‹ Le rachitismeChapitre 14 sur 56 · Vilcoq. Fractures intra-utérines. Thèse de Paris · texte numérisé non relu

Vilcoq. Fractures intra-utérines. Thèse de Paris

2. Sur une maladie spéciale du système osseux développée pendant la vie intra-utérine et qui est généralement décrite, à tort selon moi, sous le nom de rachitisme. (Acad, de médecine, 1851* Arch de tocologie, 1878.)

doctrinal, qu’il faut s’incliner devant les faits, et admettre théoriquement l’existence du rachitisme congénital, en sachant bien pratiquement qu’on ne naît pas rachitique, qu’on le devient.

Quant au rachitisme tardif, qu’on observe, à titre tout aussi exceptionnel, dans la seconde enfance, dans l’adolescence, à l’âge adulte, il est bien près de l’ostéomalacie, s’il ne se confond avec elle.

Trousseau et Lasègue n’ont pas hésité à assimiler complètement le rachitisme à l’ostéomalacie, cette dernière n’étant que le rachitisme des adultes.

Des anatomo-pathologistes très qualifiés ont plaidé la cause de la séparation, et sérieusement ébranlé la théorie de Trousseau.

Sans prétendre faire revivre cette théorie, qui compte tant d'adversaires, je rappellerai que j’ai publié un fait qui lui semble favorable. Un homme qui avait été rachitique dans son enfance, est devenu plus tard ostéomalacique ; cette superposition de l’ostéomalacie au rachitisme n’est pas très rare. Les deux maladies sont unies, non seulement par leur succession chez le même sujet, mais par leur pathogénie (troubles nutritifs, décalcification), et par la similitude de leur évolution symptomatique.

Le rachitisme est-il héréditaire? Plusieurs auteurs, considérant la coexistence du rachitisme chez les enfants et chez leurs parents, ont affirmé que la maladie était héréditaire. 11 y a, dans cette affirmation, une erreur

Fig. 1. — Rachitisme congénital, état frais (Depaul).

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absolue, que les accoucheurs n’ont pas manqué de relever.

Ecoutons Depaul : N’est-il pas bien démontré aujourd’hui que le rachitisme est une affection purement accidentelle se liant a des conditions maintenant bien appréciées et survenant presque toujours chez des enfants dont les parents n avaient jamais rien offert de semblable ? D’un autre côté, ne voit-on pas tous les jours des femmes qui offrent des - traces incontestables de celte affection portée à un haut degré, donner le jour a des enfants bien constitues et dont le développement ultérieur se fait avec une régularité parfaite? Pour mon compte je pourrais citer de nombreux exemples qui justifient cette opinion et je n’en ai pas rencontré un qui lui soit contraire.

Sans doute il n’est pas rare, j’en ai vu des exemples, d’observer le rachitisme sur plusieurs générations d’une même lignée; mais, quand on cherche à se rendre compte des : faits bruts, on voit que l’hérédité n’est pour rien dans la genèse du mal, et que c’est la reproduction des mêmes fautes hygiéniques qui, chez les descendants comme chez les ascendants, se traduit par les mêmes effets.

Voici l’histoire d’une famille rachitique : Le 4 octobre 1889 j’observais, au dispensaire de la Villette, un garçon de 5 ans rachitique'au plus haut degré (impossibilité de la marche, incurvations et nodosités des os, gros ventre avec dilatation de l’estomac) ; cet enfant était en outre at-

teint d’ichthyose congénitale. Il avait une sœur, âgée de 2 ans 1/2, rachitique; un frère de 8 ans, également, rachitique et n’ayant marché qu après 5 ans. Le père de ces trois petits rachitiques, nourri au sein, avait marché de bonne heure et n’offrait pas trace delà maladie. Mais la mère, profondément rachitique, n’avait marché qu’à ’âgede 7 ans. Ici l’hérédité maternelle semble évidente, nous pourrions l’admettre, si tous ces rachitiques, y compris la mère, n’avaient été élevés au biberon, dans les conditions défavorables du milieu parisien et de la misère. Quand on voudra scruter ainsi, comme je l’ai fait, les antécédents des malades, on se convaincra de l’absence du facteur hérédité dans l'étiologie du rachitisme.

