrites que votre récit. »
« Tout à vous en Notre Seigneur. »
« J. FÉLIX, S. J
En 1889, le Père Félix alla prêcher le carême à Cambrai. Il écrivait à un de ses frères, qui avait recommandé à ses prières la station de Notre-Dame de Rennes :
Lille, 20 mars 1889.
« Mon bien cher Père,
« Mesvœux, et mes prières vous accompagnent dans votre ministère. Pour moi, je « vais à Notre-Dame de Cambrai. Je finis où « j'ai commencé.
« Je vous remercie de m' avoir envoyé votre « invitation aux Conférences d'Hommes. Je « tâcherai de vous imiter. »
Et le bon Père ajoutait avec sa 7iaiveté ordinaire :
Dites-moi comment vous faites distribuer vos invitations.
« Les en voyez- vous à tous les hommes?
« Quelles sont vos ressources pécuniaires?. »
Ce que fut le carême de Cambrai, la lettre de Monseigneur l'Archevêque le dit avec effusion.
Lyon, le 7 avril 1889.
Mon Révérend Père, « J'ai déjà remercié ceux qui m'ont donné la
t< bonne nouvelle que vous prêchiez avecédifi- « cation et fruit la station quadragésimale à la « cathédrale de Cambrai; mais je tiens à vous « remercier vous-même après en avoir rendu « grâce à Dieu.
« J'ai la confiance, mon Révérend Père, que, « en approchant des jours saints et de la « grande fête pascale, le travail delà grâce « céleste, s'unissant au vôtre, complétera les « résultats déjà obtenus par votre parole apos- « tolique; les chers habitants de Cambrai ne « laisseront pas passer sans y répondre dignece ment l'invitation qui leur est providentiel- « lement adressée de rentrer ou de se mieux « établir dans les devoirs de la vie chrétienne, a La voix qui, durant tant d'années, a si puis- « samment agi dans l'enceinte de Notre-Dame « de Paris sur des âmes de caractères si divers, « ne saurait avoir une moins heureuse onction c sur mes excellents diocésains .
« Je prie du fond du cœur Notre-Seigneur « Jésus-Christ et sa très sainte Mère de pré^ « sider à votre ministère et d'en féconder le « dévouement;
G Retenu à regret par des délais inévitables « loin du peuple chrétien dont la direction m'est « confiée parle vicaire de Jésus-Christ, je serai « du moins bien heureux d'apprendre qu'il jus- « tifie, notamment dans la ville de Cambrai, « les éloges qu'on m'a faits de lui, et que les «Pâques de la ville métropolitaine ont été « celles d'une fidèle et édifiante population « caiholique.
« A cette fin, mon Révérend Père, je bénis c< particulièrement votre personne, votre zèle, « vos auditeurs et tous ceux qui profiteront de « votre apostolat.
« Je me recommande moi-même à vos saints c< sacrifices et à vos prières, en vous offrant (f l'expression de mes sentiments respectueux « et dévoués.
• t Odon,
Arch . élu de Cambrai .
Les vœux du saint Prélat furent exaucés.
V Émancipateur disait, le 24 avril 1889 :
« Le révérend Père Félix a donné hier soir,
« en l'église métropolitaine, un des plus beaux « sermons de la Passion que nous ayons j amais <' entendus. Avec de magnifiques élans d'élo- « quence, il montra en Notre Seigneur Jésusce Christ le divin consolateur de toutes les souf" « frances humaines. ■
« A Gethsémani, en effet, il est le consola- « teur des âmes dévorées par la tristesse, car « il y a connu lui-même tout ce qu'il y a de « regrets, d'ennuis et d'angoisses dans cette « peine qui ravage particulièrement le cœur.
« Les humiliations de l'âme ne lui ont pas « été épargnées davantage au cours de sa dou- « loureuse Passion. La perte de tous les biens, « de la liberté surtout; l'abandon des amis; le «déshonneur, la calomnie, la dérision, le « mépris, il a tout enduré, il a tout souffert.
« Et les souffrances corporelles, qui les a «plus subies que le divin Sauveur? C'est la « flagellation qui fait voler sa chair en lam- « beaux; c'est le couronnement d'épines qui « déchire son auguste front; c'est le portement « de la croix, c'est le crucifiement, c'est la « mort au Calvaire !
« Jésus-Christ est donc par excellence le a consolateur de ceux qui souffrent, car lui- « même a souffert, et souffert sans être con- «solé!
« La péroraison de cet admirable discours a « été particulièrement émouvante. Le révérend « Père Félix s'est élevé avec une vigueur incomparable et une chaleur de sentiments vérita- « blement empoignante contre l'impiété sectaire « qui veut arracher le crucifix à toutes les fit âmes torturées, à toutes les âmes délais- « sées. »
G Constatons, en terminant, combien était « nombreuse l'assistance des fidèles accourus « pour entendre la parole si convaincante et si « élevéedel'ancien conférencier de Notre-Dame « de Paris. Nous ne nous rappelons pas avoir a jamais vu, dans Téglise métropolitaine, un « auditoire aussi compact et aussi recueilli.
Le dimanche de Pâques, la communion générale fut magnifique. Jamais la cathédrale de Cambrai n'avait vu les hommes allant en si grand nombre s^'asseoir à la Table sainte, sans peur et sans reproche. Ce fut, comme le dit Mon-
seigneur Tévêque de Leydda, avec son autorité et son cœur « un vrai triomphe pour l'Église de la terre et du ciel » .
Le prélat adressa, au nom du diocèse, les remerciements les plus émus au Père Félix, lui donna rendez-vous pour de nouvelles conquêtes et le proclama « l'apôtre inconfusible qui sait traiter la parole de vérité avec droiture et grandeur et dont l'éloquence et la vertu sont~ la gloire du dix-neuvième siècle » (1).
A Lille, le Père Félix avait trouvé sa maison de Béthanie qui, sur le soir de sa vie, lui rappelait les joies de son enfance à Neuville.
M. Jeanroy Félix (2), son petit neveu, lut appelé à professer les humanités au collège de Saint-Joseph. Sa présence fut une douceur et une consolation pour l'aimable vieillard. Il s'associait à toutes les joies de ce foyer où il aimait à s'asseoir.
(1) Voir l'Èmancipateur du 24 avril 1889.
(2) M. Jeanroy a épousé la petite nièce du Père Félix; M. Jeanroy est auteur d'une Nouvelle Histoire de là Littérature française.
Au jour de sa fête, le neveu reçoit la poésie ci-joiute (1) :