I. Jalirb. fur Kinder
DIAGNOSTIC
fondamentales entre les processus ostéomalaciques et les processus rachitiques.
Beylard, dont la thèse est intitulée : u Du rachilis, de la fragilité des os, de l'ostéomalacie », commence ainsi :
« Comment tracer la description du rachitis sans faire en mêmetemps celle de l’ostéomalacie? Comment séparer deux états morbides, que les anciens rangeaient sous le même titre, sans toutefois rien préciser, que les modernes n’ont pas réussi à distinguer, malgré leurs artifices de diagnostic, et dont la nature est, en effet, parfaitement semblable pour ceux qui l’interrogent avec tout le soin que nous y avons apporté ?...
« Nous nous efforcerons de démontrer, c’est toujours Beytard qui parle, à l’aide d’observations rigoureuses, l’identité de l’ostéomalacie et du rachitis, et nous ferons voir que les différences signalées sont toutes physiologiques et tiennent uniquement à l’âge auquel ces maladies se manifestent. »
J’incline, je l’avoue, vers l’opinion de Beylard, je crois que l'âge est pour quelque chose dans la différence des lésions observées chez les rachitiques et les ostéomalaciques. Dans ces deux maladies, les caractères physiques, chimiques, anatomiques fondamentaux, sont les mêmes ; la fragilité, la mollesse du tissu osseux, la raréfaction, l’état spongieux, la décalcification, la perte colossale en phosphate de chaux: tout y est. Je me trompe, il manque les nouures, le chapelet costal, l’inocclusion des fonta-
nelles et le front olympien propre aux rachitiques. Mais ne voit-on pas que si les adultes atteints d’ostéomalacie ne présentent pas ces lésions, cela tient à ce que leur croissance est terminée? S’ils ne font pas denouures, c’est parce qu’ils n’ont plus de cartilage épiphysaire pour proliférer
Fig. 29. — Bassin normal.
et accroître le volume des épiphyses; si leur tête ne prend pas la forme de la tête rachitique, c’est parce que leurs fontanelles sont depuis longtemps ossifiées et que leur crâne a depuis longtemps atteint ses dimensions définitives.
De même, si le bassin ostéomalacique diffère du bassin rachitique, si le premier est plus ample, plus étoffé, plus large que le second, c’est qu’il a été frappé à l’âge adulte,
DIAGNOSTIC
au lieu que celui-ci a été arrêté à l'origine de son développement. (Fig. 29, 30, 31.) Cliniquement, l’âge explique les différences observées entre l’ostéomalacie et le rachitisme; pathogéniquement, l’assimilation peut se poursuivre.
La dilatation de l’estomac a été observée par M. Bou-
Fig? 50. — Bassin ostéomalacique.
chard dans l’ostéomalacie; j’en ai cité également un exemple. L’ostéomalacie, .comme le rachitisme, est une maladie de nutrition, à point de départ stomacal : dans les deux cas, il y a insuffisance d’assimilation delà chaux; dans les deux cas, il y a auto-intoxication, et formation probable d’acïde lactique en excès. Quelques auteurs ont trouvé les os ostéomalaciques imprégnés d’acide lactique; les urines elles-mêmes contenaient cet acide.
Il est vrai que l’histologië nous montre, dans l’ostéo-
malacie, des lésions qui n’existent pas dans le rachitisme ; les cellules osseuses sont altérées, dépourvues de leurs angles; elles sont fusiformes et se rapprochent des éléments du tissu fibreux; la graisse inonde ces cellules ainsi que les canaux de Havers, etc.
Ces distinctions, basées sur quelques détails microscopiques, peuvent-elles légitimement balancer les grandes analogies symptomatiques et anatomiques qui rapprochent et confondent les deux maladies? Je ne le pense pas, et, tout en réservant, en clinique, une place à l’ostéomalacie, je la .crois foncièrement de même essence que le rachitisme.
Fig. 31.— Bassin'rachitique.