‹ Le R.P. Louis Saché de la compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 10 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

id Au fur et à mesure que les années s'écouté laient, les Jésuites voyaient leur nombre re: s'accroître, leurs œuvres s'agrandir, la mis-

sion se développer.

ste Nous avions déjà un noviciat et des . novices pleins d'ardeur, des résidences à on Laprairie, à Chatham, à Sandwich, un col- FT lège à Montréal ; c'était beaucoup, mais la

charité ne demande qu'à se répandre et la Capitale nous appelait dans ses murs.

Le 16 mars 1800, le P. Casot, dernier survivant de l'ancienne Compagnie en Canada, était mort à Québec au milieu des bénédictions et des regrets de tout un peu-

ple; il convenait de renouer au plus tôt la chaîne interrompue de notre ministère.

La Congrégation des Hommes, autrefois fondée et dirigée par nos Pères, existait encore; le vieux Collège, aux murs indestructibles, du moins par la main du temps, s'élevait en face de la basilique, et malgré les profanations qu’une soldatesque imbécile lui avait fait subir, ce vénérable édifice, berceau de la science en Canada, était toujours là debout pour redire à notre génération les travaux deux fois séculaires des fils de saint Ignace.

Le premier décembre 1848, Mer Flavien Turgeon, Coadjuteur de Québec, avait exposé au conseil de la Congrégation de Notre-Dame son projet de former un établissement de prêtres de l’ordre des Jésuites et exprimé le désir que le presbytère de la Congrégation fût affecté à leur logement,

si eux-mêmes se chargeaient de prendre

soin de la Congrégation en qualité de

Directeurs ou Chapelains.

Deux jours après, les membres de cette Congrégation, réunis en assemblée générale, passaient les deux résolutions suivantes :

“ 19 Que l'assemblée approuve avec plaisir la résolution adoptée dans l'assemblée du Conseil tenue le rer du présent mois relativement au projet de mettre le presbytère de la Congrégation à la disposition de quelques membres de l'Institut des Jésuites qui seraient appelés en cette ville par les Supérieurs Ecclésiastiques.

‘2° Que se rappelant les services immenses rendus à la religion par cet institut dans tous les pays du monde, et que c’est surtout par le zèle de ses membres que la foi a été établie dans ce pays, l'assemblée voit avec satisfaction le projet de les réta-

blir dans cette ville et sera heureuse d'y

contribuer, non-seulement pour l'avantage de la Congrégation, mais encore pour celui des autres catholiques de la ville et du diocèse qui seront appelés à profiter de leurs.

lumières et de leurs travaux.”

Avec l'agrément de Mer Signay, le P.

Saché se rendit à Québec, y fonda une Résidence et reprit la direction de la Congrégation des Hommes de la Haute-Ville.

C'était le 27 juillet 1840.

Cette entrée dans la Capitale fit faire un grand pas au développement de notre Mission. Québec était alors le centre incontesté du mouvement intellectuel en Canada :

il était donc avantageux que nous eussions là des hommes capables d'étudier sur place la cause des variations qui, ici comme ailleurs, bouleversent si souvent l'atmosphère de l'opinion publique et d'apprécier à leur valeur ceux qui donnent l'impulsion aux idées et dirigent la marche des principes.

ge D'un autre côté, le diocèse de Québec offrait lui un champ des plus vastes à la prédication et 10- aux autres ministères de la Compagnie.

rs. À ce double point de vue la Compagnie pouvait en toute sécurité remettre ses inté- F, rêts et son honneur er.:e les mains du P.

ne Saché et de son com; ‘non, le P. Faleur.

n- “ Nous recueillons,” disait le P. Faleur, le. “un des précieux héritages de nos Pères, cultivé depuis la suppression de la Compa- 1n gnie par des prêtres fervents et même par S- Mer Plessis de glorieuse mémoire ; nous n- sommes appelés à continuer une dés œu- A ; | vres de l'ancienne Compagnie ; puissionsnous toujours imiter ses exemples d’édification, son zèle brûlant pour les âmes, son l- dévouement à la gloire de Dieu et au sae lut du prochain !

