‹ Le radeau de la méduseChapitre 5 sur 32 · REDEMPTION · texte numérisé non relu

REDEMPTION

ordres, le va-et-vient des chefs et rimprévoyance du gouvernement. Us ne son t pas seulement intrépides, ces héritiers des plus beaux noms, des plus grandes fortunes de France; ils sont stoîques, et^ ce qui vaut mieux, stoïques chrétiens. Ce que j'admire en eux, ce n*est pas cette bravoure qui sourit au péril et à la mort, — ma louange ressemblerait à une ofiense; — * c'est Télan héroïque qui les arrache à toutes les douceurs de la vie, à toutes les jouissances de la richesse, à toutes les tendresses du foyer domestique, et les passionne pour une guerre ingrate, cruelle, dépourvue de cet excitant si cher et si nécessaire aux Français, la victoire I C'est le sentiment exalté, invincible, d'une responsabilité et d'un devoir indépendants d'institutions qui délient au lieu d'obliger; c'est le désintéressement qui les pousse à donner leur sang pour une patrie qu'ils aiment, sous un gouvernement qu'ils ne peuvent pas aimer. C'est cette vertu de fermeté et de patience, cette faculté d'acclimatation physique et morale à tous ces rudes détails de campement, de marche, d'insomnie, de cantine, de froid, de faim.

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de dénûment, qui résameût le contraire de lear existence habituelle.

Enfin, on représentait toute une partie de cette jeunesse dorée et armoriée comme le produit d'une éducation eléricaU^ hostile au patriotisme, habile à rapprocher les extrêmes, à rapetisser Fintelligence et le coeur en conciliant les pratiques de la dévotion aisée avec les soins les plus minutieux de la vie positive. Or, ce qui se manifeste avec le plus d'éclat dans les rangs de ces jeunes héros^ de ces jeunes martyrs, — lesLuynes, les Vogué, les Boysseulh, les Gontaut^Biron, les Latour^Maubourg, les Lenoncourt, les Bouille, les Troussure, les Vertamon^ e* cent autres» — c'est justement le contraire; c'est le détachement de tout ce qui n'est pas la religion e* la patrie; c'est Foubli de soi-même, de ses intérêts, de ses aises, au profit de cet idéal patriotique et chrétien qui seul peut inspirer les grandes vertus et les grands courages. Ainsi Dieu a permis. Dieu a voulu que les mêmes désastres qui amenaient le triomphe officiel d'une révolution radicale^ négation publique de notre foi politique ^ rdigieuse, eus-*

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sent pour conséquasce logique de tourner à rhonneur de cette monarchie que la Révolution déteste, de eette religiofn qnela République persécute. C'est plus qu'une indemnité, c'est une revanche ; c'est mieux qu'une consolation, c'est une espérance.

La bourgeoisie n'a-t-elle pas aussi à dire bon nombre de meâ culpà, au milieu de ces tragiques douleurs, qui s'expliquent par une longue série de fautes? Hélas 1 oui. En politique, en morale, dans ses rapports avec le gouvernement et le peuple, dans l'exercice du pouvoir que lui livraient les événements, elle a trop souvent montré, à côté de qualités sérieuses et fortes, un mélange d'égoïsme et d'imprévoyance, un penchant dangereux à se contenter des satisfactions présentes et à ne jamais chercher, au delà de. son horizon, un sujet de réflexion ou de crainte. ITayant plus à se débattre contre les supériorités et les prérogatives sociales, elle aurait dû fixer toute son attention sur les classes populaires, se les assimiler par une communauté d'efforts, de sentiments et d'intérêts, infiltrer dans les couches inférieures la charité et la lu-

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mière, comme correctifs de l'inégalité des conditions et des fortunes. Elle a maintes fois manqué à cette tâche ; elle n'a pas compris que toute prépondérance implique charge d'âmes; que le peuple est une âme immense, où l'on peut, suivant qu'on y met plus de cordialité ou plus de rudesse, apporter la paix ou la guerre, la résignation ou la révolte, la sympathie ou la haine. De là, pendant les heures de crise qui menacent ou interrompent son règne, ces ruptures violentes, ces colères, ces méfiances, €es effrayantes solutions de continuité, au moment où toutes les classes de la société auraient plus besoin que jamais de se rapprocher et de se fondre pour conjurer un péril commun ou travailler à une œuvre collective. Il en résulte que chaque révolution, au lieu de diminuer les distances entre la bourgeoisie et les masses, est à la fois l'explosion de vieux griefs et l'origine de nouvelles rancunes. Ce qu'y perdent la sécurité de l'une, l'amélioration des autres, vous le savez, ou plutôt vous le voyez.

Eh bien! Si vous m'accordez que Paris offre l'exprei^sion la plus complète de la bourgeoisie mo-

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derne, que le bourgeois de paris est le type achevé ou se dessinent en relief tous les défauts et toutes les qualités du genre, j'ajouterai qu'il s'y opère, en ce moment, une transformation remarquée déjà par de bons juges et d'éminents écrivains. Cette capitale des futilités de Tesprit et des raflSnements de la matière, cette raillerie vivante de tout ce qui essaye de rappeler l'homme au sérieux de ses destinées^ s'est faite grave et austère comme la phase qu'elle tra* verse, comme la mission qu'elle remplit, comme la lutte qu'elle soutient, comme le régime qu'elle s'impose* Les cadres de la garde nationale forment un embrassement gigantesque où s'unissent le chet et le contre-mattre, le patron et l'ouvrier, le rentier et l'artisan^ le propriétaire et le pauvre. Cette union matérielle et visible n'est que le symbole ou le prélude d'une autre sorte de réconciliation, plus intime et plus profonde, qui fera peut-être sortir le bien ie l'excès du mal, et préparera des jours meilleurs à la société française; si toutefois la démagogie et la Prusse, Blanqui et Bismark, laissent subsister une société et une France.

