‹ Le radeau de la méduseChapitre 22 sur 32 · ES AUTRES · texte numérisé non relu

ES AUTRES

Après cet încroyabje crescendo de fautes, de malheurs et de crimes, drame infernal auquel

rih«endiè* de Paris et le maâBftco^e des otages servent de d^oûment, peut-il^ exister eneore des> républioaiiiB honnêtes etmodëfés^ £t, s'ils existent^ penvent'ils être de quelque secouiHïau gouvernesmenti qu'ils saluent comme Ist réalisation de leur rêve 7 Franchement, nou9 ne le croyons pas.

Tous ceux que n'auront 'pas cori*igés-ces preuves^ toujours nouvelle* du caractère essentiellement dissolvaait de Tidëe républieaine, doivent étt^ désormais^ reHégaéS' psnni le» utopiste» et les^ma** niaques; or^ les utopi^tes^ dès qu'ils ne consentent plus -à rester inapplicables, deviennent le fléau^de&< sociétés, et il y a des manies plus innocente» quov «ellesqui consistent à caresser sa chimère touten perdant son pays. D'ailleurs, résister à Tévidenee quand il s'agit d'intérêts aussi graves, de périls aussi imminents, de malheurs aussi affreux^ c'est préférer son jugement ou son amour-propre personnel à la vérité générale. Cesser d'être sincère, c'est déjà cesser d'être honnête. S'obstiner à ce qui ne peut être maintenu que par des- moyens^ violents, c'est s'abandonner à la loi fatale qui force la Repu-

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blique de s'eayeniiiier pour vivre, et^ par conséquent, perdre tout droit à l'épithète de modéré.

Encore si ce funeste mensonge de république honnête avait en cette fois un trimestre, un mois, une quiniaine de durée 1 Ce souvenir, si fragile qu'il fût, pourrait légitimer une illusion, justifier une espérance. Mais non : la Républipue du 4 septembre a offert dès l'abord ce trait distinctif, que nous n'avons pas eu même cette lune de miel républicaine qui nous était apparue, en des temps meilleurs, douce et pure comme la poésie de Lamartine. Les rares grains de blé ont été immédiatement étouffés par l'ivraie démagogique.

Qui a nommé les Duportal, les Bertholon, les Esquiros et autres présages vivants des scélératesses de la Commune de Paris ? qui à laissé flotter à Lyon, pendant six mois, le hideux drapeau rouge? qui a laissé impunis les meurtres de Perpignan, les crimes de Saint-Étienne, les sacrilèges de Lyon, d'Àutun et de Marseille? qui a disloqué la magistrature ? qui a discrédité, anéanti la discipline militaire en emprisonnant les généraux et en les rem-

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plaçant par des avocats ou des apothicaires? qui a livré la police à des misérables tels que ce Raoul Rigault? Qui? HM. Gambetta, Glais-Bizoin, les triomphateurs de la première heure, les collègues de ces mêmes hommes qui, à présent, nous gouvernent encore. C'est un préfet de M. Gambetta| qui^ dans un de nos départements du Midi^ laissa partir pour Paris, lors de Tarmistice, les garibaldiens qu'il avait pour mission de diriger sur la frontière. Ce qu'ils y ont fait^ La Gécilia entre autres, vous le savez. Ab nno dùce omnes!

Donc, à ceux qui vous abordent d'un air élégiaque^ et vous disent en pleurnichant : c Ah I je suis plus malheureux, moi républicain, que vous, réactionnaire, de ces calamités inouïes, de ces attentats abominables . . . mais c'est égal, vive la République I » — vous avez le droit de répondre : c Eh bien, pour lorS; mon bonhomme, votre rôle est fini. La retraite, en pareil cas, est la meilleure des pénitences. Allez

vous enfermer chez vous; calfeutrez vos portes et vos fenêtres' abrAuvez-vous de potions calmantes, et

tf*

^Jichez de vqusemdQrmir. Kou» MPOOs vous réveUler^ qjo^ la mpnar^ia 4^|H vous av()z si foUem^nt peur aur.a ténaff 1» HWl que tous avez feit ou

Q^aqt aux r^iJ^UcAim f ouge», les seuls, liélas t q^ spîei^t cwséqiK^t^) Ifi^ seuls 4ui surni^eftl dai^ nos malheureuses proirimes, UQUS ne leur fercms^ pas rbonneur de les dîsciU^.iGe a'est prob^Ue^ mant pas sur eux que eoiuptent MM. Tbiers ^ Picard pour fonder upe i^épublique vmble.