LT ‘“ Quelques vieillards à cheveux blancs.

nous rappelaient dernièrement en pleurant, quelques traits de charité de nos anciens

} ne |L

LP Dm pr

PES a

Pères. Ces traditions sont pour nous un bien puissant aiguillon. Priez pour que nous puissions conserver intacte cette belle réputation dont jouit la Compagnie dans ces contrées.

“ Jci, plus que partout ailleurs, elle apparaît au souvenir du Clergé et des populations catholiques, rayonnant de la triple auréole de la science, de l'apostolat et du martyre, et nulle part, que je sache, on ne l'entoure de plus de respect, on ne lui témoigne plus de sympathie, de confiance, d'estime et d'affection.”

Avides du salut des âmes, ardents au travail, les deux Pères ne tardèrent point à imprimer partout la marque de leur talent et de leur zèle : les retraites se succédaient avec une rapidité merveilleuse, les sermons, les confessions, les visites aux hôpitaux les sorçaient de se multiplier. Toutes les Congrégations, tous les couvents de Québec,

et Dieu seul en sait le nombre, voulaient

entendre la voix des Jésuites et profiter de leur apostolat.

Après une journée de dur labeur, ils rentraient souvent à la Résidence pour n'y trouver que la gêne et les privations sous toutes les formes ; le local était trop petit, l'ameublement tout à fait insuffisant, et les fluctuations des aumônes les faisaient à tout moment passer de l'abondance au révime alimentaire le plus économique; et n'eût été la charité si prodigue et si prévoyante des Dames Ursulines et de l'Hôtel- Dieu, ils auraient compté plus de jours de jeûne et d'abstinence que n'en comporte le soin ordinaire de la santé.

Au reste, ces intermittences ne se renouvelèrent pas longtemps ; bientôt même les dons affluèrent avec une libéralité qui permit au P. Saché de faire à son tour des largesses à de plus pauvres que lui. Les

LP ÿ } 4 ht ÿ À è f 4:

Denis A Péreeut Saenr-r rie de PO

occasions ne faisaient point défaut; mais c'est surtout l'aumône des bons conseils, des prières, des exhortations que le Père ré-

pandait avec profusion.

Dès son arrivée à Québec, il s'intéressa vivement à un projet d'œuvre de bienfaisance, qui était déjà à l'étude ou plutôt à la prière, et consacra tous ses soins à le faire réussir.

S'apitoyant sut le sort de ces infortunées créatures que la passion et souvent la misère poussent au déshonneur et à la ruine morale, des personnes pieuses et charitables conçurent le dessein de leur procurer une maison de refuge. Le P. Saché jeta dans la balance indécise le poids de son autorité et la Maison Ste-Madeleine fut ouverte. C'était déjà quelque chose, mais

il fallait assurer l'existence de l'œuvre. Une Congrégation Religieuse naquit de ce pre-

mier et généreux mouvement ; les dames

charitables se réunirent peu à peu sous

une règle et adoptèrent quelque temps

après des constitutions sur l'ébauche qu’en

avait tracée le Jésuite.

La Communauté eut à subir les contra-

dictions ordinaires et à répondre par des

faits incontestables aux objections que sou-

lèvent toujours les œuvres de Dieu. C'est

encourager le vice, disait-on, que de lui mé-

nager une retraite d'où il pourra toujours sor-

tir après que le dégoût ou la satiété ou un

repentir éphémère se sera dissipé ; ces vic-

times de la débaucheiront tout simplement

se refaire au refuge de tous les jeûnes que

leur impose une vie hasardeuse et vaga-

bonde, pour prendre un nouvel élan vers le

mal.

