CRI D£ DÉTRESSE
Nous ne savons encore rien des électîcfns municipales^ et, si certain que puisse être le succès définitif de Farmée et du gouvernement de Versailles^ cesuccàs se fait tellement attendre que sa lenteur peut déjà compter dans Tinterminable série de nos désastres. Incertitude électorale , nouvelle interruption des afiaires^ malaise universel, misère croissante en bas, tiraillements funestes en haut, désaccord entre les bulletins officiels et les lettres particulières, hésitation dans le commandement^ délabrement de la discipline, embarras stratégiques, péril sociaU écrasement des finances, menaces de la politique, frayeur des bons^ espérance des mé-
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ehaûts, audace des scélérats, Prussiens en perspective, tel est, ce matin, 1*" mai, au début du joli mois des rossignols, des idylles et des roses, le bilan fort adouci de la situation de notre malheureuse France , telle que l'ont faite huit mois de republique«
Admettons que le salut soit possible, que le mieux exi^e, bien qu'enveloppé de brouillards. Ce qui est malheureusement beaucoup plus ctaîr, c'est que, dans ces derniers épisodes, les honnêtes gens ont joué un rôle peu brillant, peu héroïque; que les braves gens n*ont pas été très-traves; qu'on a fait beau jeu à tous les éléments de destruction et de révolte ; que jamais la supériorité fatale des minorités factieuses sur les majorités conservatrices ne s'est produite d'une façon plus éclatante ; qu'en face de l'insolent trit)inphe de tout ce qui peut indigner îes âmes généreuses, l'élan a été médiocre, en dépit de quelques voix intrépides dont l'appel s'est perdu dans le désert.
En d'autres termes, le patriotisme a été aussi tîède, aussi timide, aussi revêche, que le commu-
nisme a été violent, énergique et hardi. Celui-ci n*a douté de rien ; celui-là s'est effrayé de tout.
A Paris, les neuf-dixièmes des électeurs, qui avaient voté pour Trochu contre Blanqui, se sont laissé absorber et supprimer par le dixième qui avait conspiré pour Blanqui contre Trochu.
En province^ — ayons le courage de le dire, — le nombre des volontaires disposés à courir en armes au secours de Versailles et de l'Assemblée^ est tellement minime, qu'on n'en parle presque plus.
II a été à peu près impossible, dans les meilleurs départements^ de fournir un chiffre qui ne fût pas dérisoire, de former un bataillon, de régulariser un cadre.
Or, si, dès le premier jour, les Parisiens dévoués ou intéressés au maintien de l'ordre s'étaient comptés, s'ils avaient opposé aux bandes de la Commune une résistance armée, vigoureuse^ intraitable, il y a six semaines que Paris serait délivré. Si les gardes nationales de la province avaient fait en mars 1871 une manifestation analogue à celle qu'elles firent en juin 1848 et qui, sans !a prompte
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victoire da général Cavaignac, aurait pris aes proportions gigantesques, il eût suflS de cet immense niOHvement provincial pour donner au gouvernement une force qu'il n'a pas, à l'armée une impulsion qui lui manque, et pour écraser l'émeute avant même qu'on eût tiré un coup de canon ou entamé une barricade.
A quoi faut-il attribuer ce nouveau sujet de tristesse, d'humiliation et d'angoisse ? Pourquoi cette disproportion effrayante entre l'agression et la défense ? Faut-il l'expliquer par cette triste loi de la nature humaine, plus ardente à saisir ce qu'elle convoite qu'à conserver ce qu'elle possède ? Doit-on la comparer — du grand au petit — à ces histoires de diligence où un brigand bien déterminé couchait en joue, tenait en respect et finalement dévalisait une vingtaine de voyageurs ? E&trce découragement ou lassitude? Cette nouvelle épreuve, arrivant après une lutte inégale, d'atroces souffrances et d'implacables défaites^ dépasse-t-elle les forces d'un pays précipité^ en quelques mois, d'une prospérité apparente dans un chaos de douleurs et de ruines?