Si l’hérédité directe et similaire n’existe pas, ne faut-il pas admettre l’hérédité indirecte, dissemblable, c’est-àdire la transformation de maladies héréditaires diverses (scrofule, tuberculose, syphilis) en rachitisme ? Hufeland rattachait le rachitisme à la scrofule ; Richerand, Pujol pensaient de même. Au contraire Rufz, Guérin, Trousseau professaient l’incompatibilité des deux maladies. Certes un enfant atteint de débilité originelle, procréé par des parents affaiblis, malades, sera prédisposé au rachitisme, comme à l’athrepsie et généralement à toutes les maladies de misère qui atteignent les enfants du premier âge. ; mais le rachitisme n’apparaît alors qu’à titre d’effet très, éloigné et très indirect de l’hérédité.

Reste la question des rapports de la syphilis héréditaire

Fig; 2. — Rachitisme congénital, squelette (Depaul).

ETIOLOGIE LT PATIIOGÉN1E.

avec le rachitisme, que Parrot a soulevée et résolue dans un sens contraire à la réalité des choses *.

Entraîné par des coïncidences fréquentes à l'hospice des Enfants Assistés, cet éminent observateur confondit, dans une description unique, deux choses incompatibles, deux maladies dont les processus sont radicalement opposés, puisque l’une (la syphilis) est une maladie infectieuse,. et l’autre (le rachitisme ) une maladie dystrophique.

Les arguments anatomo-pathologiques (ostéophytes et tissu spongoïde communs aux deux maladies) et symptomatiques (desquamation linguale, cicatrices fessières, crâne natiforme, érosions dentaires) sur lesquels Parrot s’appuyait pour légitimer sa théorie, n’ont qu’une valeur apparente.

Les premiers reposent sur des coïncidences et des erreurs d’interprétation; les enfants hérédo-syphilitiques deviennent aisément rachitiques, prédisposés qu’ils sont parla cachexie spécifique et par l’allaitement artificiel, et alors on ne doit pas s’étonner de la présence simultanée des ostéophytes (syphilis) et du tissu spongoïde (rachitisme). Les seconds résultent d’une généralisation hâtive, car les stigmates invoqués, loin d'être propres aux enfants syphilitiques, se rencontrent très souvent chez des enfants

1. Congrès de Londres 1881. Avant lui Boerhaave avait affirmé l’origine syphilitique du rachitisme; son commentateur van Swieten

indemnes de syphilis, et partant n’ont aucune valeur spécifique.

La presque unanimité des auteurs s’est montrée opposée à la doctrine de Parrot. Tous ceux qui prirent la parole au congrès de Londres, à l’exception de M. Gibert (du Havre), se déclarèrent contre l’assimilation du rachitisme à la' syphilis (MM. Kassowitz, Rehn, Baginsky, Bouchut, Byers, Stephensôn, Sansom, Norman Moore, Goodhart, Eddison, Jaeobi, Ranke, Robert Lee, West).

M. Robert Lee, dans l’espace de 9 ans, a traité environ 1000 enfants rachitiques, et seulement 185 syphilitiques. M. Kassowitz ne trouve que 5 enfants syphilitiques sur 100 rachitiques. C’est à peu près la proportion révélée par ma statistique personnelle, qui porte sur plus de 1600 rachitiques.

M. Byers (de Belfast), Ranke (de Munich) ont opposé également le chiffre élevé de rachitiques au petit nombre de syphilitiques qu’ils ont été appelés à soigner.

Le D r Pini, fondateur de l’Institut rachitique de Milan, ayant compulsé 4176 observations, déclare que la syphilis ne se présente pas comme un élément d’une importance appréciable dans l’étiologie du rachitisme. [Semaine médicale, 1885).

M. Cazin, sur 49 rachitiques en traitement à l’hôpital de Berck-sur-Mer, n’a retrouvé, ni syphilis actuelle, ni trace de syphilis ancienne 1 .

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