Les promoteurs de l'œuvre se plaçaient

à un autre point de vue. Si nous réussissons, disaient-ils, à retirer de la prostitution quelques-unes de ces malheureuses, à les ramener à une vie pénitente, à les réha-

biliter, sinon devant les hommes, du moins

devant Dieu ; si nous empêchons quelques fautes mortelles de se commettre, ce sera déjà un assez beau résultat de nos efforts, et ils continuèrent à donner au Refuge leur protection et leur secours.

Nul plus que le P. Saché ne déploya de persévérance et d'énergie pour faire triompher de tous les obstacles une institution qui lui paraissait si propre à sauvegarder les intérêts de Dieu.

Mais écoutons des paroles où la reconnaissance donne un charme de plus à la vé-

rité; citons une page des Annales de l’Asile

du Bon Pasteur à Québec.

“ Notre Communauté était en ses premières heures d'existence ; sans passé, pres-

que sans espoir d'avenir, elle se voyait en présence de la misère qui menaçait de paralyser ses œuvres. Ce fut dans des circonstances aussi peu favorables que le P.

Saché voulut bien se charger de la direction de notre maison, connue alors sous le nom d’Asile Ste-Madeleine, à la rue Richelieu.

‘“ Le jour même de la fondation de cet asile de pénitence, 12 janvier 1850, il y fit entrer la première repentie qui soit venue frapper à notre porte. ‘ C'est le Divin Bon Pasteur qui conduit cette pauvre brebis ; il ne faut pas Ja refuser, écrivait-il à notre Mère fondatrice.

‘“ Dans une autre de ses lettres, nous lisons : ‘Si la Providence vous envoie des pénitentes bien disposées, ouvrez-leur votre asile ; Dieu les y nourrira : une commurnauté grandit véritablement quand la charité grandit au milieu d'elle.

11 “ Cette charité que nous prêchait le bon

DL! Père, il l'exerçait auprès de nous en toute circonstance. Quand la pénurie se faisait tr . sentir à Ste-Madeleine, il partageait «x. …— Jinstitution naissante, les aumônes

| offertes à sa propre communauté, qui, à

DD cette époque, avait bien aussi ses jours de

dll gêne et de privation.

| “ Cette pensée nous rendait doublement

Li précieux les dons qui nous venaient de la | charité des bons Pères Jésuites, dont notre

10! directeur si dévoué se faisait l'aumônier. Li l Voulait-il soutenir le courage de nos fonda-

trices : ‘ Tout viendra à temps, leur répétait-il; ‘tout viendra à temps; ce que

“ TITRE Mae

Dieu ne fera pas par les hommes, il le fera

| par lui-même. Et la confiance renaissait | dans les cœurs, la vérité de ses paroles ne

Lens re

manquant jamais de se justifier.”

Les cœurs bien nés sont sans doute por-

tés à s'exagérer la grandeur des bienfaits

or es

LE

RE PER D ST EE ee EU ES ES

mg ee

per

QUÉBEC reçus ; cependant il faut ici le reconnaitre ; quelque petits qu'aient été les services que le P. Saché rendit à la Maison du Bon Pasteur en comparaison de ceux qu'il aurait voulu lui rendre, il fit tout ce qui était alors en son pouvoir pour adoucir à ces dévouées et saintes filles les premières rigueurs de leur sacrihice. Mais ses soins ne se bornaient pas à des secours temporels ; à vrai dire, lui-même ne considérait cette assistance que comme un devoir ordinaire qu'imposait la nécessité, et il le remplissait sans y songer davantage. C'est dans l'ordre spi-

rituel que s'exerçait surtout sa prévoyance.

“ Son zèle pour la sanctification des âmes,” continuent les Annales, “ne connaissait point de bornes. Aussi fut-il heureux le jour où pour la première fois le Saint Sacrifice de la messe fut offert sous l'humble toit de l'Asile de Ste-Madeleine. Ce fut toute une solennité.

Page 1