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légitime coutume, la charge de juger, se vende, et les jugements soient payez à purs deniers comptants et où légitimement la justice soit refusée à qui n’a de quoi la payer; et ayt cette marchandise si grand crédit qu'il se fasse, en une police un quatrième estat de gents maniants les procez pour le joindre aux trois anciens de l'Eglise, de la noblesse et du peuple (1). »
La Bruyère ne lapprécie pas moins sévèrement, quoique à mois couverts et en recourant à de prudentes comparaisons : € On a toujours vu, écrit-il, dans la République, de certaines charges qui semblent n'avoir été imaginées la pre- - mière fois que pour enrichir un seul aux dépens de plusieurs. Les fonds etl’argent des particuliers y coulent sans fin et sans interruption; diray-je qu’il n’en revient plus ou qu’il n’en revient que tard? C’est un gouffre, c’est une mer qui reçoit les eaux des fleuves et qui ne les rend pas, ou si elle les rend, c’est par des conduits secrets et souterrains, sans qu'il y paraisse ou qu'elle en soit moins grosse et moins enflée Ce n’est qu'après en avoir Joui longtemps et qu’elle n’en peut plus retenir (2). »
Nous pourrions ainsi multiplier les citations de
1. Montaigne. Essais, 5e édit. Garnier, Paris, 1885, V. je p. 86.
2. La Bruyère. Caractères de ques usages. Ed. Sos t. II, page 252.
Rabelais, de Molière, de Marot, de Boileau. Les critiques qu'ils adressent à notre institution sont connues. Elles ajouteraient peu de chose à notre démonstration. |
Il suffit donc de les rappeler. Nous arrivons ainsi à Montesquieu. Son opinion sur la vénalité est célèbre et favorable au trafic des offices. Il est seul de son avis. Et Voltaire a prétendu l’expliquer en disant : « Plaignons Montesquieu d'avoir déshonoré son ouvrage par de tels paradoxes ; mais, pardonnons-lui; son oncle avait acheté une charge de Président en province et il la lui laissa. On retrouve l’homme partout. Nul de nous n’est sans faiblesse (1;. »
En effet, dans l'Esprit des Lois (2), Montesquieu, à la question « convient-il que les charges soient vénales », répondit : « Klles ne doivent pas l'être dans les Etats despotiques où il faut que les sujets soient placés et déplacés dans un instant par le prince.
«, Cette vénalité est bonne dans les Etats monarchiques, parce qu’elle fait faire comme un métier de famille ce qu’on ne voudrait pas entreprendre pour la vertu ; qu’elle destine chacun à son devoir et rend les ordres de l'Etat plus permanents.…
4. V. Dictionnaire philosophique : Lois (Esprit des). 2. Livre V, chap. XIX.
« Platon ne peut souffrir celte vénalité, c'est, dit-il, comme si, dans un navire, on faisait quelqu'un pilote ou matelot pour son argent, serait-il possible que la règle fut mauvaise, dans quelque autre emploi que ce fut de la vie et bonne seulement pour conduire une République?
« Mais, Platon parle d’une République fondée sur la vertu et nous parlons d'une Monarchie. Or, dans une monarchie, où, quand les charges ne se vendraient pas par un règlement publie, l'indigence et lavidité des courtisans les vendraient tout de même, le hasard donnera de meilleurs sujets que le choix du prince. Enfin, la manière de s’avancer par les richesses inspire ét entretient l'industrie, éhosé dont cette espèce de gouvernement à grand besoin. » |
Mirabeau le père, quoique plutôtfavorable à la vénalité, réconnait cependant que « le surhaussement du prix des charges à un certain point est un mal en ce quil écarte dés places et des tribunaux la médiocrité de la fortune, compagne ordinaire du vrai mérite... (1).
Le Trosne la considère comme tellement con- - damnable qu'il ne lui trouve aucune excuse : « Dira-t:on pour l'excuser que la vénalité est encore préférable à des choix, déterminés par la faveur, par le crédit, par la corruption ? Sans