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CHAPITRE III

Sommaire : Lésions macroscopiques. — Raréfaction, ramollissement, légèreté, fragilité. — Tissu spongoïde. — Lésions microscopiques. Altérations chimiques. — Lésions articulaires, — Cranio-tabès. — Apparence inflammatoire des lésions osseuses. — Lésions viscérales (Dilatation de l’estomac, altérations du foie et de la rate. — État des muscles.)

Si les lésions osseuses, dans le rachitisme, sont les plus frappantes et les plus évidentes, je me hâte de dire qu’elles ne sont pas les seules. Le rachitisme est, à la lettre, une maladie générale, qui intéresse tous les organes et tous les tissus de l’économie.

On s’est peu préoccupé, jusqu’à ce jour, des lésions viscérales, et l’on ne connaît bien que les lésions du squelette. Sans avoir la prétentioh de combler une lacune trop importante, trop au-dessus de mes forces, j’essayerai de donner une idée générale de toutes les altérations qui s’observent chez les enfants rachitiques.

Je commence par l’anatomie pathologique des os.

Déjà, à l’oeil nu, on peut juger de la gravité et de

lli RACHITISME.

l’étendue des lésions osseuses, les diaphyses des os longs sont incurvées sur leurs axes, leurs épipnyses sont gonflées, les os du crâne, du bassin, du thorax, de la colonne vertébrale offrent des déviations, des déformations, des lésions de surface qui font reconnaître la maladie sur la table d’autopsie.

Tous ces os, dépouillés de leurs parties molles, montrent la raréfaction, l’état spo ngieu x, qui leur donne une fragilité et une légèreté si grandes.

Trousseau insiste sur les différences de poids qu’on observe entre les os sains et les os rachitiques. Si l’on prend un fémur de rachitique et un fémur d’enfant sain du même âge, on constate que le premier pèse beaucoup moins que le second, quoiqu’il contienne des parties éburnées, d’une densité anormale. Si la diminution de poids â l’état frais est notable, elle l’est bien plus à l’état sec. Trousseau montrait, dans sa clinique, le squelette entier d’un rachitique de 8 ans, qui ne pesait qu’un kilogramme, au lieu de 7 ou 8 kilogrammes qu’il aurait dû. peser.

Ces lésions grossières, la légèreté, la mollesse, la friabilité, qui sont évidentes'dans les cas de rachitisme avancé, grave, invétéré, le sont moins dans les cas d’intensité moyenne ou faible.

Dans le premier cas, les os sont flexibles, ils se laissent ployer comme du bois vert, leur surface conserve l’empreinte de l’ongle, leur tissu se laisse couper au couteau.

Même sur le vivant, on peut manuellement exagérer ou redresser les courbures, les inflexions diaphysaires; on peut, sans trop de force ni de violence* produire des fractures complètes ou incomplètes.

Bans les cas de faible intensité au contraire, les os semblent plus solides et j’ai vainement essayé de triompher avec les mains de leur résistance.

La- belle description de Trousseau, de Beylard, ne s’applique donc qu’aux formes typiques et invétérées.

On peut, à l’exemple de J. Guérin, distinguer plusieurs périodes, plusieurs étapes, dans les lésions du squelette.

Première période. — Épanchement et raréfaction. — Les os ont conservé leur forme et leur direction normales, mais leur consistance est moindre et leur élasticité plus grande. Le périoste est épaissi, vascularisé, adhérent à la surface osseuse qui paraît inégale et raboteuse. Cette suiv face de l’os se laisse déprimer et écraser avec la main, on peut la couper avec un Scalpel. Sur une coupe longitudinale, on voit que le tissu est moins compact qu’à l’état physiologique, que ses aréoles sont dilatées et remplies par une matière sanguinolente, analogue^àde la gelée de groseille. Cette matière gélatineuse envahit le canal médullaire et les espaces sous-périostés. Les lames concentriques de la diaphyse sont écartées les unes des autres, et laissent des intervalles aréolaires infiltrés de moelle osseuse; c’est une véritable mèdullisatipn des os. (Fig. 3

Le cartilage de conjugaison apparaît bleuâtre, épaissi, ramolli, il se détache par macération dans leau et l'épiphyse se trouve alors séparée et décollée de la diaphyse.

Les fables des os plats sont amincies, leur diploë est boursouflé et distendu par l’épanchement; le même gonflement est déjà appréciable sur les os courts et les épiphyses des os longs.

A l état sec, tous ces os, courts, longs ou plats, sont troués, criblés, par résorption interstitielle, décalcification de la trame osseuse, ou pour laisser passage aux nombreux vaisseaux qui se sont formés dans les os malades.

En résumé, ce qui caractérise cette période, c’est la vascularisation, la congestion du périoste et des os, le gonflement léger des épiphyses, la raréfaction du tissu par épanchement d’une matière sanguinolente et gélatineuse, et par résorption partielle des sels calcaires et enfin, comme conséquence, le ramollissement, la fragilité et la diminution de poids (fig. 5).

Deuxième période. — Déformation, organisation de la matière épanchée. — A cette période, certaines lésions notées plus haut s’exagèrent, et d’autres se montrent. La mollesse, la fragilité des os font des progrès; la lame externe des os courts devient poreuse, les tables des os plats sont minces, molles, dépressibles, l’occiput notamment peut s amincir, se fléchir, se perforer avec d'autant plus de facilité, qu’il supporte le poids de la tête, dans le decubitus (Cranio-tabes d’Elsâsser) (fig. 6).

ANATOMIE ET. PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. 6b La matière gélatiniforme augmente encore et la malléabilité des os s’accroît; on peut les plier, les tordre sur leur axe, les couper en travers, en long, en lanières.

Une injection d’eau traverse toutes les lamelles, on

peut respirer à travers un os court, tant sa porosité est accrue.

Quand on détache le périoste, on constaté que l’os sous-jacent est inégal, râpeux comme une lime. C'est à cette période que les épiphvses se tuméfient beaucoup, que le chapelet rachitique se forme, que les diaphyses

LE 11ACHITISME.

s’incurvent. Au niveau de la concavité de ces courbures le périoste est plus épais, plus vasculaire, plus adhérent qu’au niveau de la convexité ; il est séparé de l’os ancien

par un tissu nouveau, aréolaire d’abord, plus tard éburné, qui rappelle l’évolution du cal des fractures.

Le canal médullaire a perdu son calibre et son étendue normales, il peut disparaître et s'ouvrir au dehors, quand 1 incurvation est extrême; les deux extrémités, supérieure et inférieure, du canal médullaire se rencontrent ainsi à angle obtus (fig. 7).

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. «7 C’est à cette période qu’apparaît le tissu spécial analogue à une éponge fine, que Rufz avait signalé et auquel J. Guérin a fait jouer un si grand rôle sous le nom de tissu spongoïcle 1 .

C’est à cette période qu’appartiennent les fractures, si fréquentes chez les rachitiques et qui tantôt sont complètes, tantôt incomplètes. Ces fractures, communes dans les formes extrêmes du rachitisme, observées même dans le rachitisme congénital, sont exceptionnelles dans les formes légères et moyennes de la maladie.

Elles peuvent

musculaire, ou résulter concavité (Beylard).

d'un choc, d’un traumatisme insignifiant. Elles sont souvent latentes^sans déplacement, parce qu’elles sont habituellement sous-périostées et que leurs fragments s’adaptent exactement et

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