‹ Le radeau de la méduseChapitre 8 sur 32 · UN NOVTBL ALLIA ST · texte numérisé non relu

UN NOVTBL ALLIA ST

nouTeau à mesure que nous centuplons Théritage de discorde et de malheur légué par nos devanciers^

Ce matin, dans une touffe d'aubépine en fleur, encore tout humide d'une pluie d'avril, j'ai découvert le nid, à peine achevé, d'une fauvette à tête noire. Pour construire ce nid, elle avait artistement mêlé à des brins d'herbe et de paille quelques petits morceaux d'un journal, oublié sans doute sur le gazon par un politique de village. A travers le grêle feuillage et les gouttelettes secouées par la brise matinale, je lisais sur ces fragments d'un bulletin de la veille : a La Commune... Assi et Cluseret... Les gardes nationaux ont arrêté le premier vicaire de Motre-Dame de Lor...La canonnade a été vive... Les insurgés ont été battus.., Les canons sont toujours braqués. . . une barricade formidable... Mort aux traîtres et aux bandits de Versailles I D Quel contraste et quelle leçon, cet innocent oiseau du ciel trouvant dans le récit dé nos fureurs de quoi faire un abri à ses tendresses I Mais que dis-je? Les fauvettes et les ramiers sont des

maîtres trop doux pour les Français de 1871. Avant ^ peu, c^est aux tigres et aux hyènes que nous aurons à demander des leçons — et peut-être à en donner.

30 avril 1871.

Vm.'

LÀ PRUSSE ET LA GOMMUNfi

Quelques esprits bénévoles s'étonnent que l'ar mée prussienne assiste, les bras croisés, depuis cinq semaines, à Vignoble et sanglant mélodrame dont le dénoûment se fait bien attendre et où il lui serait si facile d'opérer de larges coupures.

Gomment expliquer tant de longanimité et de patience en face de ces hideux spectacles qui, coûtant cent millions par jour à Paris et à la France, ont pour résultat logique de retarder ou de compromettre le payement des fameux milliards ?

L'explication me parait très-simple, bien qu'elle

soit double, c'est-à-dire financière et politique. Au

point de vue de la question d'argent, la Prusse

est rassurée par une immense hypothèque qui devrait nous faire réfléchir; car elle plane en ce moment, comme un oiseau de proie, sur les cinquante-sept départemenlB qui n'ont pas été envahis.

Que l'insurrection parisienne se prolonge; qu'elle livre les fortunes publiques et privées à des repris cie justice et des échappés de Charenton ; que le peu d'or et d'argent qui nous reste se fonde au feu de la guerre civile; que. notre fière et opulente ccg^tale ne soit plua qa'une bohémienne en haillons,, mendiante^ pillaidd^ affamée; que leur importe» à ees oalculateiâa qui ont fait de la guerre un théorémci de la victoire une affaire, et de la paix, uixe iidditiQnf Nantes « Lyon,, Bordeaux , Saint- Etienne, Toulouse, NinMa> Marseille, Lille^ Rennes^ Mcm^Mllier, les riches vignoble» de la Gironde, le» grasses campagnes* du Berri) les beaux pâturage» de la Bresse et dn Beau}Olais,. le» truffières du Périgord, les minet dit Bottergue et de» Gévennas,^ le» fraîche» prairie» du Gomtat, les plaines fertile» de la Provence, le» grande» lignes de chemins de

LA PRUSSE BT LA GOUHCrNB 3^^

fer, les grandes usines de houille et de charbon, les soieries de Lyon comme les faïences de Limoges, les garances d'Avignon comme les parfiimeries de Grasse, autant d'hypothéqués sans le savoir, autant d'endosseurs involontaires de la lettre de change que Paris laisserait protester ou essayerait de déchirer.

Tous tant que nous sommes, habitants des provinces épargnées par Tinvasion germanique, nous aurions à réponire pour ceux qui achèveraient dfr rendre insolvables la France et son gouvernement. Nos impitoyables créanciers ont, dès à présent, recours contre nous; recours d'autant plus facile que personne aujourd'hui ne songe plus à ces fanfaronnades de défense locale qui ont fait inutile^ ment dépenser tant de paroles, d'argent et d'écritures ; que Ton sait à quoi s'en tenir sur l'efficacité, l'opportunité ei la solidité des camps, avant-camps et arrière-camps; que les farines entassées dans les églises lyonnaises ne sont plus bonnes qu'à faire mentir le proverbe sur la maigreur des rats d'église, et que vous ne trOttverijBz plus, ni sur le quax

3t LE EÀDBAU DE LÀ VÈDUSE

de Saône, ni sur les bords de la Garonne, ni en pleine Gannebière, un seul héros de café, d'humeur assez belliqueuse pour oser représenter comme possibles cinq minutes de résistance.

Ainsi donc, amis du peuple, journalistes incendiaires, charlatans de clubs, défenseurs, à tant par émeute, du travailleur et du pauvre, agitateurs de nos grandes ou de nos petites villes, démocrates ou démagogues de toutes les nuances de Técarlate et du cramoisi, sachez-le bien i Si les premiers symptômes de renaissance agricole, commerciale» industrielle, sociale, signalés dès les préliminaires de paix, ont disparu dans un sinistre chaos; si les épaves sauvées du naufrage sont brisées et englouties; si cette abominable crise, survenant après huit mois de désastres, suspend de nouveau toutes les affaires, paralyse la charité, glace le patriotisme, redouble la gêne du riche et la misère de rindigent; si enfin, douleur plus horrible que tout le reste ! les départements encore intacts devaient subir à leur tour l'invasion avec son épouvantable cortège de terreur, a'inccndies, de réquisitions, de

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