LES OPINIONS SUR LA VÉNALITÉ
Non seulement, la vénalité a donné les résultats que nous avons énumérés aux chapitres précédents, mais encore elle à été à peu près unanimement condamnée. ;
La première condamnation que nous trouvons est écrite dans le testament de Richelieu (1) : « Si mon but, disait-1l, était de m’acquérir par « cet ouvrage l’inclmation du peuple plutôt que « de mériter sa bienveillance en me rendant « utile à Etat, je soutiendrai qu'il faut suppri- « mer la vénalité et Le droit annuel tout ensem- « ble ; chacun s’est tellement persuadé que ce « sont deux sources des dérèglements du « royaume que la voix publique me donnerait
1. Testament politique du cardinal de Richelieu. Ch. IV, section I.
« des couronnes sans examiner si je les aurais « méritées.. Il y a des abus qu'il faut souffrir « de peur de tomber dans des suites de plus dan- « gereuses conséquences. Le temps et les occa- « sions ouvriront les yeux à ceux qui viendront, « en un autre siècle, pour faire utilement ce « qu’on n’oserait entreprendre en celui-ci sans « exposer imprudemment l'Etat à quelque « ébranlement. » À
où
Malgré cette condamnation et l’espoir qu'il exprime, le grand politique, mettant en avant la constitution présente de l'Etat, déclare que le désordre qui proviendrait des menées et des brigues par lesquelles on pourvoirait aux offices, serait plus grand que celui qui nait de Ja liberté de les acheter ou de les vendre. Il redoute, en outre. la diminution de ressources qui résulterait de la suppression du Bureau des parties casuelles,
C'est donc pour une raison identique à celle qui l’a faite établir, une raison d'ordre financier, qu'il se prononce provisoirement et momentanément en sa faveur. Quant aux brigues et aux menées, il est naturel de voir Richelieu les redouter par dessus tout. C'est la même raison que Louis XIV invoquait, cinquante ans plus tard, pour remplacer Les magistrals municipaux élus par des officiers, propriélaires de leurs
charges.
Crozet 11
Bodin (1), appréciant à son tour la vénalité, s'exprime ainsi : « Tibère parlait du temps que les offices étaient donnés, non pas vendus, impétrés, non pas achetés, réservés aux plus gens de bien, non pas exposés aux plus vicieux à prix d'argent; à plus forte raison, Pavis de Tibère doit avoir lieu en Républiques où les états et offices sont vendus aux plus offrans, car il est à présumer, disait l'empereur Alexandre etaprès lui Louis XII, que les marchands d’offices vendront au détail et le plus chèrement qu'ils pourront ce qu'ils auront acheté en gros. » L'avis de Tibère, dont il est ici question, porte que tout changement de fonctionnaire amène de nouvelles exactions aux dépens du peuple. On a vu quel à fortiori en tire Bodin contre les offices vénaux.
Dans Pavant-propos de son Traité des offices, Loyseau s'exprime ainsi : «Je n’estime pas qu’il y ait rien, en notre usage, plus contraire à la raison que le commerce et vénalité des offices, qui préfère largent à la vertu en la chose du monde où la vertu est plus à rechercher et l’argent plus à rejeter. Car, si l'officier mérite sa charge, ce n’est pas raison qu'il Paccepte ; s'il ne la mérite pas, il y à encore moins de raison de la lui vendre... vouloir régler par raison le droit