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£4 Je peuple? Ici j'éprouve un peu plus d'embarras; d'abord parce que le vrai peufde est difficile à trouver en temps de révolution; ensuits parce que, perverties ou amollies par l'exemple des bourgeois et des richeisles classas populaioeft sont aujourd'hui en retard da is ce travail de bédbhptioh que je crois apercevoir à travet» le voile de deuil, le nuage de ssoig, les fumées de l'incendie et la poussière des champs dé bataille. Elles n'étaient prêtes, il faut bien l'avouer, ni pour les angoisses d'une invasion, ni pour les émotions d'une Rjépublique. La première les trouve hésitantes, effarées., passant d'une eicaspération stérile à une résjgnaftien inerte, redoutant presque également l'enn^osi qui les rançonne et le défenseur qui les expose, et regrettant peut^tre l'homble régime qui leur a légué cet hé« ritage de ruine et de misère. La seconde, se heurtant à tous les vicea d'une éducation politique frelatée par les abus et les mensonges du suffrage universel, les laisse inquiètes, mécontentes^ ne sachant que faire de leur prétendue délivrance, où elles ne voient jusqu'ici que des corvées à subir, des

impôts à payer, des réquisitions à <a'aindre^ des travanx à suspendlre, des récoltes à perdre, des décrets à lire, des frères, des maris et des enâtnts à pleurer. Mais réjpireave, A épouvantable qu-elle soit, peut être salutaire et féconde, Heux choses ont contribué à Famoffissement et à la eorruptîon du peuple; deux causes l'ont reiiâti incapable d'une résistamce rigoureuse à l'ennemi du dehors, d'une initiative énergique au milieu des agitations du dedans : les mauvaisiexemples que lui ont donnés les classes supérieures, et les séducâons d'un bienêtre relatif qui substituait en lui l'instinct à l'âme, la ]OUîss,anoe an dévouement et la bite au chrétien. Il est clair que d'ici à longtemps oe bien*ôtre corrupteur lui maiiquera^ ainsi qu'à bien d'au^s, et nous espérons que les exemples d'abnégation, de vertu, de courage, d^esprit de sacntfiœ, de piélé sincère, de ebonté active, te pénétreront peu à pmi de leurs bienfeisantes influences. L'Soipire^ la prospérité^ le hise^ le spec^cie de nos folies, d& nos prodigalités et de nos scandales, aiuraiaat fini par le &îre tomber au plus bas de la bestialité et de la

matière. La guerre, Tinvasion et la République peuvent et doivent être pour lui quelque chose de pareil à ces spécifiques terribles qui tuent un homme bien portant ^ et sauvent un agonisant.

Peut-être me dira-t-on qu'après avoir contrôlé et critiqué les illusions des autres, je me fais illusion à moi-même et cherche à me donner le change en face de nos désastres. Non, je ne crois pas me tromper; il est impossible que la France périsse, et, si elle ne doit pas périr, c'est qu'elle entrera, régénérée et rachetée, dans une phase nouvelle. Les desseins de Dieu la veulent immortelle; les miasmes qu'elle aspirait depuis longues années la condamnaient à mort. Pour vivre et pour remplir toute sa destinée, il lui fallait cette Rédemption douloureuse à laquelle nous assistons et dont chacun de nous doit prendre sa part dans la mesure de ses forces; 'C'est une société à reconstruire sur des ruines, une civilisation à purifier dans le sang, un monde à raviver par le sacrifice, un peuple tombé en pourriture à remplacer par un autre peuple. Yoilà mou vœu et mon espérance; voici ma certitude. Si cette

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société se relève de ses décombres, si cette civilisation se lave de ses souillures^ si ce peuple et ce monde retrouvent leurs titres de noblesse, si cette Médemptîon s'accomplit, ce ne sera pas, ce ne peut pas être au bénéfice des citoyens Arago, Jules Ferry et Glais-Bizoin.

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dans ces rodomontades à grand orchestre, faux semblants de patriotisme, fausse monnaie d'éloquence, madame Sand a loyalement suivi les ins«^ pirations de son cœur, et son cœur a pris parti pour Jacques Bonhomme contre les misérables phraseurs de guerre à outrance^ de pas un pouce de terri» toire^ de pacte conclu avec la victoire ou avec la mort; phrases meurtrières qui n'ont épargné que leurs auteurs, et dont chaque syllabe nous a coûté un torrent de sang et un milliard!

Depuis qu^une réaction vengeresse a commencé contre ces grands coupables — hélas! c'est leur seule grandeur! — digne continuateurs de l'Empire dont ils ont envenimé les fautes, je n'avais rien lu de plus énergique, de plus concluant^ de plus accablant que ce journal^ j'allais dire ce réquisitoire de madame Sand. Quelques citations, prises au hasard, m'amèneront à quelques remar^ ques finales.

Elle n'a même pas eu ces illusions d'un jour ou d'une heure, sans cesse sollicitées par des dépêches qui semblaient arrangées tout exprès pour rendre

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