Jgn d'êtres tenues, et pour adop^ une elassification plus significative encore et plus actuelle, nous avoQs eu ce momeut les ,EépubUcains gui ipéipissent de la dé&ite de la Ccmiuuue, et le^ républicains q^i sont ou qiu se d|seut désespérés de ses excès. Ceux-là sont encore capables de tout, ceux-ci ne sont plus capable de rief^ et tous ensen^Ie^nt aussi impossibles les uns que les autres. Encore une fols, est-ce avec ceux-tci ou avec ceux-^Ià que 1^. .picard et Tbiers piç^teu^^^Ut c^ousolider um gQjivernemen,t?

sr M«is, nous dinu^t^U, m'<ji &At rjb ttennel

Nous savions, de Icague .-date, que la République n'«t praticable eu Kranoe qu'à la ceadition d'éconduii« tous les ^publidilBS. Cuest <à rvous, maintenant, conservateurs monarchiques, que nous demandons un ooneouiss efficace; c'est vous qui, à l'aide de beaucoup d'abnégation et de patriotisme, allez enfin insta^er avec nous 3a vraie République.

^-— Oui-da t ce serait >bien commode 1 Nous aurions souffert, pendant pppès d'un an,'tout oe que d'honnâtes gens peuvent souffrir; nous aurions vu notre infortuné pays pillé, ravagé, incendié, écrasé, déchiré par nos ennemis du dedans non moins que par les Prussiens du dehors; et, quand il est bien prouvé que les révolutionnaires n^ aont bons à rien qu'à compléter l'œuvoe destructive de l'invasion étrangère, alors c'est à nous que l'on aurait recours pour continuer leur commerce sans rien ehanger à leur devanture^ pour apostiller de nos signatures royalistes leur pourvoi républicain!

Non! non I nous ne le voulons pas, nous ne le devons pas^ nous ne le pouvons pas!

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Nottsi ne le voulons pas; car nous ne sommes pas des saints, et, si nous étions des sainte, nous tâcherions de mieux employer nos perfections chrétiennes.

Nous ne le devons pas; car nos devoirs sont d'une autre nature et d'un autre ordre. Profondément convaincus qu'il ne reste plus à la France qu'un seul moyen de salut, nous serions bien inconséquents si nous renoncions à ce qui peut nous sauver pour nous attacher à ce qui nous perd. Disposés d'avance à tous les sacrifices, nous serions bien coupables s'il nous arrivait de trahir ce qui peut les féconder^ au profit de ce qui les rendrait inutiles.

Nous ne le pouvons pas ; car un parti politique n'est pas un vêtement que Ton quitte et que l'on reprend à son gré ; on ne s'en détache pas comme d'une habitude Je cigare et de café. 11 se compose de traditions qu'il faudrait rompre, de sentiments qu'il faudrait profaner, d'amitiés qu'il faudrait repousser, de liens qu'il faudrait briser^ d'antécédents qu'il faudrait renier. C'est une religion qu'on ne

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saurait abandonner sans apostasie, une partie de notre être que nous ne pourrions supprimer sans mutiler notre conscience et notre âme....

•.... Quel père U quitterais! et ponr...

— Eh bien?

— Poar quelle mérel..«

Mais que disons-nous? Pour que Ton pût, sans folie, nous demander cet inexplicable sacrifice^ nous aurions au moins le droit de réclamer quelques réparations, quelques satisfactions, non pas personnelles^ mais collectives, quelques revanches accordées à la conscience, à la pudeur publiques. Où sont-elles? Dans presque toutes nos localités régnent les mêmes influences. Ce sont ces influences qui ont fait les élections du 30 avrils rouge reflet des premiers incendies de la Commune.

