CRI DE DÉTRESSE
origine, de séparer dans nos sympathies ou nos rancunes des hommes partis du même point, arrivés au même but, unis dans un même faisceau pour se partager les dépouilles impériales, également responsables du mal et du pire, du mal qu'ils ont fait et du pire qu'ils ont laissé faire?
«Serons-nous plus avancés, plus sûrs de notre salut, quand nous aurons cherché, au milieu d'un amas de décombres, à travers une forêt de croix de bois noir, la part qui revient à la délégation de Tours et au Gouvernement de Paris, aux jeunes et aux vieux, aux outranciêrs et aux sages, quand nous aurons calculé la somme d'extravagances, de jactances^ de déceptions et de calamités que le ballon de Gambetta apportait à la province abusée ou laissait à la capitale investie ?
Qu'on nous montre, dans l'immense et lourd dossier qui fatiguera les fortes mains de l'histoire, une seule pièce qui divise les hommes du 4 septembre en deux catégories bien distinctes, dont l'une ait formellement renié l'auire : l'une conservatrice, l'autre destructive; l'une bienfaisante,
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l'aulare meartrière; Fane décidée à se sacrifier poiu
nous sauver, l'autre adbamée à tout envenimer
fiQur nous perdre ; Tune ayant pris pour devise :
a Périsse la République plutôt que la France t »
l'autre fi'olietinant k répéter : « Périsse le monde
plutôt que no^r^'RépubKqael ^
Désormais, à la suite de trois expérioices
4'autant plus significatives qu'elles ont eu lieu dam des ovconstances plus différentes, il est prouvé que la République^ en France^ est soumise à des conditions particttlièses. Elle n'ast pas un g(Miv>emement m generk, une tforme d'organisation ^li" iique et sociale^ mais -un moyen d'arriver à qudque <;hose qui l'exagère, qui la d^ure, qui l'ei^èvre, <qni la souille de sang et de JKme, etqu'il hil est interdit de combattre; une sorte cte cadre élastique où quelqifôs :bavardfi mettent leurs sopbismes, ^elques rêveurs leurs utopies, quelques <vanitenx 4eurs:ambiti<n(fô, quelques belles Ames leurddéal, et où l'ignorance, le vice^ la crédulité, la convoitise^ la haine, l'esprit (de révolte, rincessante fermentation de toutes te misèros matérielles et morales
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8-eDlassent, s'agitent et se boasculent jusqu'à ce que Je cadre ait iciaié.
Pour elle^ les conditione jde la irie et de la mort ^'aseimilent et se «ooafiuidBiit* Elle ne peut vivre que moyennant «un perpétuel creteendo, une epinifttie surenchère, qui a aas lois epmme la fièvre, l'îviesse et le délire, et qui aboutit au suicide.
Également condamnée, soit qu'elle essaye de s'impeser des limites, soit qu'elle^ débarrasse de tout frein, elle offire ce singulier spectacle d'une abstraction qui cesse d'être accepti^le en devenant un fait,et d^ttu fiât qui abesoift^dO se relater dans l'abstraction pour qu'on puias)^ le crpire viable.
Le jour où elle prOdltit tQutes ses conséquences, die succombe à ses proiijr^ o^rçâss* Le jour où le bon sens public réagit coQijr^ ses foreurs, lui applique une. nmsdiàre et 1^ force 4ip se gouverner eUe«m£me pour êtreiun peu moins incapable de nous gouverner, die n'est plus que son propre fantôme, la négation de son propre principe.
Ame sans corps ou corps sans âme, servie par ses anciens adversaires, maudite par ses amis de la
veille, médiocrement aimée par ceux qui ne votent en elle qu'un pis-aller, une transition ou un en-cas^ prodigieusement détestée par ceux qui l'accusent de trahison ou d'ingratitude^ ce n*est plus une République; c'est seulement Fabsence d'un roi; la prolongation ruineuse et maussade d'un contre-sens qui choque tous les esprits droits, d*un régime bâtard et hybride qui ne satisfait personne^ d'un provisoire dont la fragilité se communique à tout le reste, d'un désaccord visible entre les mots et les choses, entre la conscience publique qui se sent trompée ou offensée, et les formes extérieures qui légalisent ce mensonge.
De bonne foi, est-ce dans ce conflit d'idées et d'apparences contradictoires^ dans ce mélange d'éléments réfractaires, dans ces stériles essais d'acclimatation d'une nation monarchique dans une république artificielle, sans horizon, sans tradition, sans aveni^, qu'un grand peuple, brisé et abattu par d'effroyables désastres, peut se relever et renaître ? Est-ce à cet air vicié par le mensonge, la haine, la méfiance et la peur, que peuvent se cica-
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triser les blessures î Est-ce sous ce régime d'expédients, d'à-peu près, de va-et-vient^ de subterfuges^ que pourraient se ranimer l'agriculture, le commerce et Tindustrie? Est-ce enfin à cette source troublée et salie par les détritus de dix révolutions que peut se retremper l'esprit de dévouement et de sacrifice, celui qui nous est le plus nécessaire pour élever notre courage au niveau de nos dangers et notre abnégation à la hauteur de notre détresse ? Je me suis borné aujourd'hui à expliquer les causes de ses défaillances, au moment où la France aurait eu besoin de lui contre des ennemis pires que les Prussiens. Que serait-ce si j'abordais enfin ces terribles cinq milliards devant lesquels je recule, comme recule devant le créancier inflexible le débiteur insolvable?
Vous figurez-vous nos grands propriétaires, nos grands industriels se présentant chez leur percepteur et lui disant : « Voici cent mille francs que j'offre à la République pour faciliter l'évacuation du territoire; mais entendons-nous i Ce n'est ni à la République de celui-ci, ni à la République de
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celui-là, ni à la République de cet autre, ni, généra*lement, à la République d'aucun des républicain»' de notre connaissance, mais à une République d'im' nouveau style, ferme comme un roc, férte comme un chêne, douce comme un agneau, garantie* bon teint, souple et stable, sûre de ses lendemains, favorable aux bons, impitoyable aux méchants, présidée par des octogénaires, ci*devant ministres de Louis-Philippe^ artistement faite de petits moiv ceaux monarchiques.., — J'entends, répondtait le percepteur, une République d'Arlequin !..•. v
Non, mille fois non, c'est impossible^ et cesserait immoral, L*esprit' français, Dieu merci ! se brouiite vite avec ces ambages. Dans le bien comme dansjle mal il veut procéder par des moyens simplie», voir où il va, et marcher droit devant lui. AujourdTiui» •'ai laissé deviner à quelle source pourrait se ranimer l'esprit de dévouement. Avant peu je cheiv cherai quelle signature peut nous faire trouver le»