CHAPITRE V
La science et la sainteté du P. Saché, son humeur franche, son énergie, le tact et le savoir-faire dont il donna des preuves en toutes circonstances, n'avaient pas échappé aux regards perçants de Mer Bourget. Ce saint évêque ne tarda pas à lui donner une marque de sa haute confiance.
Le collège Ste-Thérèse, situé à quelques lieues de Montréal, se trouvait alors au milieu des difficultés qui accompagnent trop souvent les commencements d’une œuvre de mérite, et se voyait depuis quelques années menacé d’une ruine totale par suite de dissensions intestines et surtout par le manque d'énergie dans la direction.
Monseigneur voyait avec peine une des institutions les plus en vue de son diocèse s'engager dans cette pente qui devait fatalement la conduire à un prompt et irréparable désastre, si on ne lui envoyait un secours immédiat, et pensait avec raison que la présence d’un homme aussi distingué par sa prudence que par sa fermeté pouvait seule rétablir l'ordre nécessaire et par la mise en vigueur de saines traditions disciplinaires, donner un élan durable à cette œuvre naissante. Il choisit donc le P.
Saché pour Directeur de cette maison.
d'éducation et l'événement justifia la sa-
gesse de ce choix.
Le 31 juillet 1848, l'année même que s'ouvrit le Collège Ste-Marie, le P. Saché prenait la direction du Collège Ste-Thérèse.
La situation était délicate à l'extrême ; il n'est pas moins délicat aujourd’hui pour un Jésuite d'entrer dans des détails à ce sujet ;
— ange een neege tome
mais voici comment résume les travaux de
cette administration d’une année seulement, un témoin oculaire dont personne ne mettra en doute la parfaite impartialité dans cette question, je veux dire Mgr Labelle.
“ Le P. Saché était appelé par la confiance de ses supérieurs à remplir une mission fort difficile. La discipline du Séminaire s'était relâchée par suite d'un gouvernement trop paternel. Il fallait rétablir le respect de la règle, donner un nouvel essor au cours d’études, inspirer aux élèves un plus grand amour du travail.
“ Le P. Jésuite ‘ iit regardé d'un mauvais œil par les séminaristes, lesquels ne juraient que par les douceurs de l’ancien régime.
“ Au milieu de tous les obtacles, de toutes les difficultés qui renaissaient à chaque pas, son zèle, son dévouement, son habileté étaient toujours au niveau des circonstances; ferme sans rigueur, il faisait respecter
PR Co
D ns a TUE
l'autorité et façonnait peu à peu cette communauté à remplir toutes les obligations du règlement.
“ Par ses sermons solides, clairs, nourris de doctrine et d'Ecriture Sainte, il parlait à la raison de ses élèves, tandis que ses prières fréquentes devant les Saints Tabernacles, par sa dévotion onctueuse, ses rigoureuses pénitences il leur parlait au cœur et gagnait insensiblement leur estime et leur affection.
‘ A la fin de l’année, il n'y avait qu'un concert de louanges en l'honneur du bon Père et chacun s’efforçait de lui donner des marques de respect et d'affection.
‘ Pour donner une idée de sa mansuétude et de son tact dans le commandement, il avait complètement banni la férule comme moyen de correction, ce qui avait contribué fortement à incliner vers lui le cœur de ses élèves.
‘A l'ouverture des vacances, le bon P.
Saché se leva pour faire ses adieux, mais son émotion était trop grande, les larmes étouffèrent sa voix à la pensée qu'il devait quitter sitôt ses chers enfants.
“ Dans la précipitation du départ, il oublia ses instruments de pénitence, sa discipline, son cilice et une chaîne de fer ornée de pointes, qu'il cachait dans son lit. On comprit alors pourquoi le bon Père paraissait parfois si souffrant et semblait se tordre de douleur au ïuilieu des récréations, surtout lorsqu'il prêchait une retraite soit au collège soit dans les paroisses environnantes.”
Le P. Saché avait pour l'aider dans son œuvre de réforme un compagnon qui savait l’art de gagner les cœurs par l'exquise douceur et l’affabilité de ses manières et commandait l'estime par son savoir et sa vertu ; c'était le P. F. Cicaterri que la révolution venait de chasser de Vérone où il était rec-
————m— + ee = + 0
teur du Collège des Jésuites. Musicien distingué, il composa pour les élèves de Ste-Thérèse la musique d’une cantate que les connaisseurs trouvent remarquable de mélodie et qui s'est transmise jusqu’à nos jours comme le chant du Collège.
Il fallait des mots pour cette musique ; le P. Saché qui ne s'était jamais exercé que dans la langue de M. Jourdain, se dévoua pour la circonstance et lança son premier jet de poésie.
Sans doute, nous devons lui tenir compte de sa bonne volonté, surtout de son sacrifice; mais le succès fut complet et bien peu de vers des gens du métier ont vécu
si longtemps et furent si souvent applaudis.