Ces municipalités écarlates et leurs dignes journaux n'ont pas un moment dissimulé leurs souhaits fraternels pour le succès des bandits qui viennent de s'abîmer dans la fumée et dans le sang. Pas une

mesure n'est priae pour avoir raison de ces apo]o<* gistes patentés du menrire, de la destruetioD et da sacrilège. Aujourd'hiit mênie^t devant le squelette calciné des Tuileries et de l'hôtel de ville, devant les cadavres encore chauds des martyrs de la Roquette, la presse démagogique redouble, autour de nous, de fureur et d'audace... Et tenez, voulez-vous nous permettre de finir par une anecdote locale ? CTn de nos collègues^ le père Jean Pacard, est allé ce matin pour tâcher de vendre ses cocons dans la ville voisine. Il y a perdu 2 fr: 50 e, par kilog. toujottrs grâce à la Réptxblîqpae; mais ce n'est pas là la question. La première personne qu'il a vue, se pavanant sur un joli tilbury^ attelé à un cheval de luxe, c*est un citoyen d'une assez triste célébrité, qui a eu des démêlés avec la justice et qui était notoirement insolvable avamt àe faire une fortune garibaldienne sur lesr ruines de la France. Rênes et fouet en mains, le monocle dans l'œil, élégant, superbe, hautain, sans vergogne, il bravait du haut de son véhicule les figures consternées par les dernières dépêches. Ite làf, notre collègue, qui a le dé-

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faut de cultiver un peu trop le houblon et l'absinthe^ est entré dans un café chaiitant. n y a vu un attiste parodiant avec Idiprimadùnna de l'endroit le sacrement de la c(Hifès{)iDn ; le tout accompagné de détail» égrillards ou obscènes, ^ui faisaient pâmer de rire le suffrage universel.

Quand le misérable, descendu de Testrade, est venu faire la quête^ un seul consommateur — ils étaient trois cents — a eu le oouragé de lui refuser son obole en motivant son refus. Aussitôt il û été Injurié, pris au collet et^ bousculé, non*aeuiement par le chanteur, non^seulement par ses voisins^ mais par les agents de police ; et, encore quand le père Pacard, sorti de cette* tanière, en a exprimé son étonnement, on lui a lï^ondu : « Que voulez-vous 1 les agents de police- son!- à- la noàiination du maire... » Concluez I

En conséquence^ messieurs les députés^ nous avmis l'honneur de vous adresser de notre villagt, sous forme de sommations respectueuses; les demandes suivantes ;

!• En BLANC.

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â* Tâcher de mettre un peu d'accord entre la situation officielle et l'indignation publique.

3* Faire en sorte que le martyre de rarchevêque de Paris, du curé de la Madeleine, des religieux et des prêtres, ne soit par perdu pour la France.

4® Rendre aussi prompte et aussi sérieuse que possible l'enquête sur la façon dont se sont faites certaines fortunes pendant que nos troupes mouraient de froid et de faim.

50 Dissoudre tout conseil municipal qui^ par une démarche ostensible, aura manifesté une sympathie quelconque pour les gens que vous fusillez.

6^ Mettre un frein à la fureur, non pas des flots^ mais de la presse rouge, marée montante bien autrement dangereuse que celle de l'Océan.

7® Licencier toutes les gardes nationales du roy... de la République.

Moyennant quoi, et surtout en ayant soin de bien remplir le blanc que nous avons laissé^ vous réussirez peut-être à sauver, dans ce gigantesque naufrage, tout ce que la République achèviMrait de perdre.

Dans cette attente, messieurs les députés, nous avons rhonneur d'être vos très-humbles et pas trèscontents électeurs et serviteurs.

Les conseillers municipaux de Grange-Neuve.

30 mai 1871.

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