‹ Le radeau de la méduseChapitre 9 sur 32 · LA PRUSSE BT LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LA PRUSSE BT LA COMMUNE

pillage et de ruine; si nous devions y perdre la dernière consolation des afQigés et des malheu** reux, celle de pouvoir secourir de plus malheureux et de plus affligés que nous, -— c'est à vous et aux vôtres, ouvriers de cette œuvre infernale, étatmajor de Dombrowski et de Cluseret^ émissaires gagés de la démagogie furieuse et peut-être du bonapartisme aux abois^ qu'auraient à s'en prendre, non pas les aristocrates et les réactionnaires dont vous faites semblant de poursuivre le fantôme, mais nos paysans, nos artisans, nos boutiquiers, nos populations urbaines et rurales, qui sont du peuple, j'imagine, et du vrai peuple, tout autant que les habitués de Mazas et de la Roquette, (|éli'vrés par vos loyales mains i...

Mais ce n'est là qu'un côté — et le moindre — de cette bizarre question des mystérieuses affinités entre la Prusse et la Commune, pour faire suite aux cordiales relations du grand-duc Rodolphe de Gérolstein avec son ami le Chovtrmeur, Il en est un autre plus cruel, plus humiliant et plus effrayant.

Il nous est permis de haïr M. de Bismark, et je

déclare profiter de la permission. On doit avouer pourtant qu'il possède toutes les qualités d'un homme d'État; d'un homme d*État d'une autre eniwrgure que nos illustres bavards qui ont cru aux vertus patriotique» des gardes nationaux de Montmartre et de Belleville, ou qui pleuraient d'attendrissement lorsque Rocfaefort promettait à Trochu l'innocent concours des professeurs de barricades.

Bismark est donc un grand politique, trop clair* vofmit pour ne pas comprendre qu'on ne détruit pas en six mois un pays tel que la France, qu'on ne saoeage pas un tiers de son territoire, qu'on ne s'annexe pas deux de ses plus belles provinces, qu'on n'exige pas d'elle, pour le reste, une rançon écrasante, qu'on ne déguise pas un roi de Prusse en raipereur d'Allemagne avec des allures d'aspirani à la monarchie universelle, sans émouvoir profondém^t les grandes puissances européennes»

Une fois le premier moment donné aux vieilles et secrètes rancunes, au malin plaisir de voir humiliés^ vaincus et ruinés les pettts^fils des vain-

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ffosmn d*Austoriitz et dlë&a, les assiégeants de Sébastopol, les coaibattants de Solférino, il était dair que la Russie, l'Autriche et FAngleterre, seraient à la fois alarmées et jalouses, qu'elles n'attendraient qu'une occasion pour dire à ce géant dont la eroissance subite menaçait de faire craquer toutes les coutures des traités et toutes les frontières des empires : < ôte-toi de mon soleil 1 »

Une réaction s'opératt d'ailleurs en l'honneur de la France, qui s*étaii attiré, au début, des railleries internationales par son incorrigible manie de chauvinisme et de jactance.

L'excès même de nos malheurs réveillait les sympathies. Il y avait quelque dioae de pathétique et de touchant dans l'héroïsme inutile de ces jeunes âls de famille, ajoutant une page au livre d'or de la noblesse française et suppléant à nos armées anéanties.

Le siège de Paris, idéalisé par le lointain, légendaire avant d'être historique, empruntant au:i rigueurs de l'investissement je ne sais quelle couleur épique, antidffiie de ctix aiicles, avait vivement

frappé les imaginations et les âmes. Qu'il fût im^^ médlatement suivi d'un immense mouvement national dont je démêlais avec joie les premiers indices, et qui eût consisté à nous saigner aux qualre veines pour abréger, à force de sacrifices, l'occupation allemande^ nous aurions regagné dans l'opinion tout le terrain que nous perdions sur la carte. Cette paix, atroce, mais non pas ignominieuse, servait de point de départ à une ère nouvelle. Notre stoïque défaite devenait plus glorieuse que ràpre victoire et la brutale curée de nos ennemis. Les fourches caudines se changeaient presque en arc de triomphe, et l'Europe^ tranquillisée par notre épuisement, rassasiée dans ses vieilles rancunes, s*inclinant devant la dignité d*un désastre supporté sans faiblesse, tournait du côté de nos orgueilleux et rapaces vainqueurs ses appréhensions, sa méfiance, ses griefs^ peut-être ses velléités d'armement et d'hostilités.

L'orgie communale et communiste de Paris nous fait tomber plus bas que jamais, et fournit à M. de Bidmarit Uta admirable texte vis-à-

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